Oui ou non : entre les deux, mon cœur balance

La date fatidique du 29 mai approche. Les partisans des deux camps affûtent leurs arguments et les Français essaient, tant bien que mal, de se faire une opinion.

Les partisans du Oui

Qu’il s’agisse des Verts ou de l’UMP, du parti socialiste ou de l’UDF, on les disait assurés de la victoire. Convaincus de celleci, ils ont d’abord semblé traiter avec condescendance les arguments développés par les opposants à la Constitution. Mais la progression récente et régulière dans les sondages des tenants du Non les a obligés à changer de tactique et à mieux présenter et défendre leurs thèses. C’est à gauche, au parti socialiste, que la contestation interne est la plus spectaculaire, défendue par des ténors tels Laurent Fabius ou Henri Emmanuelli, qui n’hésitent pas à défier ouvertement la ligne officielle. Cette contestation menace d’ailleurs de faire éclater le parti à l’issue du référendum, tant les oppositions sont vives.

La thèse principale de ceux qui soutiennent la Constitution est simple : une victoire du Non au référendum marquerait un retour en arrière, l’arrêt de la construction d’une Europe plus forte face aux Etats-Unis et aux pays émergents tels la Chine et l’Inde, l’anéantissement d’années d’efforts, même imparfaits. La Constitution, demandée par la France et l’Allemagne, permettrait de donner à une Union européenne aujourd’hui essentiellement économique et monétaire, une assise politique et par làmême une légitimité réelle face aux autres pays. Un rejet de la Constitution marquerait une perte d’influence de la France, un des pays fondateurs, moteur du développement de l’Union depuis cinquante ans.

Le Oui au référendum, raisonnentils, ne signifie pas une acceptation sans conditions, mais indique que l’on est solidaires de la construction de l’Europe tout en restant vigilants sur les finalités et les moyens pour y aboutir.

Ils présentent comme une avancée majeure le fait que la Constitution institue une présidence de l’Europe stable (pour deux ans, renouvelable une fois) en lieu et place de la présidence tournante de six mois, ainsi que la création d’un poste de ministre des Affaires étrangères.

Ils avancent par ailleurs que les pouvoirs du Parlement seraient accrus par le traité qui stipule que le champ de codécision avec le conseil des ministres est étendu à 95% des textes de loi. Il partagera avec celuici le vote du budget et garde le pouvoir de censurer la Commission.

Les partisans du Non

De longue date, ce sont les souverainistes (derrière Philippe de Villiers ou Charles Pasqua) et les militants d’extrême droite qui se sont opposés au développement d’une communauté européenne au motif principal qu’elle impliquerait une perte de souveraineté de la France au profit d’un « machin » qui prendrait les décisions en lieu et place de l’Etat français. Ils souhaitent également utiliser le référendum pour signifier leur opposition à l’éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne.

Jusque là minoritaires, ils ont été récemment rejoints par un nombre croissant d’électeurs de gauche, ainsi que par les déçus du gouvernement Raffarin, toutes tendances politiques confondues. Ces derniers voient dans le référendum l’occasion de sanctionner un gouvernement très décrié.

Leur argumentation est centrée principalement sur le fait que la Constitution, telle qu’elle est écrite aujourd’hui, ferait la part belle au libéralisme au détriment des avancées sociales. Elle favoriserait un nivellement social par le bas puisqu’elle ne garantirait pas les droits fondamentaux (logement décent, soins médicaux, etc) inscrits dans la déclaration des droits de l’homme. La désormais fameuse directive Bolkestein est venue à point nommé pour conforter leurs craintes (rappelons, pour mémoire, qu’il ne s’agit que d’une proposition, qui n’a pas été soumise au vote du Parlement européen). La multiplication des délocalisations d’entreprises françaises à l’étranger, le niveau élevé du chômage, l’entrée massive de produits étrangers à bas prix qui concurrencent dangereusement les produits français, confortent leurs craintes et cristallisent le rejet. Enfin, le fait que la Constitution garantisse l’indépendance absolue de la Banque centrale européenne, ouvre les services publics à la concurrence et consacre la prééminence de la Commission au détriment du Parlement, seule représentation démocratique, selon eux, des peuples européens, les convainc que ce texte ne fait qu’accroître la précarité, favorise le grand capital et maintient les citoyens européens à l’écart de la prise des décisions. Les partisans du Non font valoir que si leur vote est majoritaire au référendum du 29 mai, les pays membres de l’Union seront contraints de renégocier et de prendre en compte les arguments des citoyens qui se sont sentis écartés de la Convention préparatoire. Une remise à plat des articles qui posent problème sera alors possible, qui ne remettrait pas en cause la construction globale de l’Europe.

Cet argument est rejeté avec vigueur par les partisans de la Constitution qui lui opposent la thèse exactement inverse, à savoir que la Constitution ne pourra être modifiée qu’à l’unanimité (qui accorde la même importance aux  » petits  » Etats qu’aux grands, Etats qui n’ont pas tous les mêmes intérêts, naturellement) et qu’une renégociation est totalement illusoire.

Comme pour la plupart des élections qui se sont déroulées ces dernières années, ce sont les indécis, fort nombreux au moment où nous écrivons, qui risquent de faire pencher la balance. Dans tous les cas, les 24 membres de l’Union attendent avec inquiétude les résultats du 29 mai 2005.