La Grande Boucle

L’idée d’un « Tour de France » germe au début du siècle dans la tête de Géo Lefèvre, journaliste à L’Auto, jeune journal cycliste monté par des antidreyfusards, qui cherche à se distinguer de son concurrent direct : Le Vélo. Lefèvre, présente le concept simple d’une course en plusieurs étapes à travers tout le pays au patron de son journal, Henri Desgrange, qui y croit et trouve les fonds nécessaires pour organiser la compétition.

Cycling : 98th Tour de France 2011 / Stage 21

Une première qui sera une véritable lutte de titans. Six étapes avec des distances colossales : la première étape, Paris-Lyon, sera gagnée en 17 heures et 45 minutes par Maurice Garin, qui sera le vainqueur de l’édition. Les conditions et le règlement de la course ne pardonnent pas. Lors de cette fameuse étape, débutée à quinze heures, les coureurs ont roulé la plupart du temps de nuit et n’avaient droit à aucune assistance. Pour 79 inscrits au départ de ce premier Tour de France, 21 seulement franchiront la ligne d’arrivée à Paris. Toutefois, le Tour est un succès gigantesque, les ventes du journal de Desgrange s’envolent si bien que l’année suivante la course est organisée à nouveau. Cette deuxième édition du Tour, faillit bien être la dernière. L’évènement, victime de son succès, attire énormément de supporters sur le bord des routes de France et les moyens logistiques de l’organisation n’étant pas suffisamment importants, on assiste à de nombreux débordements. De plus, des affaires de tricheries viendront gangrener la course. Pour les éditions suivantes, les conditions furent améliorées avec une réduction de la distance des étapes notamment.

Quand arrive la guerre, le Tour est contraint de s’arrêter quatre ans de suite. En 1919, il reprend avec l’apparition des équipes, alors que jusque-là la compétition était individuelle. Les stratégies collectives et le Tour commencent à prendre la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. La rigueur qu’avait imposée Desgrange sera peu à peu fluidifiée par ses successeurs. Après avoir connu dans les années 30 un bref passage au système des équipes nationales, la compétition revêt sa forme définitive (classement par le temps) juste avant d’être à nouveau interrompue par la Seconde guerre mondiale. Il faudra attendre 1947 pour que la Grande Boucle, se lance définitivement. Depuis cette édition, elle n’a pas manqué un seul rendez vous avec le public français.

Les premières années de cette deuxième moitié du siècle ancrent définitivement le Tour dans la légende des compétitions sportives, grâce à la présence de la radio, puis de la télévision, pour la transmission des étapes en direct. Ainsi, les supporters de tout l’Hexagone, puis très vite du monde entier, ont pu suivre les exploits de Robic, Bobet, Coppi, Anquetil, Poulidor… Lors de l’édition de l’an dernier, le Tour a été couvert par pas moins de 78 chaînes de télévision, dans plus près de 170 pays.

« La difficulté du tour, c’est sa légende »

A partir des années quatre vingt, la Grande Boucle vit son image se ternir par les problèmes de dopage qui atteignent leur paroxysme en 98 avec le scandale de l’équipe Festina expulsée de la compétition en plein tour. Un problème qui demeure jusqu’à aujourd’hui l’une des principales préoccupations de l’ASO (Amaury Sport Organisation), organisateur du tour et de Christian Prudhomme directeur de l’évènement. Interrogé par l’Equipe lors de l’affaire Rasmussen en 2007, ce dernier déplorait que l’image de tout un sport soit ainsi ternie. « La difficulté du tour, c’est sa légende » rappelait t-il à cette occasion. Espérons que les Contador, Amstrong et autres Cancellara soient enfin cette année à la hauteur de cette épopée.

Charles Mathieu-Dessay

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