Rencontre Macri-Macron la cerise sur le gâteau

A l’occasion d’assumer l’Argentine la présidence temporaire du G20, le président Mauricio Macri a effectué une tournée de promotion du pays en Russie, à Davos en Suisse, pour la finir à Paris ce vendredi 26 janvier où les deux présidents de France et d’Argentine se sont rencontrés.

A Davos, Mauricio Macri a pu mener son opération séduction de recherche d’investisseurs auprès des grandes puissances économiques, gouvernementales et privées : « Nous avons réorganisé notre économie. Aujourd’hui nous sommes sur la bonne voie », n’a-t-il pas cessé de marteler.

Dans le même esprit Macri vient rechercher aussi en France des investissements étrangers dans les secteurs d’infrastructures, d’énergies renouvelables et de technologie innovantes liées au numérique afin de rendre plus performantes les industries argentines. Son séjour à Paris a démarré par un déjeuner avec des entrepreneurs du MEDEF au siège du groupe Rothschild, entouré de Gouverneurs de province et ministres ad hoc de son cabinet. A ce déjeuner ont participé entre autres, Sven Boinet, vice-président du Grupo Accor, Henri Poupart-Lafarge, président de ALSTOM, Jacques Breton, vice-président de Arianspace, Antoine Gosset-Grainville, du cabinet d’avocats BDGS. Alexandre Bompard, président de Carrefour, Michaël Fribourg, président de Chargeurs, Laurent Dassault, directeur de Dassault, Jean Paul Agon, preésident de L’Oréal, Xavier Durand, président de Natixis, David de Rothschild, président du Groupe Rothschild. Serge Weinberg, président de Sanofi, Jean-Louis Chaussade, président de Suez.

Puis le president Macri a visité les installations de « Station F », boulevard Auriol, le plus grand hub de startups français.

Un carnet délicat de questions à discuter

Mais cette dernière escale était la plus épineuse. Les motifs de tension entre les deux pays ont été, dernièrement, nombreux. Ils ont été débattus lors de la rencontre des deux présidents à l’Elysée en fin d’après-midi. Deux présidents bien similaires sous nombres d’aspects de caractère et d’idées comme le sont leurs respectifs objectifs de gouvernance.

Au premier rang des discussions, la question de l’accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Mercosur. L’Argentine, qui veut se présenter comme l’interlocuteur privilégié du groupe, espérait pouvoir le conclure en décembre dernier lors de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Buenos Aires. Mais les pourparlers grincent sur la question, notamment, du secteur agricole européen que Macron veut à tout prix préserver en se positionnant comme référant de l’UE. Le processus de négociations reprend la semaine prochaine en espérant de pouvoir conclure enfin cet accord qui a plus de vingt ans de négociations stériles !

Macron ne manquera certainement pas d’insister pour que l’Argentine règle enfin les 380 millions de dollars que le CIRDI (Centre International pour le règlement des Différents Relatifs aux Investissements) de la Banque Mondiale a condamné à verser à l’entreprise française Engie  (Suez) suite à l’étatisation de la ex Aguas Argentinas qui assurait la distribution de l’eau à Buenos Aires. L’Argentine a dans la manche un plan de remboursement échelonné. Cette affaire freine les compagnies françaises d’assurance-crédit pour le commerce extérieur à soutenir les entreprises dans leurs projets de choisir l’Argentine comme objectif de leurs investissements ou exportations.

Il y a aussi l’affaire de la vente de quatre patrouilleurs français de Naval Groupe, un contrat de 360 millions d’euros avorté soudainement en 2017 après que la France se soit manifestée contre la réouverture du marché européen au biodiesel argentin.

Par ailleurs, l’Argentine a besoin de l’appui de la France pour sa candidature d’adhésion à l’OCDE. Appui qui certainement lui sera donné.

Il ne pouvait manquer que quelques manifestants contre le président Macri se groupent ce samedi Place du Châtelet pendant que le président se réunissait avec la maire de Paris, Ana Hidalgo à l’Hôtel de Ville.

Après la réunion des deux présidents à l’Elysée, Emmanuel Macron, Mauricio Macri et leurs épouses Brigitte et Juliana Awada dîné au restaurant Guy Savoy – Monnaie de Paris. La première dame argentine a accompagné son mari dans tout ce périple.

Les échanges culturels franco-argentins, eux, sont au beau fixe comme toujours. Pendant la rencontre des deux présidents, se tient la troisième rencontre La Nuit des Idées à Ostende et à Mar del Plata du 24 au 27 janvier. Organisée par l’Institut Français de Buenos Aires et le ministère des Affaires étrangères. Sous le thème « l’imagination au pouvoir», re-prendre la parole, une formule dont les manifestants couvraient les murs de Paris en 1968. Cinquante ans plus tard, quelles formes prend l’aspiration à l’utopie ? Quel sens trouve cet appel à être créatifs, de la technologie ‘a l’économie, de la science à l’urbanisme ? Les œuvres de l’imagination nous aident-elles à mieux comprendre le monde d’aujourd’hui ? Un mai 68 sans mouvement ouvrier, sans révolution idéologique, un ersatz imaginaire et poétique déconnecté de la réalité et de l’actualité politique. Cette rencontre se tient en parallèle dans 100 villes e 70 pays sur 5 continents.

Suzanne Thiais

*Crédit photos : Prensa presidencia