Le point de vue du sénateur Olivier Cadic

LE TRAIT-D’UNION A EU L’OCCASION D’INTERROGER LE SÉNATEUR OLIVIER CADIC LORS DE SON SÉJOUR À BUENOS AIRES DU 12 AU 15 AVRIL. IL NOUS A FAIT PART DE SES IDÉES ET CONCEPTS CONCERNANT SON RÔLE DE POLITIQUE ÉLU, REPRÉSENTANT LES FRANÇAIS ÉTABLIS HORS DE FRANCE.

Trait-d’Union : Qu’est-ce l’UDI ?

Olivier Cadic : L’Union des démocrates et indépendants est un parti politique fondé autour de Jean-Louis Borloo, réunissant plusieurs partis du centre. Au niveau parlementaire, c’est le 3ème parti après les Socialistes et Les Républicains avec lesquels nous sommes alliés face à la gauche et en économie nous sommes plutôt d’accord. Ce qui nous différencie c’est que nous partons du concept « pensez global, agissez localement ». Les problèmes dans l’hexagone doivent pouvoir être résolus localement et non par des décisions centrales. La dimension écologique est pour nous un créneau important avec une vision à long terme de prise de responsabilités individuelles pour le bien commun Autre élément de base que nous soutenons est que la promotion doit être liée au mérite, que la société puisse entreprendre pour avancer, que l’ascenseur fonctionne.

TdU : Que pensez-vous de l’Europe ?

OC : À l’UDI nous sommes des fédéralistes européens et nous croyons au besoin de l’améliorer. Il faudrait que les divers États qui composent l’Union européenne travaillent plus de façon globale cars les problèmes qui la touchent actuellement nous touchent tous de façon collective.

TdU : Pensez-vous que la société française soit prête à courir le risque d’entreprendre ?

OC : Je crois que la nouvelle génération française est prête à prendre des risques, car elle sent qu’elle n’a pas d’autre choix bien qu’en France on est plutôt dans le démarrage de sociétés que dans leur déploiement : l’environnement y est très sclérosé et l’Etat est très pesant, avec beaucoup de formalités, de cotisations, d’impôts. Ces nouveaux entrepreneurs se tournent alors vers l’étranger pour pouvoir donner tout le potentiel à leur entreprise. Mais l’esprit entrepreneurial a différentes facettes et l’une d’elles se trouve dans celui qui au sein d’une entreprise le maintient tout au long de son parcours.

TdU : N’est-ce pas un défi d’intégrer une décision collective dans une logique entrepreneuriale ? Au niveau public ?

OC : Un politique c’est comme un chef d’entreprise, c’est celui qui arrive à exprimer une vision et à la partager. À partir du moment où vous avez un consensus pour aller quelque part, le travail du politique est d’aider ceux qui travaillent ensemble à se mettre d’accord pour atteindre l’objectif.
Le système républicain « à la française » fait que le pouvoir se concentre en une seule personne et que tout le reste suive. Cela est ainsi au Parlement, mais non au Sénat où il faut composer afin que tous aillent ensemble vers l’objectif commun. Un politique doit être humble et ne pas croire qu’il détient la vérité révélée. La diversité d’idées est nécessaire car enrichissante et féconde. Je peux parfaitement avoir une fausse bonne idée. Il faut écouter celui qui pense différemment pour pouvoir construire. L’élu a un rôle, celui de facilitateur.

TdU : Que signifie pour vous être sénateur des Français établis hors de France ?

OC : Avant tout je me définis comme un sénateur entrepreneur. C’est-à-dire un sénateur qui œuvre pour obtenir des résultats pour les Français établis hors de France. Mais pour y arriver il faut travailler en équipe, c’est-à-dire construire les solutions en y associant les Français établis hors de France. Car il n’y a pas de solutions toutes faites, et je n’ai pas de réponse à tout, tout seul. Un sénateur des Français de l’étranger a une circonscription planétaire et se trouve confronté à des problématiques différentes. Aujourd’hui je suis à Buenos Aires dans le cadre d’un déplacement de trois semaines : Brésil, Paraguay, Uruguay et Chili. Et je découvre dans chaque étape quelque chose de différent qui me donne une priorité d’action pour chacun d’eux.

TdU : Quelle est pour vous la priorité en Argentine ?

OC : Ici, les parents d’élèves des deux établissements d’enseignement français m’ont informé que pour eux le niveau de l’enseignement en français leur paraissait insuffisant. Il faut donc obtenir tout d’abord un indicateur qui nous permette d’évaluer le vrai niveau du français des élèves. Pour cela nous avons de nombreux outils tels le DELF, ou le DALF avec leurs divers nivaux de graduation. J’ai donc demandé au consul qu’il organise une réunion consulaire consacrée à l’enseignement avec les parents d’élèves, les représentants des professeurs, les élus, Et aussi avec les entreprises car ces dernières ont besoin d’une continuité éducative pour leurs cadres détachés. En un mot, associer tous les intervenants pour avoir un bon résultat.

TdU : Quelles sont vos expériences en ce qui concerne l’enseignement ?

OC : Le Plan Écoles est une expertise que j’ai développée en Grande Bretagne. Ainsi à Londres nous avions un Lycée qui était plein à craquer et ne pouvait recevoir plus d’élèves. En travaillant à l’unisson avec tous les intéressés nous avons réussi à créer 4 autres établissements. Le problème a été résolu de façon collective. Ici à Buenos Aires, si tout le monde s’y met, nous pourrons d’ici un ou deux ans prendre les mesures nécessaires pour améliorer – si cela s’avère nécessaire – le niveau de l’enseignement en français.

TdU : Qu’en est-il des enfants français et binationaux qui ne parlent pas la langue ?

OC : Lors de ma réunion au consulat avec les élus et le consul, j’ai demandé à ce dernier de faire émerger le nombre d’enfants français qui ne sont pas dans l’enseignement français. Car, en Argentine, combien sont-ils ? Où sont-ils ? Cette enquête nous permettra de savoir la situation de tous les enfants français de 3 à 18 ans. Cela permettrait à la partie prenante « Plan Ecole » de débattre sur les actions à engager. Comme par exemple, dans une ville : proposer que l’Alliance Française locale organise des cours spécifiques. A Buenos Aires, le siège de l’Alliance et les agences de Palermo, Belgrano et Flores proposent des cours aux Français d’Argentine avec une réduction de 30% grâce à un partenariat avec le consulat et l’entreprise Total. Un formidable geste car ainsi l’Alliance assume presque une mission d’intérêt général, une mission de service public. C’est dans ce cadre que je propose que l’on revoit le système d’aide à l’enseignement, que ce ne soit pas seulement des bourses à la scolarisation dans des établissements français, mais encore et aussi un système de bourses ouvert à tous les enfants français de l’étranger afin qu’ils puissent apprendre leur langue. Etablir un « chèque-éducation » pour eux afin que cela leur donne accès à l’apprentissage de la langue. N’oublions pas ce qu’écrivait Albert Camus: « Oui, j’ai une patrie : la langue française « .

TdU : La langue française est donc la priorité d’Argentine que vous emportez en France.

OC : En effet, d’aider, de m’assurer qu’elle soit toujours vivante. Car je crois que c’est une volonté que j’ai sentie partagée par les élus consulaires qui étaient là, les parents d’élèves, et même d’un certain nombre de personnes de l’administration française. J’ai perçu un consensus.

Propos recueillis par Suzanne Thiais

Sénateur Olivier Cadic : http://www.oliviercadic.com/parcours/

Crédits photo © Paul Hoffmann

 

 

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