L’Europe malade de la Grèce

Le virus de la dette est réapparu en Grèce et fait craindre qu’une nouvelle pandémie déstabilise bientôt la Communauté Economique Européenne puis le reste du Monde à l’instar des paniques financières causées par Northern Rock en 2007, Bears Stern en mars 2008 et Lehman Brothers en septembre 2008.

george-papandreouA son arrivée au pouvoir en octobre 2009, le premier ministre grec Georges Papandreou découvrait que ses prédécesseurs avaient dissimulé un déficit de 12,9% et une dette publique équivalente à 115% du produit intérieur brut (PBI), loin de la limite européenne de 3%…

Le 2 mai 2010, après de nombreux atermoiements, la Grèce obtenait une aide financière de 110 milliards d’euros sur trois ans de la part de l’Union européenne et du FMI en contrepartie du lancement immédiat d’un plan d’austérité draconien portant sur la réforme des retraites, la réduction du salaire des fonctionnaires, la hausse de la TVA, la lutte contre la fraude fiscale et un programme agressif de privatisation. L’objectif de réduction du déficit public fut fixé à 22 milliards d’euros à fin 2015 et celui des privatisations à 50 milliards d’euros. L’aide prévue serait libérée par tranches successives, selon le degré d’avancement du plan.

La rigueur du plan et l’intervention des experts de Bruxelles et de Washington qui en contrôlent l’application ont failli mettre à mal la démocratie en provoquant des vagues de grèves, de violentes manifestations quotidiennes dans les rues d’Athènes et l’hostilité au gouvernement socialiste.

Par ailleurs, la lenteur du processus d’assistance, le contexte de paralysie et de violences créé et les faibles progrès réalisés jusqu’ici ont inquiété les marchés et fait craindre un probable défaut de paiement.

Malgré le très faible poids du PBI grec par rapport au PBI de la zone euro (3%), l’échec du plan de sauvetage de la Grèce confirmerait aux marchés le manque de solidarité financière entre les pays membres de la zone euro comme il est apparu une première fois lors des plans de sauvetage de l’Irlande et du Portugal. Dans cette perspective la zone euro serait jugée incapable de se protéger en cas de défaillance des pays comme l’Italie et l’Espagne déjà ciblés par des agences de notations et l’existence même de la zone menacée.

Face à cette situation les gouvernements de l’Eurogroupe ont travaillé depuis le 21 juillet à la définition et aux conditions de mise en place de solutions immédiates et systémiques pour aider la Grèce à résoudre la crise de sa dette et doter la zone euro d’instruments de protection efficaces pour éviter et répondre à de nouvelles défaillances de l’un quelconque de ses pays membres.

Finalement, le 26 octobre à Bruxelles, les sommets des chefs d´Etat et de gouvernement des 27 pays membres de l’Union Européenne et des 17 pays membres de la zone euro, après presque 10 heures de difficiles négociations, ont permis d´adopter les mesures suivantes :

  • Aide à la Grèce permettant de ramener son ratio dette/PBI à 120% à l’horizon 2020 et acceptation par les banques d’une décote de 50% des leurs créances sur la dette grecque. Décision avant fin 2011 d´un nouveau programme d’assistance de 100 milliards cofinancés par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et le Fonds monétaire international.
  •  Recapitalisation de banques :
    Pour garantir que les créanciers de la Grèce puissent absorber cette perte, les fonds propres durs des banques doivent atteindre 9% au 30 juin 2012 (en faisant appel à des sources de capitaux privés). Avant cette date les banques « devraient être sujettes à certaines contraintes concernant la distribution de dividendes et paiement de primes« .
  • Renforcement du FSEF : par l’utilisation de deux mécanismes
    – L’augmentation de la capacité d’action de 440 milliards à 1000 milliards d’euros du pare- feu financier de la zone euro en garantissant une partie des pertes éventuelles des investisseurs privés qui achèteraient des obligations souveraines sur le marché primaire.
    – La création de fonds spéciaux adossés au FMI pour attirer les investisseurs privés ou publics comme les pays émergents (par exemple la Chine, l’Inde ou le Brésil)
  • Renforcement de la discipline budgétaire :
    Mesures de renforcement de la coordination et de la surveillance économique et budgétaires. Un paquet de mesures spécifiques sera mis sur pied dans les prochains mois.
  • Renforcement de la gouvernance économique de la zone euro

Dix mesures ont été adoptées dont la décision de réunir un sommet de la zone euro deux fois par an, l’étude des moyens de renforcer l’union économique et l’exploration de la possibilité de modifications du traité. Un rapport pour la mise en œuvre des mesures qui seront décidées sera présenté aux chefs d´Etat et de gouvernement de la zone euro en mars 2012.

Au lendemain du sommet, toutes les bourses de la planète avaient salué le résultat en ouvrant en hausse. Depuis, le yoyo habituel des cours de bourse a repris, avec une forte baisse le 1er novembre à l’annonce d’un projet de référendum en janvier destiné à faire approuver par les Grecs le plan d’austérité imposé par l’Europe. Georges Papandreou avait pourtant reconnu l’importance de l’aide proposée par l’Eurogroupe et, tout en notant l’effort que la Grèce doit encore réaliser, avait déclaré, optimiste, qu' »une ère nouvelle s’ouvre pour la Grèce« .

« les décisions prises garantiront la stabilité financière dans la zone euro toute entière. Les marchés financiers verront que nous sommes déterminés à endiguer la contagion dans la zone euro et à tout faire pour en garantir la stabilité financière« 

(Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et Président de l’Eurogroupe)

Les principaux protagonistes du succès de ce sommet sont sans conteste Angela Merkel et Nicolas Sarkozy qui ont courageusement surmonté l’opposition de certains pays à leurs demandes de réformes et de solidarité, pour des raisons d’intérêt national, politique ou quelquefois, peut-être, pour le seul fait d’avoir été exclus des prises de décisions de l’Eurogroupe.

Il ne manquera sans doute pas de pythonisse pour prophétiser la fragilité des accords ou le manque de précisions sur les conditions de leur mise en œuvre et alimenter ainsi le yoyo bousier cher aux spéculateurs ou l’habileté des politiques qui, selon le mot de Valery Giscard d’Estaing, pourront s’emparer du message et déclarer qu’ils l’avaient prévu si les choses tournent mal ou s’attribuer quelque mérite si le problème est résolu.

Jean-Yves Mounier

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