« Ma vie est à peu près la même qu’avant »

Les Jeux Olympiques à peine terminés, Paula Belén Pareto est rentrée à Buenos Aires pour la reprise des cours. A 26 ans, la première médaillée olympique de l’histoire du judo argentin est aussi étudiante en médecine à l’Université de Buenos Aires (UBA).

pareto_chicaAprès avoir décroché le bronze en 2008 dans la catégorie moins de 48 kilos, « la Peke » a terminé à une belle cinquième place aux JO de Londres. Entre deux cours, le Trait-d’Union s’est entretenu avec elle, histoire de parler village olympique, judo argentin et Teddy Riner. Entre autres.

 

TdU: C’est difficile de mener à la fois une vie d’étudiante et d’athlète de haut niveau ?

P.B.P: Ce n’est pas toujours évident, mais je m’organise pour pouvoir faire les deux. Je planifie mes tournois en fonction de mes examens.

L’université te facilite les choses en prenant en compte ta situation particulière ?
Non, c’est à moi de bien gérer tout ça. Généralement, au lieu de faire deux ou trois matières par semestre, j’en sélectionne une ou deux, histoire d’être un peu plus tranquille.

Continuer tes études, c’est un choix de ta part ou une nécessité économique ?

Je crois que c’est nécessaire, parce qu’un jour je vais devoir laisser le sport, et ce jour-là je me retrouverai sans rien. C’est une prévision en vue d’un futur assez proche finalement. Et puis au-delà de cet aspect, c’est une carrière qui me plaît beaucoup.

A Londres, tu as terminé toute proche de la médaille de bronze. C’est une grosse déception ?

Je ne sais pas si ça a vraiment été une déception. C’est sûr que sur le coup, j’ai été un peu triste parce que je n’étais pas loin de cette médaille. J’imagine que c’est ce que doit ressentir n’importe quel sportif à ce niveau de la compétition. Mais avec plus de recul, mon parcours dans ces Jeux Olympiques n’a pas été mauvais, loin de là.

Comment se sont déroulés ces JO en tant qu’athlète, sur le plan de l’organisation, de la vie londonienne ?

Déjà, avant les JO en eux-mêmes, il y a eu de nettes améliorations au niveau de l’accès à la zone de qualification, de nos déplacements, des tournois à disputer. En ce qui concerne la quinzaine olympique, bien sûr ça a été différent de Pékin (en 2008, ndlr) du fait du lieu, de la culture. Pékin et Londres, l’Asie et l’Europe, ce sont des environnements très différents. Mais sur le plan de la compétition, du village olympique, c’est à peu près toujours la même chose.

As-tu quand même le temps d’aller voir les autres sports, ou restes-tu concentrée sur ton épreuve tout au long de la compétition ?

Je suis allée voir les autres judokas argentins, et d’autres compétitions de judo après avoir terminé mon tournoi. Mais je n’ai pas trop eu le temps d’aller voir d’autres sports, ou juste à la télé. Ah si, quand même, je suis allée au stade d’athlétisme, une fois.

Existe-t-il une vie en communauté entre athlètes argentins au sein du village ?
Il y a d´excellentes relations entre tout le monde et beaucoup de soutien de la part des autres Argentins au moment d´entrer en piste. Avant et après, on commente les matchs des sports collectifs, on parle des compétitions à venir. On vit les épreuves à fond, même si chacun est avant tout concentré sur sa spécialité.

As-tu rencontré beaucoup de supporters argentins ayant fait le déplacement ?
Oui, surtout les supporters des équipes de sports collectifs, parce qu´ils restent du début à la fin. Mais la plupart, on les rencontre dans notre hôtel en fait.

Comment juges-tu le niveau actuel du judo argentin ?
Je crois qu’il s’est maintenu au même niveau depuis que je le suis et le pratique, c’est-à-dire depuis les années 1990. Il n’y a pas eu d’énorme progression, mais il y a toujours un bon potentiel.

Et le judo français ?
Plus ou moins pareil, il se maintient, bien sûr à un niveau supérieur au nôtre. Je vois qu’il rapporte systématiquement des médailles à la France. C’est un pays fort en judo, et il le démontre dans tous les tournois internationaux.

En France, Teddy Riner donne un écho important à ce sport et contribue à sa plus grande médiatisation.

On parle aussi beaucoup de lui au sein des judokas?

Oui, on dit tous la même chose à son sujet. Il est quasiment intouchable, on le voit dans les tournois, c’est le seul dont on est toujours sûr qu’il va gagner. Il est vraiment impressionnant.

Tu as été la première judoka argentine à remporter une médaille olympique, tu as remporté deux fois les Jeux Panaméricains. Ta vie a-t-elle changé avec ces succès ?

Ma vie sociale, de tous les jours, est à peu près la même qu’avant. Parfois, quelqu’un me reconnaît dans la rue, me félicite ou me demande une photo. C’est un petit changement, je n’étais pas habituée à cela, mais c’est tout. Au niveau de mes entraînements, de mon travail, c’est aussi la même chose. Je voyage un petit peu plus, mais parce que le format de qualification a été modifié.

C’est difficile d’exister comme sportif en Argentine si l’on n’est pas footballeur ?
Oui, au niveau médiatique, c’est compliqué. Le football centralise pas mal l’attention. Mais pendant ces Jeux, il y a eu beaucoup plus de soutien à tous les sports, avec de nombreuses chaînes de télévision qui diffusaient les différentes épreuves. C’est positif parce que les gens qui aiment d’autres sports que le foot ont pu les regarder depuis chez eux.

Quels sont tes objectifs personnels désormais, une nouvelle médaille à Rio ?
Dans un premier temps, me reposer un peu. Pour souffler et reprendre avec plus de motivation encore. Ensuite, oui, réaliser une bonne phase de qualification pour obtenir ma place pour Rio.

Propos recueillis par Léo Ruiz