Emmanuel Macron à la rencontre de la communauté française à la Usina del Arte

Entre 800 et 1000 personnes piétinaient, jeudi 29 novembre, dans l’enceinte dépouillée de la Usina del Arte, centre culturel, icône architecturale *, dans le fameux quartier de la Boca.

Le manque de sièges, les quelques verres d’eau distribués (il était impossible d’arriver à la source sans perdre irrémédiablement sa place aux premières loges…) n’arrivaient pas à refroidir la bonhommie de la foule. Pas de gilets jaunes, une atmosphère assez jeune où se mêlaient harmonieusement le français et le “castellano”: tel était le décor de cette soirée. Des Français ? Sans doute, mais certains bien installés en Argentine, ou alors les enfants de ces Français venus il y a quelques générations pour le travail où comme l’a suggéré Macron par “Amour”, mais aussi bien sûr les jeunes générations récemment arrivées explorer et développer leur futur dans ce pays jeune et bouillonnant. Le président était attendu avec beaucoup d’enthousiasme, et soudain dans un mouvement de foule il est arrivé avec quelques ministres et les représentants du corps diplomatique.

Jeune, beau et décontracté, il salue ses concitoyens avec un sens de l’humour bien accueilli : San Martin? Il est chez nous à Boulogne sur Mer, et Gardel ? Eh bien, il a inventé le tango en arrivant en Argentine!! Après cette boutade, Emmanuel Macron entame son discours émaillé des grands thèmes qu’il compte soutenir au cours des deux jours à venir.

Jean-Yves Le Drian, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères

…L’Argentine et la France sont deux pays amis qui partagent le même imaginaire, une culture et une histoire très proches. Les quelques 20.000 Français installés en Argentine, qu’ils soient étudiants, enseignants, ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs ou investisseurs soudent ce lien entre les deux pays. La France a toujours soutenu l’Argentine. Elle s’est battue pour que le FMI aide Mauricio Macri à implémenter un programme de réformes ambitieux et nécessaire, elle appuie également l’entrée de l’Argentine dans l’OCDE. Macron et Macri souhaitent des liens bilatéraux en matière de commerce, de transport, d’énergie durable, d’agriculture et d’agro-alimentaire, de tourisme, de numérique, etc… Ces liens existent déjà mais des étapes de consolidation viennent d’être signées avec les ministres accompagnant le président, dans les domaines de la défense, du transport, de l’espace et de l’éducation. Début 2019, un forum économique est prévu pour aller plus loin dans l’aide des start-up et des moyennes entreprises installées en Argentine, et le président Macri est invité en France pour discuter d’une collaboration plus étroite en matière de tourisme, transport, énergies renouvelables et numérique. L’éducation est primordiale pour l’évolution d’un pays et son rayonnement au-delà des frontières. La France accueille 300.000 étudiants étrangers, et même si l’éducation est maintenant payante, le prix est fort modeste en comparaison des tarifs proposés par d’autres pays. En compensation un système de bourses ambitieux est mis au point et des accords avec de grandes compagnies françaises et européennes sont étudiés afin de suivre les étudiants dans leur progression. Macron souhaite remercier le gouvernement argentin pour les efforts faits afin de retrouver Mathieu Martin, jeune homme français disparu à Salta. Il souhaite offrir solidarité et amitié à sa famille. Enfin, il rappelle que les Français ne sont pas seuls en Argentine, la France ne les oublie pas, et les services d’état, les élus consulaires, la chambre de commerce sont là pour les aider dans leurs engagements et leur vie quotidienne. Il souhaite saluer les 54 Alliances Françaises, les centres culturels, et bien sûr félicite le Lycée Jean Mermoz et le collège Franco-Argentin de Martinez qui sont les outils de rayonnement de la culture française.

Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’éducation nationale

Le G20 est bien différent aujourd’hui de celui de 2008. Les tensions, les difficultés se font chaque jour plus fortes. La mondialisation n’apporte pas le bonheur escompté, et l’histoire tragique reprend ses droits. La France et ses alliés souhaitent présenter un agenda progressiste multilatéral face aux tendances isolationnistes, protectionnistes, belliqueuses, et aux désirs de certains pays de fermer leurs frontières et leur refus de s’ouvrir au monde. Or, c’est grâce à cette ouverture que la pauvreté dans le monde a été réduite massivement. La mondialisation devrait pacifier le monde, apporter les progrès dans tous les pays et permettre de faire face aux grands défis actuels qu’ils soient climatiques, énergétiques, numériques où développement risqué mais passionnant de l’intelligence artificielle. Il faut maintenir le dynamisme des accords de Paris et s’adapter au changement du monde en créant de nouveaux emplois pour y faire face. Il faut lutter pour l’égalité entre les hommes et les femmes, aider les gouvernements à reconnaître le droit des femmes. Il faut aussi lutter contre les inégalités contemporaines grâce à l’éducation. Ce programme, très ambitieux n’est pas réalisable en deux jours, mais il faut aborder tous ces problèmes et travailler d’arrache-pied afin de créer le nouvel humanisme du 21ème siècle…

Le discours d’Emmanuel Macron aurait pu s’arrêter là, il est noble et inclusif.

Toutefois, les graves évènements survenus ces derniers jours en France illustrent de façon dramatique le fossé existant entre les politiques tracées par les dirigeants et les nécessités quotidiennes de l’homme de la rue.

Bianca McMaster

* Projeté par l’architecte Juan Chiogna et construit en 1916, l’édifice abritait la super-usine de la compagnie « Italo-Argentina » d’électricité. Reconverti en centre culturel dans les années 2010, il abrite, entre autres, une salle symphonique de 1200 sièges.