Universités françaises : la sélection par l’échec

En cette rentrée 2009, l’université française affiche de mauvais résultats : à l’échelle nationale, un élève sur deux échoue en première année. Dur constat.

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Valérie Pécresse Crédit photo : www.liberation.fr

A tel point que la ministre de l’enseignement supérieur, Valérie Pécresse s’est déjà penchée sur le problème en mettant en place, à l’automne 2007, un plan « Réussir en licence« . Il constitue un des deux volets de sa politique de modernisation des universités françaises, visant à donner aux établissements plus d’indépendance. Ce plan, mis en œuvre en février 2008, apporte donc de nouveaux financements. Pour Yves Lucas, vice-président de l’université de Toulon, la mesure n’a été qu’un effet d’annonce.

« On vous prend de l’argent d’un côté pour vous en redonner de l’autre, mais, au final, le budget global de l’université reste le même »

En fait, selon le vice-président des amphis toulonnais, le problème majeur des universités françaises se résume à un « manque général de moyens pour accompagner les élèves« . A titre comparatif, quand une université touche entre 6000 et 6500 euros par an et par élève, un établissement d’enseignement secondaire touche 9000 euros. Malgré cela, l’équipe dirigeante à Toulon a tout de même mis en place des ateliers d’aide supplémentaires comme des travaux dirigés, dans le but de favoriser l’accompagnement particulier. Autre idée : un parrain pour chaque nouvel étudiant, de manière à ce qui ne se sente pas perdu une fois arrivé à la fac.

A Evry, dans l’Essonne, on a institué depuis deux ans des stages de prérentrée de manière à mieux préparer les élèves à leurs premiers pas universitaires. Un succès puisque des quelques 70 timides qui s’étaient inscrits en 2008, ils sont près de 400 sur 1000 étudiants à participer cette année. Pour le président de l’université francilienne, Richard Messina, la « qualité d’accueil » des étudiants est primordiale car il s’agit de jeunes qui, pour la plupart, n’ont jamais mis les pieds dans un campus.

Perdus dans la masse

Angie vient d’arriver à Toulon. Cette ch’tie qui vient de Douai, a décidé de poursuivre ses études « au soleil« .

Exif_JPEG_PICTUREElle s’est inscrite en droit et en lettres. Et après quelques heures de cours, l’étudiante concède qu’il « est difficile de faire sa place« . Comme beaucoup de jeunes qui viennent d’avoir leur bac, la transition entre le monde du secondaire et celui de l’universitaire s’opère laborieusement. « Après le succès du bac, on se dit qu’à l’université, la vie sera plus tranquille« . Plus de liberté oui, mais moins de travail non. Là est le piège.

« Toute la difficulté de suivre un cycle universitaire s’inscrit dans cette problématique« , souligne Yves Lucas. « L’adolescent fera-t-il preuve d’assez de maturité pour consacrer une partie de son temps libre aux études en bibliothèque ? » Telle est la question. Dans ces grands amphis qui font toute la réputation des universités, les professeurs ne sont plus derrière les élèves pour vérifier que le travail est bien fait.

« Quand ce n’est pas le cas, on ne s’en rend compte qu’au moment des examens et il est déjà trop tard : l’étudiant a perdu une année »

L’université sud Toulon Var affiche des résultats en dessous de la moyenne nationale. Le taux de réussite en première année est de seulement 40%, avec 20 % de candidats qui sortent d’un bac technologique. Un chiffre médiocre contrairement au 80% de réussite en IUT par exemple. « L’IUT – comme d’autres diplômes spécialisés – est une filière dite sélective, précise le vice-président toulonnais, où les étudiants sont choisis sur dossiers. Il existe un quota et seul les meilleurs sont pris. » Normal donc que les résultats soient là. « Si les universités ont des résultats inférieurs, c’est aussi dû au fait que l’on ne refuse personne : la sélection se fait par l’échec. Un étudiant qui ne sait pas quelles études il veut suivre va venir s’inscrire chez nous. »

Et l’université de Toulon, qui compte près de 11000 étudiants au total, est l’une des universités françaises les plus dotées en étudiants boursiers.

652 Argentins recensés en 2008

Quant aux étrangers qui font le choix de venir étudier en France, ils ont été plus de 200 000 au cours de l’année 2007-2008, sur un total d’inscrits dépassant les 1,2 million selon le ministère de l’enseignement supérieur. Et le nombre d’étudiants en provenance d’Amérique du sud est en constante augmentation entre 2002 et 2006. Les voies les plus plébiscitées étant les lettres, les langues et les sciences humaines. En 2008, le ministère de l’éducation nationale a recensé 652 étudiants argentins inscrits en France, contre 2700 Brésiliens et 2200 Colombiens. Ces trois nations sont les plus représentées dans les universités françaises. Et les filles sont majoritaires à plus de 60%.

Comme tous les étudiants inscrits en France, ces derniers bénéficieront jusqu´en 2011 du plan « Réussir en licence« . Le plus dur étant de passer en deuxième année. Car, une fois acclimatés, les étudiants s’épanouissent et les résultats s’améliorent pour atteindre au niveau national un taux de réussite de 80 % en Master.

« Nous, ce qui nous importe ce ne sont pas les chiffres, mais seulement accompagner au mieux nos élèves », conclut Yves Lucas

Alexandre Vau

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