La Francophonie, c’est quoi ?

Le 20 mars prochain aura lieu la journée mondiale de la francophonie, afin de faire honneur à la cinquième plus grande communauté linguistique du monde. Des centaines d’évènements sont d’ores et déjà programmés aux quatre coins de la planète pour célébrer la langue de Molière, et l’Argentine n’échappe pas aux réjouissances. C’est pourquoi le Trait-d’Union offre à ses lecteurs un petit récapitulatif de ce long processus que fut la popularisation de la francophonie, notamment institutionnelle.

senghor«La Francophonie, c’est cet Humanisme intégral, qui se tisse autour de la terre», aimait à répéter le poète Léopold Sédar Senghor, ancien président du Sénégal. Considéré par beaucoup comme le père de la francophonie, il n’est pourtant pas à l’origine du terme, puisque celui-ci apparut pour la première fois en 1880. C’est le géographe français Onésime Reclus (1837-1916) qui l’utilisa pour désigner les espaces géographiques où la langue française était parlée. Il fallut attendre l’après seconde guerre mondiale pour que le terme francophonie se réfère plus à une communauté qu’à un terme scientifique. En effet, un intérêt croissant pour la langue s’empara dans les années cinquante des milieux intellectuels français. On peut attribuer cette attention soudaine à une peur à l’époque grandissante, et aujourd’hui persistante, celle à l’encontre de la culture étasunienne. Son influence croissante, perçue comme une menace après la seconde guerre mondiale, poussèrent certaines personnalités francophones à s’unirent sous la bannière de la francophonie, afin de défendre les spécificités de la langue de Molière.

Au fur et à mesure, plusieurs milieux, d’abord intellectuels, puis politiques, développèrent des liens avec la francophonie. Quelques dates importantes sont à retenir, parmi lesquelles 1926 avec la  naissance de la première association francophone des écrivains (Adelf), 1950 et la naissance de l’Union internationale des journalistes et de la presse de langue française ou encore 1960 avec la création de La CONFEMEN, la Conférence des ministres de l’éducation nationale des pays francophones.

Il faut néanmoins rendre à Senghor, ce qui est à Senghor, car c’est lui qui popularisa vraiment le terme, avec cette signification: “la conscience d’un espace linguistique partagé, propice aux échanges et à l’enrichissement mutuel”. Il est surprenant de constater que ce ne furent pas les intellectuels français qui œuvrèrent le plus au développement de la francophonie. En effet, si le premier président du Sénégal fut appuyé, ce fut plus par ses homologues africains – Hamani Diori (président du Niger), Habib Bourguiba (président de la Tunisie) et Norodom Sihanouk ( roi et chef de l’État du Cambodge) que par les dirigeants de l’hexagone. A noter que cet engagement pour la langue française ne valut pas à Léopold Sédar Senghor que des encouragements: beaucoup de ses détracteurs le considérèrent comme ayant été au service du néocolonialisme français en Afrique.

Cet idéal de francophonie universelle défendu et médiatisé par Senghor et ses collègues  favorisa le développement d’organismes interétatiques. Le 20 mars 1970 fut signée à Niamey la convention créant l’Agence de coopération culturelle et technique (actuelle Organisation Internationale de la Francophonie) par les représentants de 21 Etats et gouvernements. Ce fut la première réelle institutionnalisation de la Francophonie: à partir de cette date, est utilisé pour le terme un «f» minuscule pour désigner les locuteurs de français et un «F» majuscule pour qualifier le dispositif institutionnel organisant les relations entre les pays francophones.  En 1986 se réunit pour la première fois un « Sommet de la Francophonie », à Versailles, sur invitation du président François Mitterrand. 42 Etats et gouvernements y participèrent. On retint quatre principaux domaines de coopération multilatérale : le développement, les industries de la culture et de la communication, les industries de la langue ainsi que le développement technologique couplé à la recherche et à l’information scientifique.

Aujourd’hui la Francophonie c’est un sommet de chefs d’état qui se réunit tous les deux ans, des milliers d’échanges universitaires favorisés chaque année, une Organisation Internationale de la Francophonie qui met en œuvre la coopération multilatérale, ou encore une Assemblée parlementaire. Autant dire qu’un long chemin a été parcouru depuis les réunions anonymes de quelques écrivains à l’aube du siècle dernier. Il est néanmoins nécessaire de nuancer ce constat, et de rappeler que certains pays, comme l’Argentine par exemple, autrefois très francophones, se tournent de plus en plus vers “l’American way of life”. En témoigne cette différence incroyable: seulement deux lycées français présents dans la région de Buenos Aires, nombre insignifiant face à la quarantaine de lycées “anglohablantes” existant sur ce même territoire.

Alyssa Normant