Clotilde Courau, actrice à la philosophie humaniste

Vous la croisez dans la rue et vous pouvez croire que c’est une voisine : la quarantaine, mince, sympa, impeccablement coiffée malgré des cheveux très fins, gaie et sérieuse à la fois, le regard franc et amical. D’un chic total dans son fourreau noir juste moulant  et tout simple. Pourtant l’actrice Clotilde Courau est de son état civil Clotilde de Savoie, princesse de Venise et de Piémont. Une âme sensible qui se penche humainement  vers l’autre.

clotide courtauClotilde Courau  est venue à Buenos Aires dans le cadre du Cycle « Les Avant-premières – Cine Francès 2016 « , mais principalement pour promouvoir  le film  « L’Ombre des femmes » de Philippe Garrel. Le Trait-d’Union l’a interrogée sur ce dernier. Elle nous a livré le fond de sa pensée, son désir, ses valeurs et son combat.

Trait-d’Union : Née à Levallois-Perret, vous avez passé votre enfance entre la France et l’Afrique.  Mais pourtant vous avez des attaches avec l’Argentine ?

Clotilde Courau : Mon grand’père est né à Buenos Aires. Mon arrière grand’père, consul, a donné sa maison à l’Alliance Française. Je ne suis revenue qu’à l’âge de 7 ans pour passer un mois dans une estancia de La Pampa. J’en garde des souvenirs très heureux.

TdU : Vous avez débuté sur les planches avec la troupe de Francis Huster, au théâtre du Rond-point où étaient Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. Puis rapidement le cinéma. Aujourd’hui vous êtes à Buenos Aires pour la présentation de votre dernier film  » L’Ombre des femmes » de Philippe Garrel où vous jouez un rôle fort qui met en scène un triangle amoureux. Que vous a laissé ce retour au cinéma d’auteur ?

CC : L’amour que j’ai pour ce cinéma là en particulier. J’aime travailler avec des auteurs qui ont une vraie réflexion sur notre humanité, sur l’univers au travers de leur quête personnelle.

TdU : Le film aborde les problématiques du couple et notamment l’infidélité : c’est un sujet traité en long et en large, est ce que l’approche de « L’ombre des femmes » au travers des personnages de Manon et Elizabeth, apporte une explication aux causes de l’infidélité ?

CC : Non !  Philippe Garrel n’est pas un auteur qui donne des réponses. Ce sont des interrogations et c’est à nous, en nous-mêmes, que nous devons trouver les réponses. Ce n’est pas un film sur l’infidélité. C’est un film sur le courage face aux épreuves. Je dirais aussi sur la fragilité car la lâcheté des hommes et l’héroïsme des femmes et la force que nous avons, nous les femmes de passer certaines épreuves, le sacrifice – chose que je ne recommande pas non plus – qui est parfois nécessaire pour pouvoir vivre l’histoire, l’aventure de l’histoire, la vie quotidienne.

TdU : Vous avez reçu de nombreuses récompenses  notamment une nomination au César du meilleur espoir féminin. Habituée donc à parcourir le tapis rouge, quel est le prix qui vous a le plus touchée ?

CC : Celui des Arts et des Lettres en 2007. Cela voulait dire qu’on m’encourageait à poursuivre mon métier d’actrice.  Que j’apportais à travers lui une part importante à la culture française.

TdU : Vous refusez, lors de ce séjour à Buenos Aires de parler de votre vie privée. Pourquoi ?

Je suis ici en Argentine pour parler de ma carrière et du film de Philippe Garrel, et non d’une autre partie de ma vie qui ne m’incarne pas forcément. Si je le faisais, je ne pourrais défendre l’univers ni parler de la force des films des auteurs qui m’engagent pour les faire. Ça deviendrait un papier sur une femme et non sur une artiste qui défend un auteur comme Philippe Garrel, si important dans notre environnement. Quelqu’un aussi à part dans le cinéma français et qui, je crois, permet aux gens d’aller vers un cinéma vers lequel ils n’iraient pas forcément. Quand je regarde les artistes qui m’inspirent, elles ne parlent pas de leur vie privée.

TdU : Comment arrivez-vous à concilier la liberté des gens du spectacle avec le protocole, dans votre vie privée, de la représentation princière?

Je pense qu’au XXIe siècle, le respect de la tradition, chacun l’a avec son bon sens, ainsi que la liberté de l’être. Et je pense que le combat est avant tout celui de la valeur humaine. Je suis une humaniste profonde. L’Europe vit en ce moment une vraie crise. Ce qui m’intéresse comme artiste, c’est de m’interroger sur la notion de spiritualité dans une laïcité,  pour pouvoir construire le monde de demain. Aujourd’hui il est nécessaire, pour répondre à vos possibles questions sur mes enfants, sur vos enfants, ceux-là qui feront le monde de demain, de défendre les valeurs humanistes de fraternité. Oui, je suis une activiste. J’ai la chance de faire un métier qui me donne aujourd’hui -avec les années qui sont les miennes, avec les gens que j’ai rencontrés sur ma route –  la possibilité au travers de mon art,  et de ces grands auteurs  de porter haut les valeurs  de fraternité, de partage, auxquelles je crois.  Voilà mon combat, voilà mon désir, voilà ma foi.

TdU : Vous êtes fondamentalement actrice. Vous l’avez encore une fois démontré sur l’estrade du Crazy Horse aussi déjantée que le voulait la mise en scène et sans la moindre faute de goût. Quel est votre but en tant qu’artiste ?

CC : Mon art me permet de passer du Crasy Horse à Philippe Garrel, à un spectacle sur Piaf, et peut-être demain de travailler avec des auteurs argentins contemporains. Entre autres désirs, J’aimerais pouvoir participer à  » la nuit des philosophes » de Buenos Aires et pouvoir ainsi continuer à passer mon message. C’est cela qui me semble vraiment important.

Propos recueillis par Suzanne Thiais

  • Prochaines séances : samedi 9 à 22h10 et mercredi 13 avril à 20h au Cinemark-Palermo