Nicole Garcia : « Le cinéma français a besoin de s’ouvrir au monde »

Invitée d’honneur du festival  » Les Avant-Premières » qui se tient du 6 au 12 avril, l’actrice et réalisatrice Nicole Garcia était de passage à Buenos Aires.

NICOLEGARCIAinterPrésenté en avant-première jeudi 6 avril, son dernier film « Mal de pierres » a ouvert le bal du festival « Les Avant-Premières ».  C’est à travers l’histoire d’une jeune femme mariée contre son gré et malade d’amour pour un autre homme, que Nicole Garcia nous offre un film bouleversant où passion rime avec folie. Ce long métrage est le dernier en date mais il est loin d’être l’ultime de la liste, car la réalisatrice travaille déjà sur un futur projet. Elle a aimablement répondu aux questions de Trait-d’Union qui l’a rencontrée dans les salons de l’ambassade de France.

TdU – Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir réalisatrice ?

NG – Rien ne m’a poussé à devenir réalisatrice, c’était comme une sorte de rivière souterraine qui a dû émerger à un moment donné, comme un désir que j’ai dû avoir sans même qu’il soit conscient. D’abord j’avais peut-être cédé un peu au statut d’interprète, même si j’ai toujours autant d’enthousiasme à jouer. Et puis, j’ai réalisé un court métrage: je l’ai écrit, je l’ai tourné, mais je n’ai eu qu’un plaisir moyen à le faire. Je pensais vraiment que tout allait s’arrêter là, toutefois quand j’ai dû le monter ce fut une vraie révélation. J’ai découvert l’écriture. Le montage c’était comme une part du cinéma que je ne connaissais pas en tant qu’interprète. Alors, je n’ai eu qu’un désir c’était d’écrire un long métrage, ce fut « Un week-end sur deux ».

TdU – Est-ce dans l’évolution d’une carrière d’actrice ?

NG – Non, je ne pense pas que cela soit une évolution. Certes, il y a une sorte de tendance en France où les actrices deviennent réalisatrices, peut-être parce que j’ai été une des premières à le faire. Mais ce n’est pas du tout conséquent, c’est totalement autre chose. Souvent les acteurs se donnent un rôle, ce qui anime leur désir c’est de se voir jouer ce rôle dans un film. Alors que moi je n’ai jamais eu envie de jouer dans les films que je réalisais. Ce n’est pas la même énergie. Pour moi, cela a était comme un vrai passage : d’être regardée, de séduire, d’avoir était séduite, d’avoir envie de quelque chose pour l’autre, de grandir l’autre, de le raconter. Ça ramène toujours à soi car on se multiplie dans tous les personnages que l’on raconte, mais ce n’est pas du tout la même démarche artistique lorsque l’on interprète ou quand on joue. En tant qu’actrice on est toujours soit dans le prisme du metteur en scène, soit dans l’écriture d’un rôle. C’est vraiment deux choses différentes. Une actrice ne peut pas se passer de soi comme enveloppe physique, alors qu’une réalisatrice peut se disperser dans tous les rôles, elle se démultiplie.

TdU – En tant que réalisatrice quel message voulez-vous faire passer à travers ce film et tous vos films ?

NG – Il n’y a pas vraiment de message très délibéré ou très énoncé. Mais si on est touché par mon film, cela doit passer par les affects, par une identification aux personnages. Dans « Mal de pierres » par exemple, on peut comprendre que ce film raconte l’appel féminin du désir, comment le sexuel et le sacré sont deux mêmes mots. J’ai voulu faire comprendre comment l’extase amoureuse peut donner un sens à une vie.

TdU – Marion Cotillard, Louis Garrel, deux acteurs très connus du cinéma français, ce choix d’acteurs s’est fait naturellement pour « Mal de pierres » ?

NG – Dès que j’ai lu le livre je savais que l’actrice idéale pour ce rôle était Marion Cotillard. C’est vrai que Marion est une actrice qui est très aimée, mais je trouve qu’elle est extraordinaire dans ce film. Elle ne joue pas, elle colle au personnage, on sent qu’elle le porte haut et fort. Pour les rôles masculins, j’ai fait un casting très large. C’était très important car c’était une femme entre deux hommes.

TdU – Dans vos films vos personnages qui sont souvent des figures féminines – Catherine Deneuve dans « Place Vendôme », Louise Bourgoin dans « Un beau dimanche » et dans le cas présent Marion Cotillard – ont des vies mouvementées et des destins tragiques. Comment l’expliquez-vous ?

NG – Ce ne sont pas des destins tragiques. Elles sont un peu dans une ornière, dans une contradiction, dans des conflits, mais c’est en elles qu’il y a une insatisfaction. Elles sont dans une lutte avec le monde, avec les autres, mais également avec elles-mêmes. Le temps du film est de les faire sortir de cette ornière et de les délivrer. C’est sur ce modèle là que j’ai bâti beaucoup de mes personnages féminins.

TdU – En venant à Buenos Aires, qu’espérez-vous transmettre à travers ce film ?

NG – C’est la première fois que je viens à Buenos Aires et c’est formidable de faire un export culturel de ses films. Je pense qu’ici, il peut y avoir une réception très juste du romanesque de « Mal de pierres ». J’espère que les gens vont le ressentir très profondément, s’identifier aux personnages et avoir une conception très forte. Je l’espère en tout cas, car le cinéma français a besoin de s’ouvrir au monde.

TdU – Quels sont vos futurs projets ?

NG– Je suis en train d’écrire en ce moment un nouveau film, que j’espère tourner d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Pour le moment encore sans titre,  c’est un film contemporain, pas un film des années 50 comme le précédent. L’histoire tourne autour d’une jeune femme, d’un jeune homme et d’un homme plus âgé… Et oui c’est encore une jeune femme entre deux hommes.

Ndlr : Le film « Mal de Pierres » se déroule dans le sud de la France, au courant des années 50. Gabrielle (Marion Cotillard) atteinte de la maladie de la pierre (calculs rénaux) est envoyée faire une cure thermale. Avant son départ, sa mère (Brigitte Roüan) lui choisit un mari, un ouvrier agricole (Alex Brendemühl) pour qui Gabrielle ne cache pas son désamour. C’est durant son hospitalisation, que la jeune femme va trouver l’amour sous les traits d’André Sauvage (Louis Garrel), ancien combattant durant la guerre d’Indochine. « Ils vont se trouver dans leurs blessures communes », résume Nicole Garcia.

Propos recueillis par Inès Joseph