Les pompiers de Paris et la nuit d’horreur au Bataclan

A l’occasion de la commémoration des attentats perpétrés le 13 novembre 2015 dans les rues de Paris et au Stade de France , à la Plaine-Saint-Denis, le Trait-d’Union livre l’histoire du formidable secours apporté aux victimes par la Brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP), révélée par son commandant, le général Philippe Boutinau lors de son bref passage à Buenos Aires.

1088015-pompiers-viennent-aide-blesse-presLa BSPP a en effet joué ce soir-là un rôle éminent pour apporter les premiers secours aux victimes. « Nous n’avions jamais dû traiter autant de victimes en aussi peu de temps. Il s’agissait de secourir les blessés de sept attentats simultanés perpétrés à Saint-Denis, et dans les Xe et XIe arrondissements de Paris »  soutient le général Boutinau. Après avoir pris la décision de ne pas évacuer le Stade de France où se trouvaient 72.000 personnes, il a fallu identifier les lieux où les fusillades avaient lieu, tâche des plus ardues car « les adresses se trouvaient très proches les unes des autres, et l’on nous en donnait parfois deux pour des établissements situés à l’angle de deux rues. Nous devions faire face à de très nombreuses demandes de secours. » Entre 21 heures 30 et 22 heures, la Brigade a reçu 700 appels, dont certains dénonçaient des fusillades, d’autres des explosions, des scènes de panique ou des prises d’otages… De nombreuses personnes, blessées et échappées du Bataclan , « se réfugiaient sous des portes cochères dans les rues voisines ou étaient montées dans la première voiture qui passait ».

Puis à partir de 22 heures, le Stade de France ayant été évacué, l’action s’est concentrée au Bataclan, ce qui a permis à la BSPP de regrouper ses moyens pour secourir les très nombreuses victimes. 381 victimes ont été comptabilisées par les pompiers, dont 124 décès, 100 urgences absolues et 157 urgences relatives. À ce bilan il faut ajouter les nombreuses personnes qui se sont présentées spontanément dans des hôpitaux.Au total, 430 pompiers de Paris et 125 engins ont été dépêchés sur les lieux des attentats ; 250 personnes travaillaient derrière eux dans la chaîne de commandement et de soutien. Plusieurs véhicules ont essuyé des tirs. Deux d’entre eux ont été sévèrement impactés par balles.

Le succès de l’ensemble de l’opération de secours se doit à l’impeccable organisation établie en amont, par la Brigade afin d’être en mesure d’agir face à des attentats imprévisibles et qui exigent anticipation, préparation opérationnelle décisions planifiées et prises aussi durant l’intervention. La prestation des pompiers a duré huit heures, puisqu’elle a débuté à 21 heures 19, heure de la première explosion au dehors du Stade de France, et s’est achevée à 5 heures 30 le 14 novembre, lorsque les opérations de secours au Bataclan ont été closes. À 8 heures du matin, tous les véhicules de la BSPP avaient retrouvé l’intégralité de leur potentiel, c’est-à-dire que le stock de produits pharmaceutiques et des consommables des ambulances de réanimation et des véhicules de secours aux victimes avait été reconstitué.

C’est Napoléon Ier qui créa le bataillon de pompiers de Paris en 1811 et le plaça sous l’autorité du préfet de police. La BSPP est aujourd’hui forte de 8 600 hommes et femmes, dont 8.000 à Paris. Elle est chargée de la sécurité des personnes et des biens dans la capitale et les trois départements de la petite couronne. Elle constitue la plus grosse unité de sapeurs-pompiers en Europe et la troisième dans le monde après celles de Tokyo et de New York. Elle effectue près de 460 000 interventions annuelles, soit environ 1 250 par jour.

Propos recueillis par Suzanne Thiais

+ d’infos : http://rpdefense.over-blog.com/2016/01/audition-du-general-philippe-boutinaud-commandant-la-brigade-de-sapeurs-pompiers-de-paris-16-dec.html