Survol et mécanique

De l’Italie à l’aviation. César Rasponi nous accueille dans sa maison-musée de Tigre. Il a conservé chez lui, tout au long de sa vie, photos, objets, pièces d´avions… Lui-même est une page d’histoire vivante : âgé de 97 ans, doté d’une mémoire intacte, il fait preuve d’une lucidité admirable.

Né en 1905 à Ancona (Italie), César Rasponi vient à 16 ans chercher fortune en Argentine. Il s’installe à proximité de l’une de ses tantes, au Tigre, et propose ses services à l’aérodrome tout proche de San Fernando. La compagnie Latécoère, vite devenue CGA (Compagnie Générale Aéropostale), l’embauche comme « homme à tout faire ». Petit à petit, il devient mécanicien.

De là, il passe à Aeroposta Argentina, la compagnie d’aviation récemment créée par le gouvernement argentin, et assure l´entretien des avions. Prêt à démissionner faute d’être payé, il se voit proposer le poste d´entretien des véhicules terrestres de la CGA (qui entre-temps est devenue Air France) : un travail de 15 jours… qui durera en fait 25 ans !

Un homme de confiance. On a besoin d’un homme « sourd, muet et aveugle » pour être le chauffeur d’Eva Peron ? le choix se porte sur César Rasponi, simple peon, qui occupera ce poste occasionnel dont il demande vite à être libéré. Il lui arrive aussi de réceptionner les avions de l’Aéropostale et de porter les sacs de courrier (la « valise diplomatique ») à l’ambassade de France. Mais son principal travail, c’est l’entretien des avions. A chaque arrivée, il a beaucoup à faire et pour la remise en état des moteurs, il a même inventé une machine qui lui permet «d’éviter trois heures de démontage et remontage . Une petite merveille ». Il lui faut aussi réparer les ailes et parfois le fuselage en toile des appareils, coudre des pièces pour réparer les accrocs.

Une page d’histoire. Durant les années trente, Rasponi fréquente au quotidien les grands pionniers français de l’aviation :« Des gens qui ont tant lutté… pour leur pays. Mermoz qui s’est tant battu pour obtenir des appareils capables de traverser l’Atlantique, avait une vision… fabuleuse ! si vaste ! Et Saint-Exupéry, considéré comme un simple pilote… lui qui a été surtout connu par ses écrits littéraires… »

Mais la Seconde Guerre mondiale éclate : les Allemands donnent l’ordre aux Français de fermer les ateliers et deux cents personnes se trouvent sans emploi. (On raconte que certains ont gratuitement entretenu les bâtiments de Pacheco durant tout le conflit et jusqu’au retour d’Air France, par amour de leur entreprise ou passion de l’aventure aéronautique). Lorsqu’Air France se retire définitivement, Rasponi croit que la fin de sa carrière est arrivée mais c’était sans compter sur la reconnaissance de Vachet ( l’un des directeurs locaux de la compagnie) qui l’envoie sans délai se présenter à Aeroposta Argentina.

En 1950, le gouvernement argentin décide de regrouper les quatre entreprises aéronautiques du pays, et cherche un nom. Témoin de discussions animées, auxquelles participe Peron en personne, Rasponi se permet d’intervenir. -Monsieur, puis-je dire un mot ? … Appelez-la « Aerolíneas Argentinas ». Deux jours plus tard, un gratte-papier passe dans l’entreprise avec un avis : « A partir de demain, l’entreprise s’appelle Aerolíneas Argentinas », raconte Rasponi avec émotion.

César Rasponi, « personnel de terre », personnage de l’ombre travaillait sans compter. Mais de son poste discret, il a pu être un témoin privilégié des événements qui ont marqué le développement de l’aviation en Argentine. Il est conscient et fier d’avoir rencontré ou fréquenté de près (les structures étaient encore si petites que tout le monde se connaissait) des gens importants, ministres, capitaines ou colonels, et d’autres grands, ces aventuriers du ciel qui ont mis toute leur foi et leur ambition dans un ancien et puissant rêve humain : voler.

D’après l’interview de M. De La Fuente avec l’aide de Jean Chavance, délégué pour l’Argentine de l’Amicale d’Air France.