C’est officiel, Gardel était français !

8C’est le Centro de Estudios Gardelianos de Buenos Aires qui avait demandé l’analyse de l’ADN des restes de Carlos Gardel à la justice argentine, afin de prouver sa nationalité et de cette manière rejeter la version qui indiquait que le chanteur était uruguayen. Mais le jour même de l’anniversaire de la mort de Gardel, la Justice n’a finalement pas accepté qu’on effectue une étude d’histocompatibilité génétique entre le « Zorzal » et sa mère.

Elle a en revanche confirmé les arguments sur lesquels repose la version de son origine française. « Dans les deux jugements successoraux (en Argentine et en Uruguay) il a été résolu que la seule héritière a été la mère du chanteur argentin, Madame Berta Gardes« , dit la sentence rendue le 26 avril par Fabiana Schafrikde, juge au Tribunal de « Contencioso Administrativo y Tributario » de Buenos Aires.

Dans sa résolution, la magistrate s’est demandé s’il « fallait se faire l’écho de rumeurs quand la question hypothétiquement posée a déjà été résolue par la Justice? Je crois que non. Il n’y a pas de polémique judiciaire » a-t-elle conclu.
La polémique sur les origines du « zorzal criollo » ne remonte pas à hier. En 1920, Carlos Gardel lui-même s’est présenté devant les autorités uruguayennes pour déclarer qu’était né à Tacuarembó le 11 décembre 1887, fruit de l’union de Carlos et de María, des « Uruguayens décédés« . Toutefois, il n’avait alors pas présenté de documents, mais seulement deux témoins, l’un d’eux étant son ami José Razzano.

Les uruguayens n’en démordent pas
Imperturbables, les Uruguayens ont rendu ce vendredi 26 de nombreux hommages à la mémoire du mythique chanteur, à l’occasion du 69º anniversaire de sa disparition dans un accident d’aviation à Medellín (Colombie).

Les journaux uruguayens ont en outre publié ce même jour la copie d’une carte d’identité émise par le Venezuela au nom du chanteur, où il est indiqué qu’il est né dans la ville uruguayenne de Tacuarembó et qu’il a ensuite été nationalisé argentin. Le document aurait été délivré à Gardel par le consulat vénézuélien de New York, afin de pouvoir faire une tournée artistique dans ce pays sud-américain en 1935. Il y a peu, l’ambassadeur de l’Ur-guay en France, Miguel Angel Semino, a présenté à Paris la publication « Guide du Tango » qui révèle plusieurs contradictions sur la date et le lieu de naissance de Gardel.

Peu avant l’accident qui lui a coûté la vie, le chanteur avait déclaré à la revue colombienne Caretas « mon cœur est argentin, mais mon âme est uruguayenne, parce que c’est là que je suis né ». Il aurait affirmé la même chose en 1933 au journal El Telégrafo, de la ville uruguayenne de Paysandú, à une époque où personne ne songeait à polémiquer sur son origine.

En France aussi…
En France, la nouvelle n’a pas suscité de réactions. L’Association Carlos Gardel de Toulouse, qui milite bien évidemment pour l’origine française de l’artiste, a mené sa propre enquête et montre, sur son site internet www.carlos-gardel-toulouse.com de précieux documents : l’acte de naissance et l’acte de reconnaissance de Charles Romuald Gardès, signé par sa mère, ainsi qu’un arbre généalogique de la famille. Selon les français, c’est le jeudi 11 décembre 1890 à 2 heures, que Madame Bazin, sage-femme, accouchait Berthe Gardès d’un garçon que l’on prénomma Charles Romuald Gardel. Mais Berthe n’était pas mariée et il faut croire qu’elle fut tentée d’abandonner son enfant, puisque ce n’est que le 22 décembre, soit onze jours après la naissance, qu’elle le reconnut officiellement auprès de l’Etat-Civil. Le 11 mars 1893, Berthe et Charles auraient débarqué à Buenos Aires d’un navire portugais, le Don Pedro, qu’ils avaient pris à Bordeaux.

La ville de Toulouse a également honoré celui qu’elle considère l’un de ses « enfants« . Une stèle a été érigée en 1983 dans le parc de Compans Caffarelli en souvenir du décès de Carlos Gardel, à l’initiative de Pierre Baudis et inaugurée par son successeur, Dominique Baudis, le 27 juin 1983. Une plaque a également été posée sur la façade de la maison natale du chanteur, 4, rue du Canon d’Arcole. Bref, qu’il soit Français, Uruguayen ou Argentin, Carlos Gardel fait l’unanimité.

Vincent Boigey