Que la fête commence !

19« Ils« , ce sont les festivals qui enchantent la France pendant les mois d’été dans les villes, les villages, mais aussi les lieux les plus insolites de l’hexagone et qui permettent à tous, jeunes et moins jeunes de communier dans une même soif de découvertes et de rencontres… Qu’il s’agisse de musique ou de chant, de théâtre ou de photographie, de peinture ou de danse, de débats, tout est prétexte à d’inoubliables spectacles et échanges. À côté des festivals installés de longue date (Cannes, Avignon, Montpellier, etc.) et des festivals qui s’articulent autour d’un thème principal, l’offre est de plus en plus éclectique, souvent originale, et le théâtre de rue s’y taille une part importante

Le théâtre de rue est une réminiscence du temps des foires et des marchés médiévaux qui rythmaient l’année ; ils étaient l’occasion de commercer, mais aussi de conclure des alliances et de se divertir. Ils ont donné naissance aux spectacles de rue qui existent désormais de façon indépendante mais poursuivent cette tradition du contact direct, presque charnel, entre artistes et spectateurs. Le théâtre de rue fait désormais partie des festivals qui se renouvellent chaque année dans différentes villes de France et qui ont conquis un large public. Qu’ils évoquent d’anciennes fêtes religieuses ou païennes, annoncent les vendanges telles les Folkloriades de Dijon fin août, ou qu’ils doivent leur existence à un groupe de copains plus ou moins conscients du défi qui les attend, tous ont en commun de prendre possession de la cité qui les accueille. Pendant quelques jours, les lieux d’accueil tolèrent le désordre, ferment les artères principales à la circulation (quel bonheur !), et se laissent gagner par le souffle de la poésie et du rêve, de l’humour et de la comédie. Les petits accompagnent leurs parents, s’assoupissent paisiblement dans leur poussette ou à l’ombre d’un arbre et ne se réveillent que lorsque les applaudissements sont trop forts. Le secteur des arts de la rue regroupe à ce jour 889 compagnies professionnelles, parmi lesquelles 20 seulement sont conventionnées, au seuil minimal de 60 000 euros€ par an (L’Express du 28/06/2004).

« Que la fête commence ! » C’est ainsi que chaque festival lance son cri de guerre pour un, deux, trois jours ou plus à des festivaliers de passage ou à des habitués qui viennent se ressourcer dans des lieux parfois atypiques, souvent historiques, parfois saugrenus. Que les compagnies soient in ou off, les artistes se succèdent pour offrir le meilleur de leur art ou de leur savoir à un public souvent conquis d’avance. Leurs titres sont souvent empreints d’humour ou de poésie : Echappée belle à Cahors, Les siestes électroniques ou Rio loco à Toulouse, Des pieds et des mains à Lons-le-Saunier, Onze bouge à Paris, Mens alors à Mens, Au bonheur des mômes au Grand-Bornan, Les Z’accros d’marue à Nevers, etc. Autant d’invitations aux voyages, aux rencontres, à la communion autour d’artistes plus disponibles et accessibles que lorsqu’ils se produisent dans une salle de concert pendant l’année.

Chaque festival est un pari, un défi à relever, même pour ceux qui sont installés de longue date. Il suffit que la pluie s’en mêle ou que, comme l’an passé, les actions des intermittents du spectacle conduisent à annuler la plupart des manifestations estivales pour que le fragile équilibre financier soit remis en cause. Chaque festival a son identité propre : qu’ils favorisent l’unité (musique baroque à Beaune, Jazz à Nice), ou la diversité (danse, musiques du monde et cinéma à Marseille), qu’ils proposent des spectacles en salle ou en plein air, chacun essaie de se démarquer et de laisser son empreinte.

Un festival tel que Les Francofolies de la Rochelle créées en 1985 a permis d’installer la chanson française dans le paysage musical à une époque où le tout anglophone envahissait les ondes radiophoniques. Le public est au rendez-vous depuis vingt ans, preuve s’il en était besoin qu’avec beaucoup de culot et du talent, on peut y arriver. Et même si son créateur, Jean-Louis Foulquier, passe la main, le rendez-vous est désormais incontournable.

Les festivals d’été sont aussi l’occasion de flâner, de découvrir une région, une ville, un village, de combiner culture et terroir, de s’approprier un lieu autant qu’un artiste ou une œuvre, de prendre son temps. Décentralisation oblige, les politiques se sont peu à peu laissés séduire. Ils ont compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer, tant économique qu’en termes d’image, du désordre organisé qui accompagne ces manifestations. Lorsque le festival est connu et plébiscité, ce sont plusieurs milliers de personnes qui vont investir la ville, manger, dormir, consommer. Si tout se passe bien, le bouche à oreille, qui est souvent la principale source de publicité et la plus efficace, fonctionnera à plein.

Les festivals sont enfin l’occasion de rassembler un public disparate de connaisseurs, de mélomanes et « d’intellos« , et de simples curieux. Nombreux sont ceux qui n’osent pas franchir le pas de l’achat d’un billet de spectacle pendant l’année, par manque de moyens financiers ou par manque d’habitude et qui soudain, le temps d’un été, se laissent séduire par telle ou telle manifestation. Ils apprécient de pouvoir déambuler d’un spectacle à l’autre, en famille, sans contrainte vestimentaire, pour le seul plaisir des yeux et du cœur. D’autant plus qu’une grande partie des festivals offre de nombreux spectacles gratuits, qui constituent parfois l’essentiel de la programmation comme c’est le cas à Chalon-sur-Saône pour Chalon dans la rue.

Alors, laissez-vous tenter ! Et si vous avez l’occasion de passer par la France cet été, renseignez-vous à l’avance dans les offices du tourisme ou via internet. Ne ciblez pas nécessairement les plus gros festivals : les moins ambitieux proposent souvent une programmation de qualité et un accueil convivial.

Josie Lecuona