Et pendant ce temps le confinement…

Mónica Freyre, libraire nous livre son ressenti en ces temps de confinement.

Mónica a étudié l’art à Buenos Aires (Conservatoire National des arts dramatiques) et à Paris (École du Louvre). Elle est représentante commerciale de Bayard-Milan presse et gérante commerciale de la librairie franco-argentine « las Mil y Una Hojas », parrainée par Daniel Pennac, librairie distinguée avec le label « librairie francophone de référence » décerné par le Centre National du livre dépendant du ministère de la culture française. C’est en tant que telle que TV5 monde l’a interviewée dans son avant-dernière émission « La francophonie chez toi » sur le thème : « Elles résistent ! Les librairies francophones face à la crise ».

Son activité professionnelle vise essentiellement à renforcer les liens culturels entre la France et l’Argentine et son activité académique est une réflexion et un travail de sensibilisation autour du patrimoine culturel latino-américain.

Elle est mariée, mère de trois enfants qui loin de Buenos Aires aujourd’hui, sont néanmoins depuis toujours concernés par les projets de la famille et ont mis en avant la nécessité de continuer à « exister » sous un nouveau format « virtuel ».

Pouvez-vous nous dire comment vous vivez le confinement ?

Comme vous le savez, le mois de mars est ici synonyme de rentrée des classes et de réception de nouveaux ouvrages, cette année, peu de ventes en raison de la fermeture de la librairie. C’est la raison pour laquelle la librairie se devait de continuer à jouer son rôle d’éclaireur, de « passeurs de textes », alors que nous vivions une période anxiogène d’enfermement. Il fallait donc faire face à un avenir incertain mais aussi à une réalité économique et sociale concrète, en un mot résister sans perdre de vue notre âme : « Continuer à diffuser la littérature et la culture ! ». Pour rester vivants, il fallait que nos lecteurs sachent que la librairie était « ouverte ». Certes, en ces temps de confinement, la lecture est primordiale donc il nous a fallu réagir et pour « faire vivre le livre », changer notre façon de travailler, un challenge de taille ! Même confinés, l’essentiel était de garder le contact avec le public, lui donner envie de lire, de s’évader, de rêver, d’imaginer, bref interagir ensemble de manière vivante sur l’espace virtuel. La contrainte est souvent source de créativité ! De là sont nés nos projets et nos messages à nos lecteurs.

Nous avons mis toute notre énergie « familiale » pour mettre au point le site web de la librairie et développer la communication avec les clients à travers les réseaux sociaux Instagram, Facebook, des newsletters et le site on-line. Avec enthousiasme, nous nous sommes lancés dans cette nouvelle aventure ; en effet le livre, un livre, n’est-ce pas à chaque fois une aventure ? De là sont nés nos projets et nos messages à nos lecteurs. Bien vite, nos initiatives ont eu un retentissement inattendu et gratifiant. C’était une évidence, il fallait continuer dans cette voie. Quelques projets mis en ligne :
– Motiver nos lecteurs à lire et à relire les livres de leurs bibliothèques.
– Donner des idées de nouvelles lectures…

Sur le site, nous avons rappelé que toutes les rencontres organisées avec les écrivains français de passage en Argentine étaient accessibles. En outre, nous avons, par exemple, associé pour des concours littéraires l´éditeur Riverside. Ce dernier a participé au prix, c’était une activité créative autour de la phrase : « Du plus loin que je me souvienne… », elle a été lancée pour nos lecteurs et a réuni une centaine de personnes.

Par ailleurs, nous, libraires, sommes habitués à manipuler les livres, animer les vitrines, conseiller nos lecteurs, accueillir des auteurs et faire des projets en présentiel. Notre défi suivant a été de faire parvenir les livres commandés on-line. Avec l’aide de deux libraires, un protocole a été établi pour l’envoi des ouvrages. Munis de gants et de masques, nous avons emballé et expédié les livres, par la poste, par motos… J’avoue que l’opération s’est révélée chronophage mais la confiance de nos lecteurs quant au maniement des livres nous a soutenus.

Quels sont vos projets une fois la crise passée ?

J’ai vécu le confinement comme un tourbillon. Je souhaite d’une part revenir à l’essence du métier de libraire : lire pour conseiller mes lecteurs ; m’informer, continuer à découvrir les nouvelles tendances. Ensuite me perfectionner, sans toutefois devenir « designer » afin de répondre aux attentes de nos lecteurs. Des projets : développer la communication, être toujours dynamique car le travail a changé, il faut être sur tous les fronts !

À n’en pas douter, cette période que nous vivons est hors du commun. Beaucoup considèrent que le monde d’ « avant » ne pourra plus être le même lorsque cette crise sera passée. Qu’espérez-vous de ce monde de l’ « après » ?

Notre dynamisme au sein de la librairie nous a encouragé vers une sortie de crise. Néanmoins, on s´interroge : reviendrons-nous assez vite à la normalité ?   On note un changement de stratégie de la part du gouvernement, on va doucement vers un dé-confinement focalisé et sélectif.  Mais plusieurs craintes s’installent, d´abord une sensation que le monde ne sera plus le même. Et puis, même supposant un autre monde, plus de questions que de certitudes : allons-nous retrouver le quotidien connu au sein de notre fonction ? Allons-nous basculer vers le virtuel sans retour ? Quels seront les enjeux économiques à venir ? Le métier en tant que tel a évolué, il a pris un virage vers le technologique indéniablement.

Cependant venir dans la librairie, c’est une bouffée d’air et, en effet, les lecteurs reprennent peu à peu le chemin de la librairie et le temps de flâner sans autre but que de se faire plaisir. Les amoureux du livre reviennent. Je pense aussi que les longues heures passées devant les écrans engendrent une certaine lassitude alors que le plaisir de tenir un livre dans les mains, le bonheur de tourner les pages, de sentir le papier sous nos doigts sont là. Je crois fermement que le livre va continuer à vivre. Je suis optimiste.

L’objet-livre ne va pas disparaître, ce qui va peut-être changer, c’est le moyen d’acquérir un livre, davantage de commandes on-line, à mon avis. Être prêts à répondre à cette demande : voici un nouveau défi pour les libraires.

Propos recueillis par Elisabeth Devriendt

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