Vins argentins: un style bien particulier

Madame J. Robinson *, importante journaliste anglaise spécialisée dans le secteur vitivinicole, a affirmé, lors de sa visite en Argentine, avoir été frappée par l’amélioration de la qualité des vins locaux durant ces dernières années, et a estimé que les vins argentins avaient un grand potentiel. L’Argentine est donc en passe de devenir un producteur de grands vins. Mais, en quoi la production locale diffère-t-elle des autres et, en particulier, de celle des vins français? Voici quelques éléments qui permettront de mieux comprendre la spécificité du tinto et du blanco argentins.

L’importance du terroir.

Un grand vin dépend du terroir, soit de la combinaison du climat, des sols, des cépages et de la main de l’homme (viticulture et élaboration).
Situé entre le 22º et le 40º degré de latitude sud, le vignoble argentin bénéficie d’un ensoleillement plus important que le vignoble français même si l’altitude plus importante où pousse le vignoble –jusqu’à 1200 mètres dans la région de Salta– compense cet aspect. L’obligation d’irriguer le vignoble, permet d’éviter les « bonnes ou mauvaises années » en fonction de trop ou pas assez de pluie, et permet de maintenir un niveau relativement égal d’année en année, des sucres (qui deviennent alcool) et de la maturité des tannins. Les sols sablonneux, limoneux et pierreux de la Pré-Cordillère, comparables aux sols où pousse la vigne en France, ont permis aux cépages européens de bien s’adapter. Enfin, les techniques tant en viticulture qu’en oenologie ont été importées.

Mythes et réalité. Si aujourd’hui le vin argentin est de qualité reconnue, il est pourtant difficile de combattre certains mythes et habitudes.

Ainsi, le vin argentin a un degré d’alcool en général supérieur aux bordeaux français, et possède moins d’acidité. Il peut donc surprendre les amateurs de bordeaux qui le trouvent un peu trop robuste et sans subtilité. En réalité, ce n’est qu’une question de goût, les amateurs de vins argentins estimant, de leur côté, que les bordeaux sont un peu acides et trop légers en bouche. Il est plus aisé de comparer les vins argentins aux vins rouges de la Rioja espagnole et les vins blancs à ceux du Rhin. Enfin, le vin argentin** possèderait, selon une étude d’experts, davantage d’anti-oxydants que le vin des voisins chiliens et même que les prestigieux vins australiens…

Une autre différence notoire entre les vins français et argentins réside dans l’éternelle bataille entre les vins de « dénomination d’origine » et ceux de marque et cépage. En général, sauf quelques exceptions, les vins argentins ne spécifient pas leur terroir, leur « cru ». Selon E. Queyrat, auteur spécialisé des vins argentins, « Le vocabulaire français de ‘cru, clos château, domaine’ n’est pas adapté à la réalité argentine », qui produit davantage de vins variétaux, pouvant mélanger des raisins de parcelles différentes. Le vin argentin est choisi souvent pour son cépage –ou assemblage– ou pour sa marque, alors que le vin français est choisi pour son origine géographique.
L’originalité des cépages.

L’originalité enfin des vins argentins vient de ses cépages, malbec et torrontés. Même si le malbec est d’origine française, il est peu représenté en France : on le trouve seulement dans le Cahors et dans de très faibles proportions dans le bordelais (3 à 5 %). Selon les résultats de la WEIN-Market*** (célèbre concours allemand), l’Argentine serait avec la Californie et l’Australie les meilleurs producteurs de malbec. Le torrontés, originaire de la Rioja espagnole, s’est particulèrement bien adapté dans la région de Salta, où l’on trouve l’une des seules dénominations d’origine argentine : le torrontés des vallées Calchaquíes.

Infos pratiques:
* www.britian.org.ar – Visite du 21 février 2002

**Selon A.Crozier (scientifique de l’Université de Glascow), Diario de Los Andes 28/03/01

***www.vinoscyt.com
Site intéressant (entre autres…)- eumar.com.ar