Casa Rafael -« Ce que l’on apprend, c’est à voir la grandeur de l’autre »

Christine Pintat, fondatrice et directrice de l'association Casa Rafael

Christine Pintat, fondatrice et directrice de l’association Casa Rafael

Installée depuis 2006 au cœur de la Boca, dans un local prêté par les pompiers du quartier, la Casa Rafael accueille chaque jour des enfants pour les initier à l’éducation par l’art. Le but ? Qu’à travers ces activités, ils puissent se rendre compte des capacités qu’ils ont en eux et puissent se réaliser pleinement. Rencontre avec Christine Pintat, fondatrice et présidente de l’association.

Trait d’Union : Casa Rafael. Pourquoi ce nom pour votre association ?

Christine Pintat : C’est en référence à l’archange Raphaël. Dans la Bible, il apparaît dans le livre de Tobie et accompagne ce dernier dans un voyage initiatique, un voyage de guérison physique et spirituelle. A l’issue de ce voyage, de l’enfant qu’ il était, Tobie est devenu un homme. Depuis la création de l’association en 2006, c’est, toute proportion gardée, ce à quoi nous aspirons : à travers des ateliers d’éducation par l’art, nous voulons toucher au plus profond l’intelligence des enfants pour qu’ils se rendent compte qu’ils ont en eux des ressources et qu’ils peuvent se projeter plus loin que l’avenir limité que leur propose leur quartier.

TdU : Concrètement que proposez-vous aux enfants que vous accueillez ?

C.P. : Pour les plus jeunes ce sont surtout  des activités d’éveil, mais il y a également de la musique, du hip-hop, des arts plastiques, de la littérature ou encore du cinéma. Nous accueillons tous les jours des jeunes de 4 à 18 ans pour des activités qui se déroulent à partir de 16h30, de façon à éviter l’absentéisme scolaire.  Et il y a de beaux succès ! On a par exemple un groupe d’adolescents qui a écrit un scénario et tourné un film et, il y a peu, 24 enfants ont donné un concert à Palermo Soho et ont été ovationnés par le public. Nous proposons également aux jeunes des sorties dans les musées, les cinémas ou au théatre Colón pour élargir leur horizon. Sans oublier un soutien psychologique. Pour les enfants mais également pour certains parents qui le souhaitent afin de les renforcer dans leur rôle de cadre. L’environnement dans lequel vivent tant les enfants que les parents est très dur, dominé par la drogue et la violence. Mais nous avons la chance d’être bien acceptés dans le quartier.

 

Pour certains enfants, c'est l'heure de s'initier à la peinture...

Pour certains enfants, c’est l’heure de s’initier à la peinture…

 

TdU : Combien de jeunes fréquentent la Casa Rafael ?

C.P. : Cette année, nous avons 250  inscrits, en majorité du quartier. Mais disons qu’environ 170 viennent de façon régulière. Pour les encadrer, nous sommes 22, tous des professionnels, et l’accent est mis sur le travail d’équipe avec des séances de débriefing tous les soirs, des rapports écrits mensuels et une supervision psychologique tous les deux mois.

TdU : Et côté financement, comment fonctionnez-vous ?

C.P. : Notre association a besoin de près de 11 000 dollars par mois pour tourner : nous avons recours au mécénat d’entreprise, à des fonds de la fondation suisse Stéphane Guy Croisier, qui travaille sur la résilience psychologique des enfants, et à quelques fonds français. Le sénateur Jean-Michel Baylet nous a par exemple accordé une subvention de 20 000 euros, que nous avons utilisé en 2015.

Quand d'autres se consacrent aux ateliers de littérature et de lecture

Quand d’autres se consacrent aux ateliers de littérature et de lecture

TdU : Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans cette aventure ?

C.P. : Parce que je voulais changer de vie. Pendant 20 ans, j’ai été chargée des questions des droits de l’homme au sein de l’Union interparlementaire, une organisation internationale qui regroupe les parlements de différents pays. J’ai travaillé sur les cas des dictatures sud-américaines, mais avant tout au niveau normatif. J’ai donc voulu me lancer dans quelque chose de plus concret, et mon compagnon étant Argentin, c’est tout naturellement que la Casa Rafael a vu le jour à Buenos Aires. Permettre à ces enfants d’accoucher d’eux-mêmes et contribuer à réparer les injustices sociales, c’est ça qui me motive.

TdU : Il n’y a pas des moments où vous voulez tout lâcher ?

C.P. : Cette envie, je l’ai eue cent fois !  Les formalités administratives sans fin, un jeune que l’on suit qui se fait assassiner à cause des trafics ou qui meurt dans un incendie… Mais à chaque fois, voir les sourires et la reconnaissance sur le visage des enfants me donne la force de continuer. J’ai beaucoup appris au contact de ces jeunes : leur courage, considérer leur personne dans leur intégralité, renoncer à la toute-puissance en ne décidant rien pour autrui. Finalement, ce que l’on apprend, c’est à voir la grandeur de l’autre.

Propos recueillis par  Simon Fontvieille

*Casa Rafael: www.casarafael.org.ar