Nouveau gouvernement : Jacques Chirac « soigne » les Affaires Etrangères

Pour les Français de l’étranger, qui vivent à des milliers de kilomètres de l’Elysée et de Matignon, le ministre le plus important du gouvernement est forcément celui en charge des Affaires Etrangères. Logique, puisque c’est lui qui représente, dans le monde entier, la politique de la France. Et que c’est de plus le ministre qu’ils ont le plus de chance de voir visiter un jour le pays où ils résident.

Beaucoup moins médiatiques que leurs collègues de l’Economie ou de l’Education, évoluant souvent à l’ombre du président de la République dont la politique étrangère est le « pré carré », les ministres des Affaires Etrangères, hommes de la diplomatie, se font généralement discrets à l’heure de leur départ. C’est pourquoi les réactions véhémentes de Michel Barnier ont surpris, le mois dernier, lors du remaniement gouvernemental décidé par Jacques Chirac.

Entre amertume et colère, Michel Barnier a en effet fait part, lors de son départ, de ses « regrets » de voir le ministère des Affaires étrangères « décapité » après la victoire du « non » au référendum.

« Ainsi, le rejet de la Constitution européenne et le changement de gouvernement qui l’a suivi auront-ils eu pour conséquence de décapiter l’équipe ministérielle du Quai d’Orsay »

a-t-il déclaré devant le personnel réuni dans le salon de l’Horloge, avant la passation de pouvoirs formelle. L’ancien chef de la diplomatie s’est même permis quelques conseils à son successeur : « je recommanderai ceci : d’abord et surtout que les hommes et les femmes politiques de notre pays cessent de se comporter comme si l’Europe était à côté de la France. Cela veut dire qu’à Bruxelles et Strasbourg, il s’agit moins d’imposer que de convaincre, moins d’obliger que d’entraîner« , a-t-il expliqué.

Faisant le bilan de ses quatorze mois à la tête du Quai d’Orsay, Michel Barnier a enfin affirmé que « ce ministère [avait] fait face en une année à tant de crises, à tant d’épreuves, tant de secousses, que la fierté de l’avoir dirigé en [était] encore pour [lui] renforcée« . Michel Barnier était entouré de Claudie Haigneré, ministre déléguée sortante aux Affaires européennes, de Xavier Darcos, qui était ministre de la Coopération, et de Renaud Muselier, qui était secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, tous trois également sur le départ. Ce dernier a pour sa part déclaré qu’il savait qu’il était « en CDD pour servir la France« .

« Même si son propre parcours est bon, on peut être débarqué. On ne peut défendre la démocratie et se plaindre de ses conséquences pour soi »

Vincent Boigey