Les relations bilatérales entre la France et l´Argentine

L’Argentine toute entière se retrouve en ce mois de mai pour célébrer le bicentenaire de la révolution qui ouvrit les portes de l’indépendance de 1816. La France, pays ami de longue date, sera à ses côtés pour commémorer cet évènement tout au long de l’année 2010. Je suis heureux, à cette occasion, de faire mémoire des liens multiples, intenses et proches qu’ont su tisser nos deux nations, ce malgré les milliers de kilomètres qui nous séparent.

Dès le début du XIXème siècle et l’épopée napoléonienne, l’histoire de l’Argentine est intimement liée à celle de la France à travers des figures telles que Jacques de Liniers, vétéran des armées de Louis XVI qui fut un des derniers vice-rois du Río de la Plata ou bien encore Hippolyte Bouchard, marin français qui deviendra corsaire pour le compte de l’Argentine. Mais c’est dans l’indépendance argentine que va plus particulièrement prendre racine la relation entre nos deux pays : les idéaux du Siècle des Lumières et l’exemple de la Révolution française inspireront le mouvement d’émancipation né le 25 Mai 1810 et qui s’achèvera dans l’indépendance proclamée le 9 Juillet 1816. Comment ne pas rappeler ici le rôle déterminant joué par José de San Martín, le « Libertador », exilé en France où il passera plus de 20 ans et finira ses jours ?…

Plus tard dans le siècle, quelques 250.000 Français – pour l’essentiel des Basques, des Béarnais et des Aveyronnais – s’installent en Argentine, renforçant d’autant les liens franco-argentins. On trouve encore aujourd’hui des marques très fortes de cette présence dans des villes telles que Pigüe. Aujourd’hui la communauté française enregistrée au Consulat général s’élève encore à plus de 15.000 personnes.
Puis viennent les « Années dorées » (1880-1925), pendant lesquelles la forte influence du goût français de l’époque a profondément marqué le paysage architectural de Buenos Aires. En témoigne encore aujourd’hui le Palais Ortiz Basualdo, œuvre de Paul Pater, actuelle ambassade de France et véritable fleuron de l’architecture de style parisien.

L’étroitesse de la relation entre la France et l’Argentine se manifeste également par de multiples anecdotes historiques. Je pense par exemple au pavillon de l’Argentine pour l’exposition universelle de 1889. Dessiné par un architecte français, Albert Ballu, le pavillon se voit donner un emplacement privilégié au pied de la tour Eiffel. Il sera inauguré par les deux présidents Sadi Carnot et Carlos Pellegrini, avant d’être démonté et reconstruit à Buenos Aires sur le site de la Plaza San Martín où il abritera pendant quelques années le Musée national des Beaux-Arts.

Tout au long des deux siècles passés, La France et l’Argentine vont se rencontrer à maintes reprises par l’histoire croisée d’étudiants, de chercheurs, de religieux, de professeurs, de savants, d’artistes, d’hommes d’affaires et d’hommes d’Etat qui ont vécu dans l’un et l’autre pays : le médecin et botaniste français Aimé Bonpland, suivi, un siècle plus tard, par le paysagiste Charles Thays qui dessinera la plupart des parcs et jardins ornant encore aujourd’hui Buenos Aires, Mendoza, Córdoba ou Tucumán ; l’explorateur Baptiste Charcot qui se lancera à la découverte de l’Antarctique depuis Ushuaïa à la fin du XIXème siècle ; le pilote français Henri Brégi, qui effectuera le premier vol officiel dans le pays en février 1910 ; les Jean Mermoz, Henri Guillaumet et autres Vicente Almonacid qui ont marqué de leur empreinte l’épopée de l’Aéropostale ; Victoria Ocampo, qui accueillit chez elle, publia et aida généreusement de grands écrivains français, d’André Malraux à Roger Caillois ; René Goscinny qui publiera ses premières œuvres dans « le Quartier latin », bulletin du Lycée français de Buenos Aires (devenu lycée Jean Mermoz) où il fit toute sa scolarité ; enfin, comment ne pas parler de Carlos Gardel, enfant de Toulouse et artiste éminemment argentin, qui attribuera ses lettres de noblesse au tango ?

J’ai évoqué ici les noms de quelques Français présents en Argentine au cours de l’histoire mais il convient aussi de rappeler que la France a également attiré les Argentins. Au temps de la Belle époque, la haute société argentine effectuait de longs séjours à Paris; mais aussi, du Général San Martín ou Juan Bautista Alberdi jusqu’aux militants persécutés pendant la dernière dictature militaire (1976-1983), la France a souvent été la terre d’accueil d’exilés argentins, qu’ils soient artistes, intellectuels ou scientifiques. Evoquant la période de la dernière dictature, je ne peux omettre de mentionner les 18 Français morts pendant cette période, après avoir été enlevés (« disparus »), torturés et assassinés. Les deux religieuses françaises, Alice Domon et Léonie Duquet, très engagées auprès des plus pauvres, sont devenues un symbole de cette période et de ses crimes.

Nombreuses sont donc les personnalités qui unissent la France à l’Argentine. Tout aussi nombreux sont les domaines où les échanges entre nos deux pays ont créé et fortifié cette relation jusqu’à nos jours.

Dans le domaine économique l’Argentine est le 4ème partenaire commercial de la France en Amérique latine et la France figure parmi les premiers investisseurs étrangers en Argentine. Quelque 200 entreprises françaises implantées dans le pays – dont plusieurs grands noms de l’industrie et des services- participent activement de la croissance argentine. L’exemple le plus récent est le démarrage par Air Liquide d’une nouvelle unité de production d’hydrogène à Campana, à 70 km au nord-ouest de Buenos Aires.

Dans le domaine politique, depuis la restauration de la démocratie en 1983, les relations de nos deux pays sont excellentes. Elles ont été marquées depuis un quart de siècle par de nombreux échanges de haut niveau, avec entre autres, le déplacement en Argentine en décembre 2007 du Premier Ministre François Fillon, accompagné de Christine Lagarde, Ministre de l’Economie, des Finances et de l’Emploi, et de Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté ou bien encore la visite officielle à Paris de la Présidente Cristina Fernández en avril 2008. Ministres et Parlementaires animent ces échanges que la coopération décentralisée (de ville à ville, de province argentine à région française) enrichit depuis peu.

La France et l’Argentine travaillent en permanence ensemble dans les enceintes internationales, en particulier aux Nations Unies, ou dans le cadre des relations Union Européenne-Mercosur et, plus récemment, dans celui du G20. Le domaine des droits de l’Homme est un axe essentiel de la relation franco-argentine : nos deux pays ont ainsi œuvré ensemble pour l’adoption et la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies sur la protection contre les disparitions forcées.

C’est dans cet esprit de dialogue et de collaboration que s’inscrivent nos relations actuelles. Notre objectif au quotidien, est de diversifier et intensifier les échanges entre nos deux pays. Cela passe, entre autre, par un travail quotidien pour : rapprocher les hommes d’affaires français et argentins ; appuyer les entreprises françaises présentent sur le territoire argentin ; poursuivre les programmes d’échange estudiantins ou professionnels ; accueillir dans les 84 Alliances Françaises d’Argentine les 16.000 élèves désireux d’apprendre le français ou d’en perfectionner la connaissance ; soutenir les liens artistiques et industriels entre les cinématographies des deux pays, etc.

Et puis, notre coopération à l’heure de cette année du bicentenaire, c’est aussi la signature d’importants accords entre le CNRS et son homologue argentin, le CONICET ; la création d’un centre franco-argentin sur le climat; la présence de l’Argentine en tant qu’invitée d’honneur des Rencontres de la Photographie d’Arles; l’organisation à Buenos Aires d’une grande exposition consacrée au paysagiste Carlos Thays ; la participation avec un stand national dans le cadre du « paseo » du Bicentenaire qui animera l’avenue « 9 de Julio » pendant la semaine des célébrations du 25 mai.

Tout cela est rendu possible par l’engagement personnel et l’immense fidélité de Français et d’Argentins, qui, ayant pris toute la mesure de ce que la relation franco-argentine peut offrir à nos deux nations, œuvrent depuis des années à la faire grandir. Au terme de deux siècles d’un dialogue ininterrompu, j’éprouve donc une grande admiration pour la richesse et la vigueur du lien constitué et de l’enthousiasme pour l’avenir.

Jean-Pierre Asvazadourian
Ambassadeur de France en Argentine

 

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