Cortázar le Parisien

6Julio Cortázar est né à Bruxelles le 26 août 1914, de parents argentins. Comme il l’a dit, sa naissance, qui coïncide avec l’occupation allemande de la Belgique, fut “extrêmement belliqueuse”. Ce qui donna comme résultat l’”un des hommes les plus pacifistes qu’il y ait sur cette terre”. Son père travaille pour le service économique de l’Ambassade d’Argentine, ce qui permet à sa famille de vivre la guerre en pays neutres (Suisse, Espagne).

De retour en Argentine, son père abandonne la famille. Julio a six ans. Il ne le lui pardonnera jamais et vouera toute sa vie une grande admiration à sa mère. Il passe son enfance à Bánfield, dans la banlieue de Buenos Aires, une enfance marquée par de graves difficultés matérielles. C’est un enfant solitaire, extrêmement sensible, introverti et maladif. Il se réfugie dans la lecture, en particulier des nouvelles d’Allan Edgar Poe.

Ne pouvant poursuivre ses études de professorat de littérature à l’Université de Buenos Aires pour des raisons économiques, il devient maître d’école. Il exerce dans des petites villes de “l’intérieur” Chivilcoy et Bolívar (1939-45) ; il a décrit cette expérience dans l’une de ses nouvelles “El viaje”. En 1945, il est recruté par l’Université de Cuyo, comme spécialiste de littérature française. Mais il démissionne lors de l’arrivée de Perón au pouvoir, car il est en profond désaccord avec sa politique d’occupation des Universités (1946). Cortázar décide alors de vivre à Buenos Aires (1946-51) où il mène une vie “solitaire et bohème”. Directeur de la Chambre du Livre et traducteur indépendant, il publie des travaux de critiques et se perfectionne en français et en anglais.

Cortázar a du mal à se faire connaître du public : en 1938, il publie, sous le pseudonyme de Julio Denis, ses premiers sonnets “Presencia” qu’il désavouera par la suite parce que “trop mallarméens”, puis en 1949 “les Rois”. En 1946, Borges, dans la prestigieuse revue “Sur”, publie “La Casa tomada”. C’est en 1951 que surgit, avec “Bestiario”, le vrai Cortázar : son monde plein de fantaisie, révélant des univers nouveaux sous l’apparente réalité, transparaît dans ce recueil de nouvelles, un monde qui s’enrichira dans les œuvres suivantes. Mais il continue à rester inconnu du grand public.
En 1951 il s’exile à Paris où il devient traducteur indépendant pour l’Unesco tout en voyageant fréquemment en et hors de l’Europe. Ses premières années européennes sont difficiles mais très productives (“Final de juego”, “Las armas secretas”, “Los premios”, “Historias de cronopios y de famas”, “Rayuela”). Rayuela (Marelle) marque une véritable révolution dans la littérature sud américaine: Cortázar écrit tout d’abord en argentin – et non en “castellano” comme le faisaient normalement tous les écrivains – et, par ailleurs, le roman de l’histoire d’amour de la Maga et Olivieira bouscule l’ordre de la narration traditionnelle du roman. Cortázar devient enfin un auteur reconnu.

En 1962, Cortázar appuie la révolution cubaine et devient un écrivain concerné par les problèmes politiques d’Amérique latine. Ainsi, les droits d’auteur d’”El libro de Manuel” sont destinés aux prisonniers politiques argentins (1973). Il participe à la commission de recherche des crimes de la Junte militaire au Chili (1975) ou soutient la révolution sandiniste du Nicaragua (1979).

Il écrit avec sa troisième femme – Carol Dunlop – “les Autonautes de la cosmoroute”en 1982, un recueil de nouvelles sur l’autoroute du sud Paris-Marseille.

Après un dernier voyage à Buenos Aires (1983), Cortázar meurt à Paris de leucémie le 12 février 1984. Il avait été nationalisé français en 1981.

* “Feria del Libro” : jusqu’au 9 mai, à la Rural. Bon moyen de connaître, d’acquérir, de feuilleter les livres de Cortázar et d’en savoir plus sur sa vie.

** “Presencias”, une exposition itinérante, sillonne l’Amérique latine. En août, elle sera au Centre Culturel de La Recoleta. L’idée est de faire connaître toutes les facettes de cet éclectique auteur : sa relation avec la littérature, mais aussi avec ses autres passions -le cinéma, la boxe, le jazz ou la politique- et de dévoiler ses obsessions : le hasard, le fantastique, le passage, la réalité cachée sous la réalité quotidienne…