Pierre-Henri Guignard, nouvel ambassadeur de France en Argentine

Pierre-Henri Guignard, nouvel ambassadeur de France en Argentine, est un homme posé, tranquille, aimable. Il a accordé un long entretien à la rédaction de Trait-d’Union : une belle occasion de connaître le nouveau chef de la diplomatie française en Argentine et de mesurer avec quel enthousiasme il a, en quelques semaines, pris à bras le corps ses nouvelles fonctions.

_aaa0175Diplomate, analyste politique, communicateur, spécialiste des Amériques, « un privilège de l’âge » précise-t-il avec humour, Pierre-Henri Guignard est aussi un écrivain (« Trois jours en Angleterre- L’amour secret du Docteur Roux », « A l’encre verte-Lettres à Ingrid Betancourt et à quelques autres » et « Protocole et cérémonial – l’ordre de la République »). Après avoir fini sa formation à l’EFAP (Ecole Française des Attachés de Presse) doublée d’une formation juridique et économique, son intérêt se porte vers les Amériques où il cumule un long parcours. Il a été en poste au Pérou, au Mexique, au Canada et aux Etats-Unis,porte-parole de la Mission française aux Nations Unies, ambassadeur de France au Panama, et observateur permanent de la France auprès de l’Organisation des Etats américains à Washington. En France, Pierre-Henri Guignard a occupé des fonctions dans plusieurs cabinets ministériels, notamment auprès de Dominique de Villepin (Chef adjoint de cabinet et conseiller pour l’Amérique latine) et de Michel Barnier, et, « dernièrement, une relation de travail avec Laurent Fabius,(…) avec lequel » a-t-il précisé « je me suis toujours senti à l’aise »  malgré sa réputation de froideur et d’extrème exigeance avec ses collaborateurs. Enfin il a assumé la charge de secrétaire général de la conférence sur le climat « la Cop 21 » qui s’est tenue à Paris en décembre dernier, avant d’être nommé ambassadeur à Buenos Aires.

« L’Argentine est le pays de la région que je connaissais le plus mal et j’étais un petit peu inquiet (…) car c’est un pays difficile à saisir« . Pierre-Henri Guignard y était déjà venu mais à l’occasion de très courtes visites privées et lors d’une mission en février 2004 aux côtés de Dominique de Villepin –à l’époque ministre des affaires étrangères-  dans le cadre d’une folle tournée en Amérique Latine. Une seule journée, à Buenos Aires mais bien remplie : « nous sommes arrivés de Santiago du Chili à 7h du matin et nous sommes repartis le soir même à 18h pour Brasilia. Entre temps nous avons eu un rendez-vous avec Nestor Kirchner sur la question haïtienne, un déjeuner de travail avec Rafael Bielsa pour évoquer les entreprises françaises – notamment aider le groupe Suez, une rencontre avec la communauté française au Club Français, et nous avons même eu le temps de visiter l’appartement de Jorge Luis Borges ! »

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Homme de communication et utilisateur des réseaux sociaux, – l’ouverture d’un compte twitter officiel de l’ambassade, @FranceArgentine, en fait foi- Pierre-Henri Guignard est soucieux de faire rayonner la présence et l’action de la France dans le pays ; il a instruit les services de l’ambassade pour qu’une politique fluide et déterminée de communication soit conduite. Il n’a, par ailleurs, cessé depuis son arrivée de réunir et de rencontrer les Français d’Argentine. Lors de la commémoration de l’armistice du 11 novembre, il a tenu à déposer une gerbe au pied du monument aux morts Français qui se trouve dans l’ancien hôpital Français. A ce propos il encourage le Consul général de France à Buenos Aires, Raphaël Trannoy à réaliser un travail de documentation des lieux de mémoire français en Argentine dans le but de dresser un inventaire de ce patrimoine du souvenir.

Comme il l’avait fait lors de sa première réception officielle, réservée à la communauté française, Pierre-Henri Guignard, a rappelé que l’ambassade était la maison de tous et que ses portes étaient grandes ouvertes. « Cette maison est la maison commune des français en Argentine, et si on ne se retrouve pas à l’Ambassade et au Consulat, cela veut dire qu’ils ne jouent pas leur rôle(…)« . Et évoquant le dernier déjeuner de la CCIFA (Chambre de commerce et d’industrie Franco-Argentine ), il a insisté sur ce principe : « Pourquoi n’aurait-on cette maison ouverte que pour les grandes entreprises, parce qu’elles ont des contrats et qu’elles rapportent et pourquoi ne le serait-elle pas à ceux de nos compatriotes qui sont en difficulté ? (…) » Il y a une solidarité française qui doit s’exercer entre toutes les composantes de  la communauté française qui est très diverse et nous devons à l’esprit républicain de nous adresser à tous« .

Missions

Dès son arrivée, Pierre-Henri Guignard s’est attelé à l’élaboration d’un plan d’action, qu’il défendra le 7 décembre prochain à Paris. Au vu des priorités, ce plan repose sur trois piliers, l’accompagnement et la réalisation de la feuille de route dressée lors de la visite á Buenos Aires du président français François Hollande en février 2016, l’accompagnement des entreprises françaises pour investir en Argentine, et l’obligation de procéder à « une augmentation du capital culturel« . Un plan élaboré conjointement avec toute l’équipe de l’ambassade.

Parmi les dossiers en cours figure la préparation du G20 que l’Argentine organise en 2018 et pour lequel, la ministre de la Seguridad Patricia Bullrich, a demandé l’aide de la France, « avec le Sherpa argentin nous aurons des échanges » a confirmé l’ambassadeur, « la ministre Bullrich nous a demandé de partager  l’expérience que nous avons acquise lors de l’organisation de la Cop 21« .

Concernant les investissements français en Argentine, un certain nombre de contentieux sont encore en litige au CIADI, le tribunal arbitral de la Banque Mondiale, et l’ambassadeur souhaite que s’engagent rapidement des solutions de règlement. Il a également annoncé que la mission de l’AFD (Agence française de développement ), c’était « très, très, très bien passée« .

Par ailleurs, étant donné la conjoncture en France, une cellule de crise sur le tourisme s’est créée à l’ambassade, « j’ai invité les partenaires français du secteur privé à s’asseoir autour d’une table pour mettre sur pied les moyens de  convaincre les Argentins de choisir la destination France« . C’est un dossier sur lequel « l’équipe France élargie » en Argentine est particulièrement mobilisée.

Création d’un conseil économique de l’Ambassade en janvier 2017, préparation des 3èmes Assises franco-argentines de la Coopération décentralisée en 2018, implication totale du dispositif diplomatique dans la candidature de Paris aux JO de 2024 … Nul doute que la variété de l’emploi du temps du nouvel ambassadeur lui donnera l’occasion de prendre la mesure de ce pays si complexe mais aussi si attachant.

Propos recueillis par l’équipe de Trait-d’Union

*Photos crédit Graziella Riou

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