Internet : seconde génération

 Comme toute innovation technologique, la Toile émerveille autant qu’elle effraie. Internet est partout, mais, pour beaucoup, reste un nouveau monde à conquérir, indomptable et incompréhensible. D’autant plus que le Web évolue.

Web 2.0Janvier 2009. Interrogé par un journaliste sur la signification de l’expression web 2.0, Frédéric Lefebvre, alors pressenti futur secrétaire d’État à l’économie numérique, s’en sortait avec une pirouette mémorable : « C’est tout simplement l’Internet d’aujourd’hui« . Cette séquence de trente secondes, postée sur un site de partage de vidéos en ligne, a fait le tour de la blogosphère, a pu être visible sur des centaines de comptes Facebook, s’est fait twitter, twitter, et encore twitter. En un mot, elle a fait le buzz, et le porte-parole de l’UMP n’obtint pas le poste en question…

Charabia

Juin 2009. Le Petit Larousse 2010 paraît. Dans la très attendue liste de nouveaux mots, figure la fameuse expression web 2.0. Frédéric Lefebvre ne pouvait donc s’essayer au jeu de la définition, sauf à prétendre connaître le « système hypermédia de seconde génération autorisant l’accès à Internet, axé sur des fonctionnalités visuelles et interactives enrichies et spécifiquement adaptées à chaque utilisateur ».

Blogosphère, un an auparavant, et buzz, en juin 2010, sont également entrés dans le Petit Larousse, tandis que twitter est apparu dans le Collins britannique en 2009.
L’Homo Informaticus du nouveau millénaire s’exprime dans un langage décidément bien peu limpide… En réalité, à l’âge du clavier, seuls les termes sont barbares. La décennie 2000 a vu apparaître une série d’innovations censées faciliter l’action des internautes sur le Net. Parler de web 2.0 (sous-entendu « deuxième version d’Internet ») c’est parler de la nouvelle génération d’Internet, plus spontanée, plus réactive, plus personnalisée, plus transparente et plus interactive. Pour faire court, l’internaute devient acteur et c’est l’avènement du web participatif.

Les blogs, qui ont pullulé de toutes parts, en sont chronologiquement les premiers symboles. Ce sont des espaces où le blogueur va pouvoir facilement et à sa guise insérer du contenu, que ce soit un article qu’il a écrit, une vidéo, des photos ou une chanson. Le monde des blogueurs -la fameuse blogosphère- a ses codes implicites et s’est peu à peu professionnalisé : bloguer est devenu pour certains un métier rémunéré par la publicité affichée sur le blog et de nombreux sites traditionnels, comme par exemple celui du journal Le Monde, se sont emparés du phénomène pour créer une communauté de lecteurs/participants qui lisent les publications, les commentent, discutent entre eux dans un forum et ont leur propre espace dans la partie blog du site.

Au delà, des sites à proprement parler communautaires ont émergé et sont particulièrement fréquentés, à l’image de MySpace, qui héberge des pages (sortes de blogs d’une page) pour musiciens en herbe.
Le règne des réseaux sociaux et le tout-participatif

Le web 2.0. est en effet un web participatif. De fait, selon la règle dite du 90-9-1, il y aurait seulement 1% d’internautes qui créent du contenu (publication d’un blog, gestion d’un compte etc.), pour 9% d’utilisateurs actifs qui interagissent avec ce contenu (un commentaire sur un article, aide à la transmission de celui-ci, etc.) et 90% d’utilisateurs passifs, qui ne font que lire, regarder ou écouter les contenus. Néanmoins, les réseaux sociaux sont nés. Ces sites communautaires demandent à l’internaute de créer un compte virtuel (avec un pseudo ou son vrai nom), qu’il va ensuite gérer pour interagir avec d’autres comptes, ce dans des buts bien différents. Les réseaux sociaux peuvent en réalité servir de réseautage professionnel, comme Linked In ou Viadeo, ou permettre les retrouvailles avec d’anciens camarades de classe, voisins ou collègues (Copains d’Avant, Trombi).

Mais la révolution, c’est bien sûr Facebook, et dans une moindre mesure Twitter, qui ont relégué à un rang plus confidentiel la blogosphère. Ouvrir un compte sur Facebook, c’est participer à un réseau social particulier, composé d' »amis« , c’est-à-dire en majorité de personnes connues dans la « vraie » vie, amis, familles, collègues, anciennes connaissances ou rencontres hasardeuses. Son compte Facebook ne contient que ce que l’on veut lui faire contenir, et chacun choisit à qui il veut faire partager ces informations. Autrement dit, toute personne qui ouvre son compte Facebook choisit ses amis, peut ne quasiment donner aucune information sur sa vie privée, peut choisir de ne pas les divulguer. On est loin de Big Brother, mais il est vrai que, dans la pratique, il est difficile pour l’utilisateur de se rendre compte que la phrase qu’il est en train d’écrire ou que la photo qu’il est en train de publier va être vue par un certain nombre de personnes et pour une durée illimitée. Twitter, plus intimiste, dont les seuls contenus sont des phrases limitées à 140 caractères, est aussi destiné à être un réseau social où les amis (ceux qui ont décidé de suivre notre profil) ne sont pas nécessairement nos amis dans la vraie vie, et où la transmission de liens et d’informations en tout genre est plus rapide, plus dense et moins personnelle que sur Facebook.

Dernière catégorie, les sites de partage pur de données, où l’utilisateur ouvre un compte pour partager des photos (FlickR) ou des vidéos (YouTube, DailyMotion, et bien d’autres). Wikipedia, la célèbre encyclopédie libre dont les articles sont modifiables par tout utilisateur, est elle aussi basée sur le partage de données, ainsi que sur le contrôle mutuel et la relecture perpétuelle.

« Bourdonnement » d’informations

Les contenus circulent rapidement et facilement, d’un blog à un autre, d’un compte Facebook ou Twitter à un autre ; tous les internautes actifs s’en emparent et donnent cette impression de bourdonnement (traduction de buzz), qui s’arrête aussi vite qu’il a commencé. Il suffit de poster (d’écrire) l’adresse web d’une information (un lien) sur son blog, son Facebook, son Twitter (ou sur les trois) pour que celle-ci arrive devant les yeux passifs de vos proches, vos amis virtuels, ou d’inconnus. A leur tour, ayant survolé l’info et vos éventuels commentaires sur celle-ci, ils peuvent la réafficher sur leur profil Facebook et à leur tour la faire circuler, instantanément.

Et quand on imagine que cette succession de transmissions d’information est répétée parallèlement par des centaines ou des milliers d’internautes, on comprend l’ampleur que peut atteindre un buzz. En fin de compte, une grande partie de la blogosphère peut avoir fait tourner le même contenu. L’information est donc accessible facilement…trop facilement. Les émissions de télé font l’écho de ces buzz, que ce soit l’interrogation sur l’identité du père de Rachida Dati, un dérapage d’un ministre ou une vidéo amusante d’un panda qui éternue. Tout se mélange dans un curieux méli-mélo parfois un peu ridicule, parfois inquiétant quand c’est l’actualité politique d’un pays qui devient dictée par le tournoiement des buzz. Le buzz est éphémère et disparaît, avant que les masses en soient saoulées. Un autre vient prendre sa place, sans qu’on ait forcément eu le temps d’approfondir le sujet abordé, si profondeur il y avait. Pour autant, si le mot buzz prend dans la bouche de nombreux observateurs un accent de plus en plus péjoratif, on ne doit pas oublier que la transmission ultra rapide d’informations est loin de n’avoir que des effets négatifs : elle fait d’Internet un espace d’interactions, d’échanges et de débats d’envergure.

A titre d’exemple, de nouveaux outils permettent de filtrer et/ou d’actualiser les contenus (blogs ou sites) que l’on a pris l’habitude de lire, voire de les réunir sur une seule et même page. Ainsi, ces agrégateurs (iGoogle, Netvibes, Thunderbird) tissent et réunissent sur un seul compte des sortes de fils rouges (en fait, fils de syndication, dont les plus connus sont les flux RSS) qui, une fois que l’utilisateur y est abonné (en cliquant sur un logo RSS sur les blogs ou sites qui l’intéressent), permettent par exemple d’avoir en un clin d’œil tous les matins une revue de presse personnalisée et actualisée. Les podcasts fonctionnent exactement sur le même principe, mais pour des contenus audios (émissions de radio, conférences, etc.).

Epargnons-nous de parler de folksonomie, de pagerank ou de crowdsourcing, quelqu’un a bien dû créer un article sur Wikipedia.

Pierre Guyot

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