« Repentance », subtil conte moral ou bon polar

Repentance, premier roman d’Eloísa Díaz, a été salué par l’ensemble des critiques comme un « subtil conte moral », et même un « bon polar ».

L’auteure, née à Madrid, a étudié le droit à Paris, Panthéon-Sorbonne puis elle a suivi un master de “Creative Writing” à l’université Columbia de New York. L’action,  située en Argentine, est centrée sur deux journées dont l’alternance des événements renforce l’effet de miroir, dans un pays qui cultive « la culture du secret ».

1981 : samedi 5 décembre 1981 et mercredi 19 décembre 2001 ; deux journées à 20 ans de distance, deux moments clés vécus par le personnage principal, le jeune inspecteur de police Joaquin Alzada devenu un simple commissaire des affaires de cambriolage à cause de son absence de prise de position face aux événements violents que traverse l’Argentine. Le protagoniste se retrouve brutalement confronté à la réalité de l’histoire locale lorsque son frère Jorge devient un « disparu ». Suite à la visite des grupos de tareas, il  se voit forcé d’agir, son seul recours le loup déguisé en agneau, le commissaire Vukié. Pas de pathos mais des faits qui s’enchaînent, une description poignante par l’objectivité.

L’horreur de ces temps de violence reste d’autant plus présente dans la mémoire d’Alzada car c’est lui qui sauve et éduque son neveu, un bébé sauvé parce qu’il était caché sous le lit familial. Ce garçon orphelin, boudeur, mutique traumatisé grandit et ne cesse de reprocher à son oncle son manque d’implication.
2001, là aussi dans un contexte historique de nouveau tourmenté, la découverte du cadavre mèconnaissable d’une jeune femme retrouvé dans une benne à ordures et la disparition d’une autre jeune femme de la société aisée porteña, amie d’un membre important du pouvoir, place Alzada, convaincu qu’il s’agit de la mëme personne, devant le dilemme : Agir ou laisser faire ? Laisser les puissants gagner ou les affronter 

C’est l’époque des cacerolazos, les ménagères brandissent des casseroles qu’elles ne peuvent remplir pour nourrir leurs enfants, qui dégénèrent en violentes émeutes. Cette fois Alzaga s’engage et accompagne son neveu dans une manifestation. Il est une fois encore déchiré entre l’action ou l’absence d’action. Mais peut-on ne pas s’engager quand la neutralité est devenue un poison ? 

Un roman noir, implacable et poignant qui se dévore et dont la fin, abrupte et sans équivoque, interpelle le lecteur de 2021.

Repentance d’Eloísa Díaz est publié aux éditions du masque. Ce livre a été traduit de l’anglais par Julie Sisony. 268 pages.

Elisabeth Devriendt

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