L’Argentine, pays du sport amateur

Sports collectifs ou individuels, de ballon, de raquette ou de combat, traditionnels ou de découverte : l’Argentine propose un panel élargi d´activités sportives à ses habitants qui en profitent largement.

rognoniIl s’appelle Juan Pablo Dotti. Mais, contrairement à Tom Boonen et Peter Sagan cette année, ou Sylvain Chavanel, Bradley Wiggins et Franck Schleck l’année dernière, tous champions nationaux, peu de gens le connaissent dans le monde du vélo. Pourtant, lui aussi est devenu champion. Champion d’Argentine de cyclisme sur route. Mais comme d’habitude, le maillot bleu ciel et blanc qu’il portera cette saison ne sera pas baladé sur les routes du Tour de France tout au long de ce mois de juillet. Ce maillot argentin, on ne devrait pas non plus le voir au mois d’août, dans le Stade Olympique de Londres, pour les JO 2012. L’hymne argentin devrait d´ailleurs peu (ou pas) retentir sur la capitale anglaise.

Ah ! les Jeux Olympiques, cette grande fête du sport amateur…

Ce n’est pas pour autant que les Argentins ne sont pas sportifs. Au contraire, dans ce pays où le ciel est bleu l’essentiel de l’année et où passion est plus forte que raison, le sport est roi. Le football plus que le reste, bien sûr, mais il n´est pas le seul. Se promener dans Buenos Aires, c’est rencontrer des stades, des gimnases, des courts de tennis et des terrains de « paddle » dans n’importe quel quartier. Le week-end, les parcs de Palermo offrent un véritable spectacle sportif. Les joggers et amateurs de rollers défilent autour des lacs, les plus jeunes expérimentent les différentes formes de ballons tandis que d’autres profitent de cet espace à l’air libre et du confort des pelouses pour s’entraîner aux arts martiaux. Un peu plus haut dans la ville, à Ciudad Universitaria, les terrains de football, de criquet et de basket, tout comme les courts de terre battue, sont envahis. Oui, les Porteños se dépensent. Football, rugby, tennis, hockey, polo, basket, boxe ou autres sports plus marginaux, l’Argentine propose tout ça, et ses habitants en profitent. En voici quelques exemples.

Dans l´intérieur du pays, le basket est même plus populaire que le foot

Parler du sport en Argentine, c’est avant tout parler de football. La démesure dans les stades, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme, suffit à rendre compte de la popularité de ce sport apporté par les Anglais dans la deuxième partie du 19ème siècle. La ville regorge de canchas de footballl 5, du cinq contre cinq sur terrain synthétique, qui se répand aussi en France depuis quelques années, sous le nom de « soccer five ». Si ces terrains se trouvent par centaine ici, il faut réserver avec anticipation pour s’assurer d’en trouver un libre en soirée, moyennant 25 pesos par joueur. Le foot à 11 aussi est accessible et très organisé, notamment chez les étudiants. Un exemple : un étudiant de la Facultad de Ciencias Sociales de la UBA a, en s’inscrivant, accès à des entraînements les jeudis et vendredis et aux matchs les samedis et dimanches. Soit quatre fois par semaine. Les tournois du samedi, appelés « torneos libres », sont aussi ouverts à des équipes hors universités, formées par des groupes d’amis.

Depuis 1950 et le titre de champion du monde remporté à domicile, le basket fait aussi partie des sports populaires en Argentine. A Buenos Aires, l’ « Asociación de Basquetbol Amateur » (ABA) regroupe 150 équipes, inscrites dans différents tournois. Tout le monde peut s’inscrire et jouer dans une équipe de son niveau. Pour les jeunes par exemple, de 6 à 17 ans, il existe trois catégories différentes. Une des caractéristiques de ce sport, dont la grande vedette ici est « Manu » Ginóbili, est qu’il est encore plus pratiqué en province. « Dans l´intérieur, le basket est même plus populaire que le foot ». Au Sud par exemple, il fait souvent trop froid pour jouer dehors. Traditionnellement, dans les petits villages, « les habitants vont encourager leur équipe de basket au gymnase », explique Charly, de l´ABA. L’accès au basket a quand même un coût. Jouer un semestre, d’août à décembre par exemple, revient à 3000 pesos, plus 240 pesos, par équipe et par match (pour les frais d’administration, la rémunération des arbitres et la location du terrain).

Il y a des listes d´attentes ici dans les équipes de jeunes rugbymen : la demande est trop forte

Dans la catégorie sports collectifs à la mode, comme en France où l’on vante sans arrêt « les valeurs de l´ovalie », le rugby a la côte en Argentine, bien qu’il soit encore un sport amateur à tous les niveaux. « On a connu un essor important depuis la Coupe du Monde française de 2007, où les Pumas ont terminé 3ème. Il y a eu un boom au niveau des inscriptions des enfants, très net en 2008 et 2009, stabilisé depuis », constate Guido Ratti, de l’ « Unión de Rugby de Buenos Aires ». Le même phénomène qu’en France, finalement. On répertorie 82 clubs dans le pays, dont 9 dans la ville de Buenos Aires, avec des tournois qui ont lieu entre avril et octobre. Il y en a pour tous les niveaux (quatre divisions), pour tous les âges (à partir de 5 ans) et depuis récemment le rugby féminin se développe également. Le rugby porteño jouit aussi d’une bonne organisation universitaire, avec une vingtaine d´équipes qui s’affrontent toutes les deux semaines.

Après los Pumas, las Leonas : le sport argentin fait dans le félin. Les femmes aussi ont droit à leur sport collectif fétiche, le hockey sur gazon.

Contrairement à la France où ce sport se pratique bien davantage sur la glace, les Argentin(e)s jouent sur l´herbe. Le sport a d’ailleurs une côte de popularité bien supérieure en Argentine, notamment chez les filles donc, sacrées championnes du monde en 2002 et en 2010. « Ça a longtemps été un sport d´élite, mais ça ne l´est plus », défend Romina, de la Asociación amateur de Hockey de Buenos Aires. Le hockey regroupe une centaine de clubs dans le grand Buenos Aires, pour plus de 23 000 joueurs inscrits, dont plus de 60% de femmes.  » Il y a des listes d´attentes ici dans les équipes de jeunes, la demande est trop forte « , poursuit Romina.

Autre sport féminin en vogue, beaucoup plus méconnu, le roller derby, venu d´Amérique du Nord.

Apparu en Argentine en 2010, il s’est rapidement développé depuis parce qu’il est facile d’accès et qu´il permet aux amateurs de roller de fréquenter d’autres terrains que les skateparks ou les pistes cyclables. Le roller derby est un sport exclusivement féminin pour le moment, avec déjà six Liga dans le pays, dont trois à Buenos Aires : la 2×4, la Sailor City et la Liga BA Roller derby. Le principe : une piste ovale dans un gymnase, deux périodes de 30 minutes et deux équipes de cinq. Quatre joueuses forment « le pack « , et s’élancent en premier. Une joueuse de chaque équipe, la Jammer, que l´on repère grâce à l´étoile sur son casque, suit les deux packs et a deux minutes pour passer le maximum de fois les membres du pack adverse, qui tentent de lui faire barrage. Chaque fois qu´une Jammer passe une joueuse adverse, elle rapporte un point à son équipe. « Les gymnases se remplissent, il y a une sacré ambiance, ça donne envie au public d´essayer », rapporte Juan Pablo, jeune arbitre.

Et les sports individuels ?

Un peu comme les travaux de groupe, les sports collectifs ne sont pas faits pour tout le monde. Certains sont plus à l’aise dans l’effort solitaire. Dans le face-à-face, dans le duel. Dans le tennis, par exemple, un sport d’accès plutôt facile en Argentine. Les clubs foisonnent à Buenos Aires même si pour certains comme le Lawn Tenis Club, le Club Argentino ou le Vilas Country Club, il faut faire patte blanche pour entrer (parrainages obligatoires et droits d’entrée très élevés). Cela étant, on trouve facilement d’autres clubs, comme certains clubs de quartier ou le Club de la Ciudad de Buenos Aires de l’avenue Libertador, le Club Harrods, le Club Obras Sanitarias, le Club de Gimnasia y Esgrima (GEBA) auxquels on peut s’affilier avec des mensualités abordables. On peut aussi louer un peu partout des courts (compter environ 100 pesos de l’heure). Le classement amateur géré par la Fédération Française de Tennis que nous connaissons en France n’existe pas en Argentine. Seuls sont disponibles des classements pour les matchs interclubs par équipe. Pour ceux qui souhaitent jouer un tournoi hors clubs, il existe des circuits privés, comme Tenis Tournament, qui organisent régulièrement des tournois en simple ou en double avec un classement interne permettant à chacun d’évaluer son niveau.

Ceux qui préfèrent taper sur l´adversaire que dans la balle sont également servis avec la boxe, troisième sport le plus suivi en Argentine, après le foot et le sport automobile.

« La Federación Argentina de Boxeo » (FABOX) centralise tout ce qui relève de la boxe dans le pays. C´est-à-dire les 500 clubs, les 13 fédérations, les 10 000 pratiquants, les tournois pour mineurs, enfants, cadets et majeurs, et même la diffusion sur TYC Sports de 56 combats annuels. A Buenos Aires, ils sont 22 clubs, chacun possédant son gymnase. « C’est le seul sport où le pratiquant ne paye absolument rien. Arbitres, locations, organisation des combats, tout est gratuit », se félicite Luis Romio, responsable de la boxe au niveau amateur. La FABOX fait en sorte que les combats aient lieu dans les différents rings de la ville et non simplement au siège de la fédération, « pour qu’ils soient le plus possible accessibles au public ».

Pour que Londres écoute au moins une fois l’hymne argentin le mois prochain, la boxe est d’ailleurs le sport favori. Avec 22 médailles olympiques, c’est elle qui détient le record, ici, en Argentine.

Léo Ruiz

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