Olivier Norek en visite à Buenos Aires et à La Plata

Si on vous demande quel est en France le nouvel auteur de polar français qui, à l’heure actuelle, est en train de percer, ne doutez pas une seconde et citez Olivier Norek.

D’ailleurs, le  dernier ouvrage de sa trilogie « Surtensions » aux éditions Michel Lafon, a été traduit en espagnol sous le titre « Efecto domino » aux éditions Grijalbo. Preuve, s’il en était, d’une certaine reconnaissance littéraire.

Justement, l’auteur de  «Code 93 », était récemment de passage à Buenos Aires et a participé à plusieurs réunions, conférences, dont l’une à la « Biblioteca Nacional » avec Liliana Escliar, auteure elle-même et l’autre à la librairie las « 1001 hojas ».  où Trait-d’Union a pu l’interroger. Lors de ces échanges, Olivier Norek a défini ce qui, en quelque sorte, l’avait poussé à prendre la plume.

Avant d’être auteur de polar, Olivier Norek fut « flic » en Seine-Saint-Denis, le « 93 » qui est, à n’en pas douter, le département le plus « célèbre » de France pour sa dangerosité : lorsqu’on parle de délinquance, de violence, de trafics en tous genres, c’est là que cela se passe. C’est en tout cas la banlieue où il a puisé son œuvre. C’est là aussi qu’il a appris à mesurer la misère humaine, et, pour pratiquer au mieux son rôle de policier, à prendre de la distance, à ne plus être dominé par les sentiments et l’empathie susceptibles d’apparaitre tout naturellement devant les fréquentes situations de détresse auxquelles il était confronté. « C’est pas tes proches, c’est pas ta peine » avait-il appris à se dire ; condition sine qua non pour ne pas tomber dans le malheur des autres. Ou encore, une façon de se protéger et pouvoir continuer à faire le mieux possible son métier.

En effet, selon Norek, nous possédons en nous tous les ingrédients pour devenir « monstre » ou « héros », voire même les deux. Pourtant, Olivier Norek ne privilégie pas cette voie-là. Il s’attache plutôt à décrire des faits divers réels, usant de son expérience personnelle, ce qui lui permet d’être, selon ses mots, « proche » du lecteur. Son personnage récurrent, le capitaine Coste est peint sous un jour où l’humain et les sentiments sont très présents. Pour lui « il y a ce que le code pénal te dit de faire et il y a ce qui est juste de faire ».

Dans son roman Surtensions, la prison : case obligatoire pour tout délinquant ou criminel, censée favoriser la réinsertion est un autre champ d’études. Il ne nous cache pas la réalité : 70% des personnes incarcérées retomberont tôt ou tard dans la délinquance. Le constat est sans appel : la prison, dans son fonctionnement actuel, est un échec, le lieu où règne l’absence totale d’humanité.

Dans son dernier livre « Entre deux mondes » Il porte un regard sans concession sur la tragédie actuelle des migrants, phénomènes présents aux quatre coins de la planète, et pour lesquels il n’existe, à l’heure actuelle pas de solutions, malgré l’ampleur du problème.

Olivier Norek avoue se sentir plus conteur qu’auteur. Il puise son inspiration dans les faits qu’il a vécu, utilisant les grands thèmes actuels qui secouent notre monde, changement climatique, mouvements migratoires, pour ne prendre que ceux-là, et les placer dans un contexte socio-politique complexe où les bonnes intentions sont souvent obérées par des contingences triviales où se mêlent pouvoir, cynisme, intrigues et allégeances lesquels, finalement, finiront par avoir le dernier mot.

En bref, le « polar » est un genre littéraire qui puise dans la réalité tous ses éléments et peint notre société telle qu’elle est. Olivier Norek nous le montre avec talent et une pointe d’humour ; il nous force aussi  à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure.

Elisabeth Devriendt  et Jérôme Guillot

Crédit photos Jor Vid

(Gentillesse de la librairie « Las 1001 hojas »)