La rentrée littéraire 2007

rentrée-littéraire-en-librairie-1Vais-je scier la branche sur laquelle je suis assise, moi qui ai la prétention d’émettre un commentaire régulier sur telle ou telle de mes lectures ? Mais qui pourra croire que n’importe lequel des critiques, chroniqueurs, enseignants, jurés a vraiment lu tout ce dont il prétend parler ? Pour la rentrée et jusqu’à présent, 493 romans français, 234 étrangers et 102 nouveaux auteurs, 600 essais vont être publiés. Il faudrait, pendant deux mois, lire plus de 15 livres par jour pour venir à bout de cette avalanche.

D’un autre côté, la lecture est l’objet d’une telle sacralisation qu’il apparaît tout aussi inconcevable d’avouer qu’on n’aime pas, ou qu’on n’a pas le temps de lire, que d’oser parler d’un livre qu’on n’aurait pas lu. Quel paradoxe !

Avec légèreté et intelligence, Pierre Bayard détricote ces antagonismes apparents, met à jour ce qui fait la valeur d’un livre, le rapport que le lecteur entretient avec l’objet de son attention ou de son indifférence, et ce qui lie les livres entre eux et qui fait le fond d’une culture. Il parle « des livres que l’on ne connaît pas« , de ceux « que l’on a parcourus« , de ceux « dont on a entendu parler« , et de ceux « que l’on a oubliés« .

Au terme de son analyse, Pierre Bayard rend hommage, à travers Wilde, au critique qui, au travers d’une oeuvre, finit par parler de lui, et Bernard Frank, longtemps chroniqueur littéraire au Nouvel Observateur, en était une magnifique illustration.

« La critique est la voix d’une âme, et c’est cette âme qui est son objet profond« .

Un livre délicieux, vous dis-je…

Il est un peu tôt pour évoquer les prix littéraires. Mais voici un (petit) tour d’horizon des livres dont on va forcément parler dans les semaines qui viennent :

  •  » L’aube le soir ou la nuit  » de Yasmina Reza, quand l’art rencontre la politique;
  •  » J’ai tant rêvé de toi  » ouvrage à quatre mains des frères Poivre d’Arvor, une quête des origines;
  •  » Pelures d’oignon  » de Günter Grass, des Mémoires qui ont scandalisé l’Allemagne en août dernier;
  •  » Le soleil noir de la puissance  » de Dominique de Villepin, où s’inscrit peut-être en creux le destin de quelques-uns de nos contemporains: n’est pas Bonaparte qui veut…
  •  » Un château en forêt : le fantôme d’Hitler  » de Norman Mailer qui s’interroge sur ce qui peut mener un homme à devenir insensible au bien et au mal. Eric-Emmanuel Schmidt avait écrit il y a quelques années un livre remarquable à ce sujet  » La part de l’autre « ;
  •  » Dans le café de la jeunesse perdue  » traite des thèmes chers à Patrick Modiano;
  •  » Tom est mort  » de Marie Darrieussecq: une mère raconte les dix dernières années qui ont suivi la mort de son fils, dix années à ressasser la douleur, le deuil, la culpabilité. Ce livre a ouvert une polémique entre Marie Darrieussecq et Camille Laurens, publiées toutes deux par le même éditeur, POL, celle-ci accusant celle-là d’avoir usurpé sa propre histoire (vécue) dont elle-même avait publié une auto-fiction. Paul Otchakovsky-Laurens a dit son intention de ne plus éditer les livres de Camille Laurens. Voilà pour la polémique de la rentrée!
  •  » Le rapport de Brodeck  » de Philippe Claudel, l’auteur des  » Ames grises  » et de «  La petite fille de Monsieur Linh « , qui a incontestablement un vrai style d’écriture.

Et forcément tant d’autres !

Pour finir, je voulais vous parler d’un second roman qui a été couronné par le Prix des Libraires:  » L’élégance du hérisson « de Muriel Barbery. Un récit à trois voix entrecroisées, une concierge parisienne, une petite fille riche et un locataire japonais. Trois voix pour raconter les plaisirs de l’existence, quelques pensées profondes, dans une langue pétillante. Un plaisir de lecture. A lire vraiment celui-ci !

Silvia Bonnet-Cauquil

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