Européennes : l’abstention gagne, le PS engrange, l’UMP encaisse

En frôlant les 30 %, François Hollande peut se targuer d’un record historique pour une élection de ce type et d’un succès personnel qui ne va pas forcément enchanter les présidentiables de la rue de Solférino. Exit la gauche plurielle puisque les alliés du PS se sont recroquevillés sur des scores très moyens, voire négligeables. Le PCF se maintient in-extremis au dessus de la barre des 5%, et l’extrême gauche (LO-LCR) sort laminée de ce scrutin (5,2% en 1999, 4,5% aux dernières régionales, à peine plus de 3% lors des européennes), comme si la leçon du 21 avril avait été comprise par un électorat qui s’est résolu à abandonner le vote-défouloir. Les Verts, notamment, reculent de près de 10% et tombent à 7%.

A une gauche unipolaire, la droite offre aujourd’hui une réalité tripolaire avec l’UMP autour de 16 points, l’UDF à 12% et les « souverainistes » de Philippe de Villiers à 8 % environ. Créée il y a deux ans pour unifier la droite, l’UMP n’y est pas parvenue et est revenue à la case RPR. De nouveau s’impose la question de l’organisation de la droite.

La majorité est donc devenue plurielle, même si François Bayrou s’est empressé de refuser les « additions superficielles« . Il a estimé, à propos de l’UMP, qu’il n’existe « pas de lien de confiance qui soutient un mouvement politique lorsqu’il se veut majoritaire« . Quant à Jean-Pierre Raffarin, il n’a pas souhaité commenter dimanche soir les résultats du scrutin, ayant indiqué qu’il ne faisait pas partie de son calendrier. C’est seulement trois jours plus tard que le premier ministre s’est exprimé publi-quement, excluant toute idée de démission et affirmant avoir « une mission à accomplir« . « Je ne m’accroche pas« , a dit le Premier ministre mercedi 16 au soir sur TF1.

« Je bénéficie d’une double confiance, celle du président de la République et de la majorité parlementaire. »

Il a donné une autre illustration de sa volonté de rester à Matignon en indiquant qu’il ne serait pas candidat aux élections sénatoriales de septembre.

En revanche, l’extrême droite se maintient bien. Elle progresse même, représentant près de 18% des suffrages, mais elle se divise quasiment à part égale entre le Front National et les  » souverainistes  » du Mouvement Pour la France, dirigé par l’euro-député de Vendée, Philippe de Villiers.

Mais le scrutin en France a surtout été marqué par une abstention record de 57 %, en ligne a-vec les 55,4 % estimés à l’échelle des 25 pays de l’UE, où la participation baisse depuis 1979. Les Européens ont en effet été peu nombreux à se déplacer pour désigner leurs 732 représen-tants au Parlement, mais ils ont pour la plupart profité de ce premier scrutin de l’Union à 25 pour sanctionner le pouvoir en place ou confir-mer le désaveu exprimé dans de récents scru-tins nationaux. La politique intérieure a en effet dominé la campagne, même si le dossier irakien, la future Constitution européenne renforçant les pouvoirs du Parlement, et la question de l’adhésion de la Turquie ont été abordés.

Même la plupart des dix nouveaux pays mem-bres se sont montrés peu assidus. Peu mobilisés aussi, les Allemands, mécontents de la stagna-tion de l’économie, du chômage supérieur à 10 % et de la réduction des avantages sociaux, ont infligé un nouveau revers au Parti social-démocrate (SPD) du chancelier Gerhard Schroeder, qui recueille 21,6 % des suffrages contre 45,3 % à l’opposition conservatrice chrétienne-démocrate (CDU). Du côté des partisans de la guerre en Irak, le Premier ministre britannique Tony Blair a vu le Parti travailliste rétrograder en troisième place derrière les conservateurs puis les libéraux-démocrates aux élections locales qui se déroulaient en même temps que les européennes pour 78 sièges. Ces dernières ont confirmé la tendance. Le gouvernement, conservateur, perd aussi le scrutin au Portugal, où les socialistes remportent 43 à 47 % des voix, contre 32 % à 36 % à la coalition au pouvoir. En Espagne en revanche, l’exécutif est confirmé, mais les électeurs avaient déjà sanctionné l’engagement en Irak et l’économie aux législatives de mars, en faisant tomber les con-servateurs au profit des socialistes du président du gouvernement José Luis Zapatero. Les Grecs ont aussi réaffirmé leur soutien au parti conservateur du Premier ministre Costas Caramanlis, avec 42,5 % des voix contre 35 % au Parti socialiste (Pasok), chassé de onze ans de pouvoir par les législatives trois mois plus tôt. En Belgique, la coalition libérale-socialiste du Premier ministre Guy Verhofstadt perd du ter-rain aux régionales tenues avec les européen-nes, alors que le parti d’extrême droit flamand du Vlaams Block continue sa percée. Les populistes et les eurosceptiques se renforcent, particulièrement en Grande-Bretagne, en Au-triche ou, parmi les dix nouveaux pays de l’UE, en Pologne. La multiplication des candidats – 14 670 – et l’éclatement des voix rendra difficile la constitution d’une majorité au Parlement, qui devra élire son président avant de se prononcer sur la désignation du successeur de Romano Prodi à la présidence de l’exécutif européen, la Commission.

Vincent Boigey

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