Et pendant ce temps le confinement…

Le Trait-d’Union vous propose une nouvelle série de courts entretiens auprès de Français vivant en Argentine et confrontés au confinement. Agathe Ciprès (Buenos Aires)

Une façon de comprendre que, malgré la période difficile que nous traversons, où tout semble arrêté, la vie continue, et que, au-delà de l’adaptation à ces contraintes temporaires, les projets, pour mieux aborder l’ « après », sont déjà en route. Une façon aussi d’apprécier la variété et la richesse de notre communauté.

Agathe Ciprès (Buenos Aires)

Musicienne originaire du Havre, Agathe Cipres est installée à Buenos Aires depuis 2010. Multi-instrumentiste, elle s’est formée aux conservatoires du Havre, de Toulouse, puis de Buenos Aires en passant par l’étude de la trompette classique, du Tango du folklore et du piano. Elle est également autrice de chansons « franco-argentines » et accompagne souvent d’autres artistes à la trompette et à la voix. Elle fait partie de OUTRA, un label de femmes musiciennes et productrices musicales qui a pour but de promouvoir des artistes indépendantes et de visibiliser la place des femmes dans le monde de la musique.

Pouvez-vous nous dire comment vous vivez votre confinement ?

Il y a eu plusieurs périodes. Au niveau du travail, cela n’a rien changé parce que je donne des cours de français par internet depuis déjà six ans. J’ai eu tout de même plus de travail que d’habitude, surtout les premiers mois parce que j’ai beaucoup d’élèves européens qui étaient confinés. Eux aussi ils en ont profité.

Par rapport à la musique, c’est un peu passé par de grands moments de « rien », de rien du tout, de ne pas pouvoir m’exprimer. Je pense que c’est arrivé à beaucoup d’artistes. On ne savait pas trop quoi dire. Et puis aussi, quand on est enfermé chez soi toute la journée, on peut être parfois en panne d’idées Les choses qui nous inspirent d’habitude, sortir, parler avec des gens, voir des choses dans la rue, d’un coup cela n’y est pas donc il faut trouver d’autres choses. Et puis il y a le stress, l’angoisse de la situation : c’était un peu bloquant. Après quelques mois, ça s’est amélioré. Il y a eu des grands moments d’inspiration où j’ai fait plein de morceaux instrumentaux. Je les ai enregistrés. Il n’y a pas longtemps, j’ai composé une chanson qui est sortie en vidéo clip en « stop motion *». Il y a comme des bouffées d’inspiration. Ça retombe, ça repart, c’est un peu comme ça : c’est un peu la montagne russe.

J’ai commencé à étudier le portugais ; une chose que je voulais faire depuis très longtemps.

Nous finirons bien, un jour où l’autre, par sortir de chez nous. Quels sont vos projets une fois que la crise actuelle passée ?

C’est une question difficile parce que la crise actuelle, est-ce qu’elle va vraiment passer ? C’est l’énigme. Les premiers mois de confinement, on se disait dans trois mois c’est fini. Et puis on y est toujours. On n’en voit pas le bout. Donc c’est un peu compliqué.

En ce moment, je produis un nouvel EP en collaboration avec une productrice argentine, Candela Cibrian. Nous sommes en train de terminer les maquettes et l’idée serait de sortir le premier single en novembre puis présenter l’EP complet en mars 2021. Il sera accompagné d’un spectacle qui tourne autour de l’univers assez particulier de cet EP qui est très différent du disque précédent. J’espère pouvoir commencer les répétitions cette année avec les musiciens et les musiciennes, travailler un scénario et une chorégraphie pour le spectacle. Pour l’instant, ce sont des idées, on verra si ce sera possible et de quelle manière !

A n’en pas douter, cette période que nous vivons est hors du commun.  Beaucoup considèrent que le monde d’ « avant » ne pourra plus être le même lorsque cette crise sera passée. Qu’espérez-vous de ce monde de l’ « après » ?

(Rires) C’est difficile !

J’ai eu la sensation, au début du confinement, surtout les premiers mois, que cela avait pas mal rapproché les gens. Le fait de se retrouver tous dans une situation commune. J’ai senti qu’il y avait plus d’empathie, d’entraide, notamment entre les voisins, entre les commerçants, ceux qui aident les personnes âgées à faire leurs courses, ce genre de petits gestes qui dans les grandes villes ont tendance à disparaître. Cela reste une sensation personnelle. J’espère que cela va continuer, que l’on va se rendre compte qu’on a besoin les uns des autres, qu’être tellement individualiste, ce n’est pas forcément une super solution.

Par rapport à la musique, j’espère que les gens sont en manque de sorties, d’activités culturelles, du partage de ce genre de moments. Je pense que ce qui a sauvé aussi beaucoup de monde, mentalement, pendant le confinement, c’est l’accès à tous ces produits culturels en ligne, les films, les concerts, les livres, etc. Ce sont vraiment des moyens d’évasion qui sont hyper importants et j’espère que les gens vont chérir un peu plus toute cette culture qui est proposée.

*Pour les incultes, comme par exemple la personne qui ici a recueilli les propos d’Agathe, on pourrait traduire ce terme par « animation en volume » ou encore l’art de donner l’illusion que des objets immobiles sont en mouvement.  De nombreux films d’animation ont utilisé ce genre de procédé.

Propos recueillis par Jérôme Guillot

Le site instagram de OUTRA : https://www.instagram.com/somosoutra/

Le site instagram d’Agathe : https://www.instagram.com/chicapompeta/

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