Des sons universels

Formé à l’Ecole d’Art à Cergy dans les années 60, Eric Samakh vit désormais dans les Hautes Alpes et enseigne à l’école d’Art d’Aix-en-Provence… Gagnant du Prix Médicis 1993, ses installations ont été présentées dans toute l’Europe, l’une d’elles se trouvant au musée Pompidou.

Mêlant technologie, poésie et nature, E. Samakh est « un magicien de la terre »* qui en jouant sur les arts médiatiques fait « chanter la nature ou montre l’invisible »*.

Pouvez-vous expliquer ce que sont les flûtes solaires ?

J’ai toujours aimé diffuser des sons dans des lieux inhabituels. Longtemps les machines que j’utilisais étaient trop compliquées, je voulais qu’elles soient plus autonomes, les sons plus naturels et réalistes et mettre la technologie au second plan. J’ai donc travaillé avec l’énergie solaire. Les flûtes solaires sont dotées d’un capteur d’énergie solaire qui permet de mouvoir une turbine qui à son tour permet d’engendrer des sons. Il est donc conseillé d’aller à la Casona par beau temps et dans l’après-midi afin de mieux les entendre.

Etes-vous un musicien ?

Non ! Le son est un outil. J’ai déjà travaillé sans son. Dans ce cas, j’appelle mes installations des pièces silencieuses !

Les flûtes chantent-elles une mélodie ?

Non, pas vraiment. Elles sont toutes de la même taille. Mon idée était qu’elles chantent des sons universels. Ainsi, une japonaise me disait qu’elle trouvait cela très japonais comme l’on m’a dit au Pérou que les sons faisaient très andins ! En fait il n’y a pas de mélodie universelle mais bien des sons inscrits dans l’inconscient collectif. Selon les phénomènes physiques, liés aux vents ou aux insectes qui viennent s´y loger, les sons ne sont pas toujours les mêmes.

A qui est proposée votre œuvre ?

Le public peut être de tout âge, l’installation est dans le ressenti, pas dans le fonctionnement intellectuel. L’idée est d’impliquer le spectateur dans un dialogue en suspens avec la nature ; il se questionne alors sur son environnement et est à la fois pris au piège.

Au piège ?

Oui, une sorte de piège psychologique : il ne voit pas les flûtes –qui sont accrochées entre huit et douze mètres de haut– et pourtant il en capte le son. De plus, les flûtes fonctionnant avec l’énergie solaire, peuvent siffler même s’il n’y a pas du tout de vent. Le spectateur est pris au piège dans une sorte de mirage. L’idée est de créer un monde parallèle entre rêve et réalité, inviter à un voyage intérieur et rappeler les contes de l´enfance

Les flûtes solaires ont été nommées « meilleure installation d’art en 2001 au Chili ».

Pour en savoir plus, visitez les nombreux sites et présentations d´oeuvres d´Erik Samakh, Exposition jusqu´au 22 décembre, Casona de los Oliveira, dans le parc Avellaneda

*Franck Doriac, docteur en arts plastique de l’université d’Aix-Marseille, café géographique – 6/06/2001 – Aix