Le bleu de chauffe

Une statistique d’abord. Depuis le 24 octobre 2007, jour de la nomination de l’actuel sélectionneur, Marc Lièvremont, le XV de France n’avait jamais réussi à rester invaincu plus de deux matches d’affilée. Les Ecossais furent les premières victimes du XV tricolore, battus 18-9 dans leur antre de Murrayfield, puis suivirent les Irlandais, balayés 33-10 au Stade de France, les Gallois, contenus au Millenium Stadium de Cardiff, 26-20, les Italiens, surclassés 46-20 dans l’enceinte dionysienne et enfin nos meilleurs ennemis anglais, difficilement soumis dans un Stade de France survolté, 12-10.

XV-de-France
Un gros cœur de conquérant

Pour s’assurer ce Grand Chelem, les Français ont souffert mais ont surtout fait preuve d’un courage et d’une solidarité à toute épreuve, notamment lors de la deuxième mi-temps face aux Gallois et du match face aux Anglais, qui, assoiffés de victoire, avaient pour l’occasion déterré la hache de guerre historique entre nos deux pays. Pour cela, les Bleus ont pu s’appuyer sur un paquet d’avants exceptionnel et une conquête toujours parfaite. Pas pour rien que la ligne d’avants française a placé ses trois représentants (Domingo, Servat, Mas) dans l’équipe type du tournoi. Contre les Anglais, les coqs français ont récupéré pas moins de huit ballons sur mêlée, la touche n’étant pas en reste avec ces trois ballons volés aux sujets de Sa Majesté. Une mêlée et une touche dominatrices qui ont fait plier tous les adversaires européens du XV de France après avoir déjà démontré leur supériorité face aux Springboks d’Afrique du Sud. Et comme l’a dit Marc Lièvremont, en anglais dans le texte:

« No scrum, no win » (Pas de mêlée, pas de victoire)

Une continuité dans la performance

Ce qui a changé, dans le squad tricolore, c’est la continuité qu’ont réussi à mettre en place à tous les niveaux Lièvremont, Emile N’tamack et Didier Retière, les trois membres du staff. Si lors de la saison 2008, année de leur prise de pouvoir, ils avaient largement revu l’effectif avec pas moins de 58 joueurs testés, aujourd’hui le groupe France s’est réduit à une petite quarantaine de prétendants et le turn-over autrefois opéré est un lointain souvenir. Fini les exploits sans lendemain (victoire en Nouvelle-Zélande cet été suivie d’une déroute en Australie, victoire face aux Springboks à l’automne couplée à une fessée reçue une semaine plus tard face aux Blacks), désormais la victoire est tout ce qui importe:

« Mais gagner dans la douleur, en étant pragmatiques, courageux, ça fait du bien aussi »

dixit le sélectionneur. Ce qui appelle à des lendemains heureux pour ce XV de France, c’est aussi qu’une équipe-type performante s’est dessinée avec Domingo, Servat, Mas, Nallet, Papé ou Pierre, Harinordoquy, Dusautoir, Ouedraogo ou Bonnaire, Parra, Trinh-Duc, Jauzion, Bastareaud, Palisson, Andreu et Poitrenaud. Ajoutés à cela de très bons joueurs absents sur blessures comme Mermoz, Clerc, Barcella, Tillous-Borde, Millo-Chluski ou Dupuy et des remplaçants toujours satisfaisants. Lièvremont n’a d’ailleurs pas oublié les absents à l’heure des bilans :

« J’ai la certitude que beaucoup auraient pu être là (…), avec le même résultat »

Sans compter qu’une bonne partie des joueurs sont jeunes, l’horizon paraît dégagé et l’avenir radieux. Clément Poitrenaud, auteur d’un tournoi grandiose aura le mot de la fin :

« Cette équipe de France a encore une grosse marge de progression, mais les fondations, les bases, sont là et c´est bien pour la suite »

En espérant que le ciel bleu azur suspendu au dessus des têtes tricolores ne vire pas au foncé dès cet été et la tournée en Afrique du Sud et en Argentine.

Jérôme Carrère

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