Néstor Kirchner n’est plus

Néstor Kirchner est mort. Les Argentins sont descendus, en masse, dans la rue, pour pleurer l’homme politique le plus important de la décennie. « Émotion et perplexité dans tout le pays », titrait « La Nación ».

Les 27, 28 et 29 octobre derniers, l’Argentine connaissait trois jours de deuil national, un peu plus d’un an après le précédent, décrété pour la mort de la chanteuse Mercedes Sosa. L’état de choc était palpable, notamment dans les rues de Buenos Aires…

Spontanément, dès que la nouvelle fut sue, des milliers de porteños se sont rejoints sur la Plaza de Mayo rapidement bondée, entre recueillement et démonstrations communicatives d’hommage ou d’abattement. Même si la spontanéité de ces rassemblements a été remise en question par de nombreux observateurs, l’inquiétude était assurément présente.

Secrétaire général de l’UNASUR, député, leader du Partido Justicialista, Néstor Kirchner, 60 ans, était encore aux affaires, d’autant que s’il avait quitté la présidence du pays en 2007 après un mandat de quatre ans, il n’avait pour ainsi dire pas quitté le pouvoir lorsque son épouse s’installait à sa suite dans la Casa Rosada. Aussi, à l’émotion des Argentins s’est vite ajoutée une double inquiétude : celle de savoir si Cristina Kirchner était en mesure de gouverner, seule, le pays, et celle liée au renforcement de l’incertitude pour ce qui est des élections présidentielles d’octobre 2011.

Incertitude

« Malheur au peuple qui a besoin de héros », écrivait Hegel. L’Argentine, toutefois, ne semble pas dans l’incapacité de vivre sans héros, sauf à penser qu’elle s’en trouve et en change facilement. L’avenir politique dépend de la manière dont Cristina Kirchner va capitaliser l’émotion générée par le décès de son époux. Une des questions est de savoir si la nouvelle héroïne peut assouplir ses relations avec l’opposition.

La mort de François Mitterrand, en janvier 1996, 8 mois après le terme de son mandat, n’avait pas transformé l’Elysée en chapelle ardente et Paris en cortège funèbre mouvementé. Toutefois, si le lien entre le peuple et son ancien Président avait paru moins affectif, le choc avait été tangible, et les obsèques, émouvantes, pour ceux qui voyaient en l’homme, public et privé, un héros. Lorsqu’un Président meurt, il le fait en héros.

Pierre Guyot

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