Droits des homosexuels et des transsexuels : l’Argentine avance… vite

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La politique est avant tout une histoire de symbole. Le jeudi 17 mai dernier, Jean-Marc Ayrault, fraîchement nommé Premier ministre Français, déclarait à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’homophobie que le gouvernement « mettra en œuvre l’engagement du Président de la République d’ouvrir le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels« . A condition que la gauche obtienne la majorité aux législatives. Si tel était le cas, il est prévu que la loi autorisant l’union par le mariage de deux personnes de même sexe entre en vigueur dès l’année prochaine. La France rejoindrait alors la dizaine de pays ayant déjà légalisé le mariage homosexuel : les Pays-Bas, l’avant-coureur (en 2000), la Belgique, l’Espagne, le Canada, l’Afrique du Sud, la Norvège, la Suède, le Portugal, l’Islande, le Danemark et l’Argentine. Déposée à l’agenda du gouvernement Kirchner en 2005 par la Fédération des Lesbiennes, Gays, Bi et Transsexuels (LGBT) d’Argentine et le député socialiste Eduardo di Pollina, la proposition de loi avait débouché sur la légalisation du mariage et de l’adoption des couples homosexuels, le 15 juillet 2010, après le vote du Sénat. L’Argentine était alors devenue le premier pays d’Amérique du Sud, le plus catholique des continents, à faire passer une telle loi. Elle est d’ailleurs encore aujourd’hui la seule à l’avoir fait.

« La loi a amélioré la qualité de vie des homosexuels »

Dans la foulée de l’adoption de la loi, Alejandro Vannelli et Ernesto Larrese étaient célébrés comme le premier couple homosexuel marié du pays. Presque deux ans plus tard, Esteban Paulon, le président de la Fédération LGBT d’Argentine, est satisfait du résultat. « Le bilan comptable est très positif, puisque presque 4000 mariages ont été célébrés. Mais c’est surtout l’acceptation de cette loi par la société civile qui nous réjouit. La loi a amélioré la qualité de vie des homosexuels. On a réussi à montrer que l’on est des citoyens comme les autres. Aujourd’hui, les homosexuels ont moins de problème pour faire leur coming-out puisque la société, l’entourage exercent moins de pression. Le sujet n’est plus tabou en Argentine« , assure-t-il.

Au premier anniversaire de la loi, ils étaient 2697 couples homosexuels mariés en Argentine, dont 60% d’hommes. Aujourd’hui, ils sont exactement 3876. La loi va même un peu plus loin, puisqu’elle autorise aussi l’adoption et le mariage de couples homosexuels étrangers, ne pouvant le faire dans leur pays d’origine. Ainsi, Alex Greenwich et Victor Hoeld, un couple d’Australiens, s’est marié à Buenos Aires au début du mois de mai dernier, quelques semaines après le premier mariage d’un couple homosexuel non-argentin dans toute l’Amérique latine, celui des Paraguayens Simon Cazal et Sergio Lopez, dans la ville de Rosario.
En Amérique du Sud, l’Argentine a ouvert une brèche. Le débat sur la légalisation s’est installé dans d’autres pays périphériques. « L’Argentine a fait un pas décisif, mais ça évolue ailleurs. Le sujet est actuellement débattu à l’Assemblée uruguayenne. Autre élément important, les déclarations d’Obama et de Hollande qui vont avoir un écho à l’international. François Hollande a annoncé que la loi passerait d’ici 2013, « c’est une excellente nouvelle puisque la France est une référence culturelle dans le monde entier« , s’enthousiasme Esteban Paulon. A cinq mois de l’élection présidentielle américaine, Barack Obama s’est déclaré en faveur d’une légalisation sur l’ensemble du territoire états-unien. Pour l’instant, seuls quelques Etats ont franchi le pas (Massachussetts, Connecticut, Vermont, Iowa, Washington), de même qu’au Mexique.

Choisir librement son sexe

L’Argentine, elle, n’attend pas, et prend goût à ce nouveau statut de pionnière en avancées sociales. Le 10 mai dernier, le Sénat validait une nouvelle loi permettant aux citoyens argentins de choisir librement leur état civil, sans opération chirurgicale, expertise psychologique et psychiatrique ou accord du tribunal au préalable, comme c’est le cas en France par exemple.

« Toute personne peut demander un changement de sexe, de prénom et d’image, à partir du moment où ils ne correspondent pas au genre de cette personne, telle qu’elle la perçoit  » (loi argentine)

C’est le premier pays au monde à adopter une telle mesure, même si la législation française pourrait elle aussi évoluer d’ici peu. Le 29 décembre dernier, la députée PS de Bordeaux, Michèle Delaunay, déposait à l’Assemblée nationale une proposition de loi, élaborée avec l’association Homosexualités et Socialisme, visant à simplifier les démarches pour les transsexuels qui souhaiteraient modifier la mention de leur sexe dans l’état civil. Si les socialistes obtiennent aussi le pouvoir législatif, la France pourrait rapidement se rapprocher de l’Argentine sur ces sujets sociaux.

Léo Ruiz

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