L´envers du mondial

Comme le dit Kofi Annan, ghanéen d’origine et ancien secrétaire général de l’ONU : « Le sport est bien plus qu’un simple jeu ». Ainsi, en dehors des arabesques des petits bonshommes en short qu’elle permettra d’admirer, cette coupe du monde 2010 revêt une importance particulière pour son pays d’accueil, l’Afrique du Sud. En effet, l’occasion est donnée à un pays africain de démontrer au reste de la planète que son continent peut organiser un évènement majeur, tout en stimulant son économie intérieure. Kofi Annan, toujours : « La Coupe du Monde est une occasion spectaculaire pour l’Afrique de montrer comment, loin des premières pages des journaux, elle a changé pour le mieux ». Evidemment, tous repensent au formidable exploit des Springboks sud-africains, organisateurs et vainqueurs de la Coupe du Monde de rugby 1995, tout comme aux Bafanas-Bafanas, qui en 1996 avaient remporté la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) sur leurs terres.

Les promesses d’un Mondial réussi

L’Afrique du Sud n’a pas lésiné sur les moyens pour réussir. En effet, alors qu’il y a deux ans la Fifa affichait ses inquiétudes concernant l’avancement des travaux, le pays le plus riche du continent africain peut se targuer d’avoir tenu strictement le calendrier de travaux fixé par l’instance internationale du football, même si le superbe écrin de Soccer City, œuvre grandiose pouvant abriter 94.700 âmes et lieu de la finale, a quelque peu tardé à être livré à la Fifa. L’orgueil des compatriotes de Mandela s’est trouvé touché par ce manque de confiance : « Nous avons connu des montagnes russes, avec parfois du bonheur mais aussi la tristesse face aux critiques et aux pessimistes » raconte Rick Mkhondo, porte-parole du Comité Local d’Organisation (LOC). Ainsi, alors que la grève de plus de 70.000 ouvriers désirant une hausse des salaires a paralysé pendant quelques temps les chantiers, que des énormes pannes de courant les ont ralenti en 2008 et qu’une tempête a traversé le pays en 2007, les dix stades accueillant le Mondial 2010 ont tous été terminés à temps et « sont tout simplement parmi les meilleurs » dixit Danny Jordaan, responsable du LOC. Cinq d’entre eux ont été rénovés alors que les cinq autres sont sortis de terre depuis 2004, année de l’obtention du mondial par l’Afrique du Sud, pour la modique somme de 5,6 milliards d’euros, somme finale consentie par les autorités locales pour l’organisation de l’évènement.

Les craintes sécuritaires apaisées

Une partie de ce budget a également été allouée à la sécurité. Dans un pays où 50 meurtres environ sont commis par jour, les responsables sud africains ont frappé fort pour rassurer dirigeants et supporters étrangers, surtout après l’attaque du bus de l’équipe du Togo lors de la dernière CAN jouée en Angola. Ce sont donc pas moins de 100 millions d’euros qui ont été investis dans la cause, afin de porter à 186.000 le nombre de policiers, grâce à l’apport de 41.000 recrues. Selon Ronald Noble, secrétaire général d’Interpol : « Ce que j’ai vu est très positif. Le pays peut être fier du niveau de sécurité qu’il a mis en place. Le plan sud-africain est au-dessus de nos espérances ». De la même manière, les villes sud-africaines sont chargées de « nettoyer » leurs rues des nombreux mendiants qui les occupent, pour que l’Afrique du Sud montre son plus beau visage, grossièrement maquillé.

Des profits à deux vitesses

Si le régime ségrégationniste est tombé il y a 16 ans, la séparation Noirs-Blancs est toujours très marquée dans la société. La Coupe du Monde, malgré son désir d’union, n’a donc pas dérogé à la règle, sous l’influence de la Fifa. En effet, si 60% des places ont été achetées par des Sud-africains et que « l’effet Mondial » devrait ajouter un demi-point de croissance au produit intérieur brut du pays, cette embellie ne devrait profiter qu’à un certain nombre. Outre le fait que la Fifa n’ait rendu les billets disponibles que sur Internet ou par formulaires de banque, lorsqu’elle s’est rendue compte que les stades seraient loin d’être pleins avec cette politique, elle a ajouté une catégorie de prix plus accessible, avec un billet à 13 euros. Alors que le salaire moyen d’un travailleur sud-africain noir s’élève à 515 euros par mois, les places les moins chères mises en vente jusque-là coûtaient 53 euros. Mais là où le bât blesse, c’est que cette catégorie « résident en Afrique du sud » profitera à tous les habitants du pays, qui, soit dit en passant, est le deuxième le plus inégalitaire du monde. Autrement dit, après les ventes par internet qui avaient laissé sur le carreau nombre de locaux, la Fifa met en place ce tarif pour attirer les Blancs sud-africains aisés, peu intéressés par le football mais qui saisissent l’occasion à bas prix, alors qu’une partie des Noirs sud-africains, fans de ce sport, resteront sur le bas-côté ou se saigneront pour assister aux performances de leurs Bafanas-Bafanas. Comme trop souvent.

Jérôme Carrère
Avec la collaboration de D. Courbet et A. Capron à Johannesburg

 

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