Florence Baillon « En politique, ce qui m’intéresse c’est faire bouger les lignes pour le pays lorsqu’il y a un bénéfice collectif »

Candidate sous l’étiquette du Parti Socialiste aux élections législatives 2017 prévues les 3 et 17 juin prochains, Florence Baillon est aujourd’hui en campagne électorale. En lice pour être députée des Français à l’étranger de la deuxième circonscription, elle était de passage à Buenos Aires, avant de s’envoler pour Santiago.

florencebaillonAprès avoir vécu 18 ans en Equateur, Florence Baillon possède la double nationalité. Elle vit à Quito où elle a été pendant trois ans conseillère pour les relations internationales de la Ministre de la Culture équatorienne. Aujourd’hui, conseillère des relations internationales pour le Ministre de l’Enseignement, elle est en charge du développement des Relations Internationales pour l’Equateur. Engagée au sein du Parti Socialiste Français, elle est également présente au niveau associatif en tant qu’élue au conseil d’administration des  » Français du monde ».

TdU : Pourquoi avoir choisi de faire campagne pour être députée des Français de l’étranger en Amérique latine? 

F.B. : Mon amour de l’Amérique latine vient de loin. J’ai fait ma thèse sur la littérature latino-américaine féminine, donc c’était déjà mon domaine de recherche et j’ai rencontré mon mari qui est aussi latino-américain. Je comptais m’installer en Amérique latine, cela faisait parti de mon projet de vie. Par ailleurs, je connais bien le continent car j’ai beaucoup voyagé dans le cadre de mes fonctions.

TdU : Quels sont vos sentiments par rapport aux résultats du 1er tour des élections présidentielles françaises ? 

F.B. : On ne vote pas à l’étranger visiblement comme on vote en France. En particulier par rapport à Marine Le Pen, elle a eu du mal à passer, et heureusement, car cela serait incongru. En ce qui concerne les résultats en France, finalement les sondages ne se sont pas trompés, malgré les critiques. Cela dénote que les gens veulent changer de personnel politique. Ceci dit, je ne pense pas que ce soit très sain que au lieu de s’attaquer aux causes de la montée de Marine Le Pen, il y ait un sursaut républicain qui prône le « tout sauf ça », comme en 2002. Il va falloir à un moment donné se poser les vraies questions de pourquoi cela existe et qu’est-ce que ça signifie ?

TdU : Etes-vous d’accord avec l’idée qu’avancent beaucoup d’analystes politiques, selon laquelle nous assisterions à la fin des grands partis ? 

 F.B. : Le mienne en l’occurrence oui parce que finalement, même les républicains font 20%, et ce malgré les démêlés avec la justice de François Fillon. Le Parti Socialiste fait un chiffre historiquement bas, et je pense que cela a à voir avec les bagarres internes du parti. Ce n’est jamais satisfaisant d’avoir un candidat qui n’ait pas mieux réussi, mais c’est comme le vote FN: il faut l’entendre. Néanmoins, malgré ce résultat je me sens toujours socialiste, je garde mes idées et je pense que le parti n’appartient à personne, il appartient à ses militants.

TdU : Vous vous présentez sous l’étiquette du Parti Socialiste, comment s’articule votre candidature avec celle du député sortant Sergio Coronado?

F.B. : Lorsque Sergio Coronado s’est présenté, il était un élu des Verts, et à l’époque, un accord national avec le Parti Socialiste avait été passé. Le Parti Socialiste avait cédé une circonscription aux Verts qui était celle de l’Amérique latine. Aujourd’hui, Sergio Coronado a donné son parrainage à Mélenchon et je me présente comme candidate du Parti Socialiste.

T.d.U : Les points clé de votre programme …

F.B. : Il y a certains sujets qui me tiennent particulièrement à coeur. Tout d’abord, j’ai très vite constaté qu’à l’étranger, l’Europe et le Maghreb sont les seuls qui importent pour la France ; l’Amérique latine est absolument invisible des radars. On était a peine mentionné dans les déclarations de Sarkozy ou de Hollande, c’est impressionnant. Il faut rendre visible l’Amérique latine, car je trouve que l’on est souvent les parents pauvres de la politique internationale de la France. On ne représente pas les mêmes enjeux économiques que l’Asie et l’on n’est pas dans cette relation de coopération que l’on peut avoir avec l’Afrique, or avec les différents gouvernements qui ont été mis en place dernièrement dans le continent, il y a des choses sur lesquelles on pourrait travailler. Par ailleurs, je connais l’Amérique Latine pour des raisons professionnelles et personnelles. J’ai donc basé mon programme sur toutes les rencontres que j’ai faites et je l’ai rendu participatif. Je continue à recevoir des propositions qui l’alimentent. Les expériences et les expertises des Français à l’étranger sont extrêmement intéressantes, car collectivement on avance. En politique, c’est ce qui m’intéresse: faire bouger les lignes pour le pays lorsqu’il y a un bénéfice collectif.

Il y a un sujet qui m’est également cher, c’est celui des femmes. Je suis profondément féministe, pas seulement parce que j’en suis une, mais parce que pour les femmes rien n’est acquis. Par exemple, j’insiste sur le fait que l’insécurité est un vrai problème social en Amérique latine. La délinquance armée, les trafics de drogues, et surtout les fémicides traversent tout le continent. Cela a concerné nos compatriotes. Mais au-delà de ça, on ne peut pas vivre dans un pays en ignorant cet aspect social. En tant que Français on peut apporter des solutions, parce que finalement en France je trouve que nous ne sommes pas forcément si éloignés de cette réalité.

T.d.U. Votre point de vue sur le vote électronique ? 

 F.B. : C’est une grande déception comme candidate et comme électrice. Je trouve que en tant que Français de l’étranger, nous ne sommes pas égaux en droit. Certains Français ne sont pas allés voter, non qu’ils ne le voulaient pas, mais parce qu’ils ne pouvaient pas. J’entends les problèmes de sécurité qui sont certainement valables, mais, on peut se demander aussi pourquoi en 5 ans on ne les a pas résolus !

T.d.U. : Si vous êtes élue, continuerez-vous à vivre en Equateur? 

F.B. : Impossible ! Une fois élu un député des Français de l’étranger est obligé de vivre à Paris, donc non je ne resterai pas en Equateur.

Photo : Inès Joseph

Propos recueillis par Inès Joseph et Marie-Françoise Mounier-Arana