« La neutralidad imposible »

Historias Argentinas de la Primera Guerra Mundial

Dans ce livre d’actualité (on vient de célébrer les 100 ans de la fin de la grande guerre), Grégoire Champenois nous fait revivre l’expérience émouvante de certains émigrés mais aussi de beaucoup d’Argentins de naissance qui ont voulu défendre un idéal de civilisation contre une guerre barbare.

Grégoire Champenois est passionné d’histoire contemporaine et détient un Master en archivistique en France. Après s’être installé à Buenos Aires, il réalise un Master en gestion de patrimoine culturel à l’Université de Buenos Aires. On lui propose alors de créer un document internet à l’occasion du centenaire de l’armistice de la guerre 14/18. Il se lance avec passion dans cette recherche. Avec tellement d’informations il réalise qu’un livre est certainement mieux adapté pour relater les actions courageuses, souvent héroïques de ces âmes fortes trop méconnues qui ont sauvegardé la démocratie, la dignité de notre monde. L’historien argentin Agustin Algaze participe à la réalisation de cette oeuvre.

L’Argentine se déclare neutre durant le conflit qui déchire l’Europe puis le monde de 1914 à 1918.

Le gouvernement ne réalise pas que la forte population d’émigrés ne l’entend pas ainsi. 45.000 personnes partent en Europe (ceux appelés par leur gouvernement mais aussi des volontaires)! On voit une forte mobilisation, une forte cohésion des Britanniques. Les Français, les Italiens ne restent pas en retrait. La communauté Européenne se mobilise. De nombreuses manifestations sont organisées pour forcer le gouvernement à sortir de sa neutralité et entrer en guerre, du côté des alliés bien sûr. Soutenus par les ambassades, les consulats, Ils organisent des piques niques, des concerts, des conférences, des documentaires, et ainsi lèvent des fonds pour soutenir l’effort de guerre et envoyer du matériel et des armes aux combattants alliés.

Jusqu’en 1917 l’affrontement en Argentine est pacifique. Il se signale essentiellement par journaux interposés. Mais en 1917 les Allemands très peu nombreux jusqu’alors à se manifester, décident de participer au côté de leur pays, et l’on assiste aux coulages et torpillages de plusieurs bateaux argentins essayant de rejoindre les alliés.

Grégoire Champenois dresse les portraits de soldats rejoignant les forces alliées, leurs visions du point de vue argentin, leurs désirs patriotiques de défendre le pays qu’ils ont quitté, leur choix de risquer leur vie pour un idéal démocratique, la violence, la bestialité d’une guerre inhumaine. Il nous parle de héros oubliés comme certains pilotes extraordinaires de courage et de témérité tel Vicente Almandos Almonacid, extraordinaire ingénieur, diplomate et pilote de la force aérienne française.

Que nous reste-t-il de cette période douloureuse mais exaltante?

À partir de 1920/1930, plusieurs monuments vont être construits pour rendre hommages aux morts tombés en défendant une Europe libre et démocratique. Plusieurs plaques commémoratives, plusieurs monuments sur les places publiques, monuments dans l’ancien Hôpital Français, dans la cathédrale Anglicane San Andrés, le Musée des armes (Plaza San Martin) nous rappellent ces vies d’hommes fauchées pour défendre notre présent. À signaler également que plusieurs tangos font référence à cette participation Argentine en Europe, et sur la coupole de l’Aténéo (grande librairie où ont eu lieu plusieurs représentations pour lever des fonds) est peinte une allégorie en hommage à la paix dans le monde.

En conclusion, cet excellent livre nous rappelle que malgré la neutralité des nations, il existe des hommes prêts à perdre leur vie pour défendre un idéal et offrir aux générations suivantes un monde de paix.  Même si dans l’agitation de nos vie quotidiennes nous oublions ces héros discrets, grâce aux archives familiales, dans les églises, les peintures, les chants, en un mot notre patrimoine culturel ils continuent d’exister.

Bianca McMaster

« La neutralidad imposible », Historias Argentinas de la Primera Guerra Mundial », 132 pages. Editions Olmo.