Le logement au cœur de la campagne ?

52 ans au service des mal-logés. L’abbé Pierre s’est éteint le 22 janvier à l’âge de 94 ans, mais son combat demeure. Sa fondation a publié début février son rapport annuel qui évalue à 3.261.600 le nombre de personnes connaissant une « problématique forte de mal-logement » en France, et à 100.000 les SDF (sans domicile fixe).

1385465033ywiz6f« Est-ce qu’il faut attendre des catastrophes bien visibles, bien filmées, pour enfin se mobiliser ?  » demandait l’abbé Pierre. Ironie du sort, son décès a en partie été cette « catastrophe bien filmée ». Mais c’est surtout les actions de ses « héritiers » qui ont permis l’entrée de la question du logement dans le débat présidentiel. Le 13 janvier, les associations « Droit au logement » (DAL), « Jeudi Noir » et « Macaq » avaient créé un Ministère de la Crise du logement dans un immeuble parisien vacant qu’elles avaient réquisitionné et où elles invitaient les candidats. Le mois précédent, les « Enfants de Don Quichotte » avaient installé des dizaines de tentes pour les sans-logis dans plusieurs villes de France. Une mobilisation très médiatisé qui a eu des effets en janvier avec la rédaction, sur demande de Jacques Chirac, d’une loi sur le « droit opposable au logement » (qui aurait pu s’appeler loi « Abbé Pierre »). Adoptée le 21 février, elle prévoit une mise en œuvre progressive, de 2008 à 2012, du droit au logement opposable, un principe approuvé par les candidats du PCF, du PS, de l’UDF et de l’UMP.

Promesses électorales

Presque tous les candidats prônent une application plus stricte de la loi SRU (quota obligatoire de 20% de logements sociaux dans chaque commune), sauf à l’extrême droite où, comme le candidat De Villiers, certains veulent l’abroger. François Bayrou, qui propose que tout projet immobilier inclue 25% de logements sociaux, évoque le transfert aux préfets de la compétence sur les permis de construire, quand Marie-Georges Buffet parle d’inéligibilité des maires. Olivier Besancenot, quant à lui, mise sur l’ »application de la loi de réquisition de tous les logements vides« . L’instauration d’un quota obligatoire de logements sociaux dans tous les programmes immobiliers neufs, une idée qui n’est pas neuve, fait consensus entre les candidats du PCF, du PS, de l’UDF et de l’UMP.

Pour combler le déficit de logements – entre 800.000 et 1 million d’habitations –Buffet promet la « mise en chantier de 600.000 logements sociaux en 5 ans », Ségolène Royal en propose 120.000 par an (donc 600.000 en 5 ans), Dominique Voynet avance le chiffre d’un million en un mandat, Nicolas Sarkozy celui de 700.000 en dix ans et Arlette Laguiller celui de deux millions en deux ans.

Les prix de l’immobilier font également débat. Olivier Besancenot dénonce une hausse, dans le parc ancien, de « 70% en moyenne depuis 1998« . Une spéculation qui est aussi la cible de José Bové, dans les villes comme dans les campagnes.

Nicolas Sarkozy aborde également la question en proposant un « crédit d’impôt sur les intérêts des emprunts immobiliers » à l’attention des jeunes ménages. Mais en voulant, pour lutter « contre la précarité« , « être le Président de l’accession à la propriété pour tous les Français« , il ne s’attaque pas aux situations urgentes. Il voudrait mettre 40.000 HLM en vente par an. L’accession à la priorité, Jean-Marie Le Pen souhaite aussi s’y atteler, mais en respectant le principe qui régit toutes ses propositions en matière de logement : la préférence nationale. La candidate socialiste, de son côté, a perçu l’aspiration des Français « à la propriété de leur logement« , mais elle insiste sur le logement social et n’exclut pas les réquisitions. Elle promet des aides pour « limiter à 25% les dépenses de logement pour les ménages modestes« .

L’idée de revaloriser les aides au logement en fonction des loyers se retrouve chez les principaux candidats, mais a déjà été votée dans la loi sur le droit au logement opposable, qui a aussi anticipé la proposition consensuelle de création d’un mécanisme couvrant les impayés de loyer et finançant le dépôt de garantie, « un service public de la caution » qui concernerait tous les locataires dans le programme de Ségolène Royal.

Les candidats devront tout de même garder en tête l’avertissement de la Cour des comptes du 9 février : pour ne pas dégrader davantage les finances publiques :

« le seul choix possible consiste à réduire progressivement l’effectif bénéficiaire » des aides personnelles au logement

François Daireaux