La fiction romanesque selon Jean Echenoz

« Le bruit que fait une phrase est aussi évocateur que ce qu’elle raconte », a assuré Jean Echenoz, interviewé par Pedro Rey, jeudi 28 septembre au MALBA, dans le cadre du FILBA (Festival Internacional de Literatura de Buenos Aires).

Jean Echenoz a écrit de nombreux ouvrages à succès, recevant plusieurs récompenses telles que le Prix Médicis pour « Cherokee » ou le Prix Goncourt pour « Je m’en vais ». Devant l’auditorium relativement clairsemé du MALBA, composé de Français comme d’Argentins,  le romancier est revenu sur ses 40 ans de carrière. Plusieurs de ses ouvrages ont déjà été traduits en espagnol tels que « Me voy » (« Je m’en vais »), Correr (« Courir »), « El capricho de la reina » (« Le caprice de la reine »), et récemment «Enviada Especial » (« Envoyée Spéciale »).

« Je ne crois pas en l’inspiration, plutôt dans l’obstination et la patience ». Mentionnant plusieurs épisodes particuliers de sa vie, tel que son enfance qu’il a passé dans une maison située dans l’enceinte de l’hôpital psychiatrique dans lequel travaillait son père,  il affirme que cela n’a pas vraiment eu d’incidence sur le contenu de ses histoires : « J’ai vécu dans un hôpital psychiatrique. […] Être au contact de la folie n’a pas été traumatisant ni inspirant ». En revanche, l’obstination et la patience dont il fait preuve se retrouvent  dans le travail de recherche qu’il réalise avant de se mettre à écrire. Dans « Envoyée Spéciale », il s’intéresse à la Corée du Nord, petit pays difficile à comprendre, violent et autoritaire, qu’il pense particulièrement adapté à une histoire actuelle d’espionnage. Dissuadé d’aller sur place par les récits des voyageurs parlant de visites très surveillées ne rendant pas compte de la réalité du pays et apportant peu d’informations, c’est par l’investigation et la documentation de toute sorte que l’écrivain est parvenu à construire son décors. Basé sur une enquête d’espionnage, ce dernier roman rappelle les débuts de l’écrivain qui avait eu, pour son premier livre, l’idée d’écrire un roman policier. Attiré par ce genre, mineur dans les années 70, pour son efficacité, sa capacité dramatique et sa violence, Echenoz s’en est finalement détourné, se rendant compte qu’il préférait écrire dans des codes d’écriture incompatibles avec le genre policier, tel que le déplacement permanent des personnages qui caractérise tous ses ouvrages.

Débutant alors dans l’écriture romanesque, c’est en rédigeant ce premier ouvrage « Le Méridien de Greenwich » qu’il s’est rendu compte que l’écriture spontanée était impossible et a pris conscience du mal nécessaire que sont l’élaboration d’un scénario de départ et la précision. C’est avec ce premier roman, qu’ il a également construit son style d’écriture, souvent caractérisé de léger et minimaliste. « Le bruit que fait une phrase est aussi évocateur que ce qu’elle raconte » ; Echenoz aime transposer des effets de la rhétorique de la musique ou du cinéma dans ses œuvres afin de créer une mise en scène visuelle et sonore en jouant sur les distances et sur le rythme de l’action. Son rejet de la fiction totale au profit de la biographie romancée,dans les années 2000, fut bref. « Après ‘ Au Piano’, je craignais de piétiner, de me répéter, j’avais l’impression d’être arrivé dans une impasse ». C’est ainsi qu’il se mit à l’écriture de « Ravel », une biographie du compositeur,  « Courir » une biographie du coureur Emile Zatopek, et de « Des éclairs » inspiré de la vie de l’ingénieur Nikola Tesla. Sa passion pour la fiction reprit ensuite de plus belle, notamment avec l’écriture de « 14 » dans lequel il traite de la violence de la première guerre mondiale de manière très légère et minimale * créant un contraste avec la monstruosité des faits, idée qui lui est venue  à la lecture du journal d’un soldat écrit sur un ton très trivial.

Pour finir, bien qu’intéressante pour mieux cerner l’auteur et ses motivations, l’interview s’est regrettablement terminée sans laisser de temps aux questions que le public, composé pourtant de connaisseurs, aurait probablement eu envie de lui poser.

Faustine Luneau

* L’auteur préfère cet adjectif à minimaliste