« Pas de sa faute à lui si elle dit rien quand il la tape »

Sur Terre, un Homme sur deux est une femme. Pis, sur 113 homicides dans le cadre de violences conjugales (en France, du 1er janvier à novembre 2006), 87% des victimes sont des femmes.

Le tableau dressé par le ministère de la Cohésion sociale et de la Parité en novembre 2006 est bien sombre : en France, en 2006, une femme est morte tous les trois jours sous les coups de son compagnon. Si l’on ajoute les victimes « collatérales », 151 personnes ont trouvé la mort en 2006 suite à des violences conjugales.

En un mot : il s’agit là d’un fléau terrible et honteux que ne cacheront ni la Journée internationale contre les violences conjugales (25 novembre), ni la Journée internationale de la Femme le 8 mars. Même si le principe est louable, il faut reconnaître que ces « journées » sont largement insuffisantes. Le combat contre ces violences insupportables, qui ne dépendent en rien du statut social des couples et brisent plus de vie qu’il n’y a de victimes – à 11 reprises en 2006, des enfants ont vu leur mère mourir sous leurs yeux –, nécessite une action politique d’envergure.

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La question des violences conjugales entre dans la catégorie plus large du statut de la femme dans notre société. Le « temps des femmes » serait-il venu ? En tout cas c’est ce qu’espèrent les candidates à la présidentielle de 2007, notamment Ségolène Royal (PS) dont le féminisme trouve son origine chez un père militaire qui l’a toujours bridé. Il n’est pas étonnant donc que la candidate socialiste veuille « que la lutte contre les violences faites aux femmes devienne une affaire d’État« . Elle a d’ailleurs promis que ce serait le « premier texte dont le nouveau Parlement serait saisi« .

Marie-Georges Buffet (PC) évoque elle la nécessité d’une « révolution politique et culturelle » et promet que sa campagne sera féministe. Aucune n’oublie les autres formes de violences faites aux femmes : harcèlement psychologique et physique, viols, prostitution, mariage forcé, etc.

« En France, une femme est violée toutes les deux heures » (Ségolène Royal)

Celle-ci a été plusieurs fois critiquée par l’UMP pour ne pas avoir participé ni aux travaux de l’Assemblée sur la loi du 4 avril 2006 qui a renforcé la prévention et les sanctions contre les auteurs de violences conjugales, ni au vote d’une loi en 2003 qui renforçait le dispositif permettant d’éloigner les compagnons violents en cas de divorce.

Ces deux thèmes sont justement parmi les trois que les candidats à la présidentielle abordent le plus :

  1. Améliorer la prévention et l’information, « y compris à la télévision » précise François Bayrou (UDF), afin d’encourager les femmes à dénoncer leur compagnon violent, acte qui reste encore trop rare
  2. Développer les structures d’accueil, étant donné qu’une des principales raisons du mutisme des femmes victimes reste l’impossibilité de quitter leur domicile. Mme Royal propose elle d’assurer « le droit pour les femmes battues de rester au domicile familial avec les enfants »
  3. Durcir les sanctions et donner à la justice les moyens de les appliquer ; Mme Buffet propose ainsi de « développer des forces de police formées et consacrées à ce fléau« .

Pour l’instant, le thème de la place des femmes en France n’est pas central dans la campagne. Ainsi, Jean-Marie Le Pen (FN), dans son discours du Bourget du 12 novembre 2006, qui faisait office de programme présidentiel, n’a utilisé que cinq fois le mot « femme », pour dire que nombre de Françaises étaient désireuses d’un enfant en plus et qu’il fallait leur en donner les moyens. Le candidat Nicolas Sarkozy, de son côté, n’est pas tellement plus bavard en ce qui concerne les violences conjugales, même si le ministre de l’Intérieur a inclus le sujet dans sa loi sur la délinquance, présentée à l’Assemblée il y a peu.

Par conséquent, la Journée internationale de la Femme du 8 mars 2007 revêt une importance particulière car elle pourrait être l’occasion d’obliger les candidats à la présidentielle à s’exprimer clairement sur le sort qu’ils comptent, pendant cinq ans, réserver à la moitié de la population française.

François Daireaux

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