Argentine

Dans la toile d’araignée de tunnels qui sillonnent la capitale de bout en bout, sur la ligne 1, entre Charles de Gaulle-Étoile et La Défense, se trouve une station de métro baptisée Argentine. Un petit mystère pour le voyageur qui passe tous les jours par cette station et se demande, intrigué, comment on a pu donner à cette station le nom d’un pays si lointain.

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La réponse se trouve dans une bataille qui eut lieu en 1845 dans l’estuaire du fleuve Paraná, entre une escadre franco-anglaise et la Confédération Argentine. A l’époque, Juan Manuel de Rosas était le gouverneur de la Confédération Argentine, embryon de l’Argentine future. Ce caudillo voulait assurer la souveraineté de la Confédération sur ses territoires et ses fleuves. De leur côté, la France et l’Angleterre, dont le commerce maritime était en plein essor, cherchaient à obtenir des garanties pour assurer le libre commerce dans les fleuves intérieurs de cette région de l’Amérique du sud. Le conflit d’intérêts se régla par la force avec la bataille de Vuelta de Obligado, au cours de laquelle la flotte franco-anglaise battit les défenses argentines et força l’entrée dans le fleuve.

Cependant, la victoire militaire n’entraîna pas une victoire diplomatique. Même si l’escadre parvint à passer, l’hostilité générale la força à revenir à Montevideo. Quelques années plus tard, l’Angleterre et la France finirent par reconnaître la souveraineté de la Confédération sur ses fleuves.

Quand s’ouvrit la station de métro, le 1er Septembre 1900, on lui donna le nom de la rue Obligado qui se trouvait en face et commémorait cette victoire militaire. Après la seconde guerre mondiale, la station fut rénovée, de même que les relations entre les deux pays. Le 25 mai 1948, le gouvernement français changea le nom de la rue et de la station pour l’actuel Argentine. La France a voulu ainsi remercier l’Argentine pour l’aide généreuse qu’elle lui a apportée lors de la reconstruction d’après guerre, notamment en matière alimentaire.

Martín Fossati