Le MACA

Une nef aux dimensions étonnantes ancrée au milieu de la campagne uruguayenne. Impossible de passer outre, sans le voir !

Sur la route 104, à Manantiales, Punta del Este, Uruguay, une route qui ondule entre champs et collines, se dresse à la hauteur du km 4,5, la grande structure du MACA, le Musée d’Art Contemporain Atchugarry, inauguré, le 8 janvier dernier.

L’endroit était connu : sur 40 hectares, la famille Atchugarry, a , au cours des ans,  bâti, la maison, l’atelier de l’artiste sculpteur Pablo Atchugarry, puis le bâtiment qui abrite depuis 2007 la Fondation Atchugarry où est exposée une partie de la collection particulière d’art contemporain de l’artiste et le Parc des Sculptures, un emplacement naturel préservé auquel on accède par un sentier qui serpente au milieu de bosquets, jusqu’au lac ( un “tajamar” disent les uruguayens), et qui  permet de découvrir la collection de grandes œuvres, plus de 40 sculptures d’artistes de renommée internationale. Un auditorium a été construit, en plein air également et, maintenant… le MACA !

Le musée se dresse comme une énorme nef, (certains y voient le profil d’une baleine) avec une proue en aluminium, sur laquelle se dresse une structure aux grandes baies vitrées. Le plafond, légèrement courbe, est soutenu par des arcs monumentaux en bois, cette belle réalisation porte la signature d’un autre uruguayen de renom, l’architecte Carlos Ott.

5000m2 abritent aujourd’hui quatre salles d’expositions, une bibliothèque, une cafétéria, il y aura une salle d’usage multiple/cinéma pour 42 spectateurs, un restaurant, une boutique.

Nombreux sont ceux qui travaillent pour que ce navire vogue : l’architecte Leonardo Noguez, directeur artistique et créateur de la chapelle qui abrite une “pietá”,  sculpture de Pablo Atchugarry (un hommage de l’artiste à son Michel Ange adoré), Fiona White directrice exécutive, Victoria Schirinian chargée de presse, plusieurs équipes aussi attelées à différents programmes, un conseil consultatif composé de collectionneurs, puis bien sûr les sponsors, les donateurs : tous gravitent autour et sous l’oeil attentif des Atchugarry, qui gèrent ce projet avec amour. Toute la famille est impliquée, la femme de l’artiste Silvana Neme, ses neveux, responsables de l’entreprise de construction héritée de leur père, Alejandro Atchugarry, frère de Pablo, dont le MACA porte le nom, son fils Piero qui vient récemment d’ouvrir sa propre galerie d’art. Enfin de jeunes étudiants ont été embauchés, pour la saison, on les retrouve enthousiastes, souriants, à la réception, ou comme conseillers dans les salles d’exposition. Tous ensemble ont, à la hâte, organisé le gala de collecte de fonds et ont réussi à ce que l’inauguration puisse avoir lieu à peine trois ans après la pose de la première pierre ; les travaux ne sont pas encore finis et continuent encore de ci de là.

L’actuel président de l’Uruguay Lacalle Pou, les anciens présidents Mujica et Sanguinetti, l’intendant de Maldonado, Antía, étaient présents lors de l’inauguration. Il faut souligner, que l’ensemble a été financé avec des fonds privés… Personne ne connaît le chiffre de l’investissement global, personne n’en parle non plus.

L’entrée au MACA et à toutes les activités est libre et gratuite.

Fiona White a aimablement reçu le Trait-d’Union. Elle est argentine, britannique et uruguayenne, elle se considère « rioplatense” diplômée d’histoire de l’art de la UBA, et possède une vaste  expérience en gestion culturelle dans différents musées et fondations parmi les plus importants d’Argentine. Venue s’installer en Uruguay, elle est tombée amoureuse du projet d’Atchugarry qui, lui de son côté, n’a pas hésité à la joindre à ses équipes.

TdU : Merci de nous accueillir, Fiona White. Le projet est immense, les activités gratuites… pour que ce projet tienne toute l’année, même après le mois d’avril, quand sonne l’heure de la clôture de la saison touristique à Punta del Este, quelles sont les activités projetées ? Comment séduire les sponsors et les parrains ? 

FW : C’est un grand défi, en effet, mais nous avons un puissant atout pour ceux qui veulent s’associer à la naissante Association des Amis du MACA, ou qui veulent faire des dons ou devenir sponsors du musée : tout simplement le fait d’être tombés amoureux du projet lui-même. Tout le monde a été séduit par ce projet, tout le monde y croit. Il n’y a pas dans tout le pays, ou dans la région, un seul projet de cette envergure !

Punta del Este a toujours été une destination touristique internationale, il lui manquait une offre culturelle à longue haleine, bien pensée, moderne.

D’autre part, l’Uruguay jouit d’une stabilité législative et juridique qui permet aux entreprises de bénéficier d’un régime de subventions spéciales assorti à de solides avantages fiscaux.

Il y a aussi, ces dernières années, un grand nombre d’Argentins qui ont choisi de s’installer de façon permanente en Uruguay, ce public est friand d’offre culturelle. Nous avons en projet un programme d’ateliers et de conférences annuel, régulier, pour que, même les Uruguayens qui viennent de Montevideo, sachent qu’au MACA il y a toujours un cours, un atelier ou un événement intéressant à suivre.

Nous avons déjà un site web pour diffuser l’information, et une newsletter envoyée par mail à une longue liste de personnes.

Nous prévoyons d’ouvrir une boutique pour vendre des livres, des catalogues, ou des souvenirs. Les membres associés pourraient jouir de prix réduits, d’événements et de visites guidées personnalisées spécialement pensés et organisés pour eux.
Fiona conclut “ Je pense que le MACA va transformer positivement cette région du point de vue culturel, social et économique.”

TdU : Comment est née l’idée de ce musée ?

FW : À l’origine l’idée fut de Pablo Atchugarry. Il vit depuis plus de 40 ans en Italie à Lecco, en Lombardie, mais il passe régulièrement plusieurs mois ici où son cœur est resté.

Il a été sensible aux commentaires de deux artistes amis, qui soucieux du destin de sa collection privée, se demandaient comment sauvegarder ce patrimoine. C’est alors qu’il a conçu l’idée de faire un musée, pour abriter cet héritage et pour également rendre l’art accessible à tous, pas uniquement à un public averti.  Il veut surtout que les enfants et les jeunes puissent avoir l’expérience d’une rencontre avec différentes manifestations artistiques, un contact direct à des œuvres de niveau international.

La pandémie a joué son rôle aussi, l’entrepreneur Alexander Vick a pu rapprocher Atchugarry et Carlos Ott. Les deux, résidant à l’étranger, étaient restés en Uruguay pour un plus long séjour que d’habitude. Pablo a demandé à Carlos tout simplement : “Carlos, j’ai l’idée de faire un musée, en serais-tu l’architecte ?” et Carlos a tout de suite commencé à dessiner…Le MACA était né.

TdU : L’inauguration comprend deux expositions temporaires inouïes. Comment avez-vous fait ce choix ?

FW : Nous avons dans la salle principale une magnifique et très belle exposition, jamais organisée sous nos latitudes « Christo et Jeanne-Claude en Uruguay » et au sous-sol, où se trouve l’exposition de la collection d’Atchugarry , l’exposition Helliographies de l’artiste argentin León Ferrari.

On n’aurait, en effet, pas pu choisir une exposition plus adaptée à ce projet que ces deux grands artistes Christo et Jeanne-Claude, pionniers du Land Art, à l’esprit artistique proche de celui de Pablo Atchugarry ; eux qui n’ont jamais réalisé de projets artistiques sur demande, mais uniquement ceux qui les inspiraient, et dont ils ont toujours géré, seuls, les budgets millionnaires !

TdU : Nous avons remarqué certains contacts avec la France. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

FW : Nous avons établi de très bonnes relations avec le nouvel ambassadeur de France en Uruguay, Jean-Paul Seytre,  qui s’est montré particulièrement enthousiaste avec le MACA. Il envisage que le prix Paul Cézanne, créé par l’Ambassade de France en Uruguay en 1982, pour encourager les jeunes talents uruguayens, offrant un voyage d’étude à Paris, serait cette année décerné au MACA. Nous avons commencé à esquisser un programme pour organiser ici, une exposition de toutes les œuvres d’art lauréates des années précédentes.

Un autre détail qui a également lié le MACA à la France vient de la construction même du bâtiment. Les grands piliers courbes sont faits avec de gros troncs d’Eucalytus Red Grandis, un arbre caractéristique du paysage uruguayen. Ils ont été envoyés en France, où une entreprise de Montlebon près de la frontière Suisse, spécialisée en charpentes de bois lamellisé, a coupé les tablons et réalisé le collage pour donner une grande durabilité, aux formes dessinées par l’architecte Ott. Les ingénieurs français de cette société sont venus jusqu’ ici pour placer ces poutres.

Enfin lors de l’inauguration du MACA un Festival de cinéma le ARCA -IFF22 (International Film Fest) a eu lieu dans l’auditorium, en plein air : une sélection de films, longs et courts métrages, présentés à la Biennale de l’Image en Mouvement (BIM)..Dans le cadre de ce Festival nous avons offert un prix spécialement créé par Atchugarry :  la sculpture ARCA, dont l‘original en travertin et ses 8 reproductions en bronze poli ont été réalisés en Italie. Le film lauréat fut Paper & Glue avec l’artiste français JR, le remarquable interprète de Visages Villages d’Agnès Varda.

Enfin une dernière “French Connection”, La Nuit des Idées, se déroulera au MACA, c’est la première fois que cet événement international est organisé en Uruguay *.

En quittant Fiona White nous tombons sur Pablo Atchugarry qui aimablement nous invite dans son atelier, toujours ouvert aux visiteurs, où nous pouvons jeter un coup d’œil aux œuvres en cours d’exécution et échanger quelques mots avec ce sculpteur de renommée internationale. Un grand personnage “Rabelaisien” aimable et souriant, un géant qui n’a pas peur de traîner derrière lui de grands vaisseaux, ni de s’embarquer dans de pharaoniques projets, ni d’emmener tous ceux désireux de l’accompagner pour réaliser de grands rêves.

Patricia Pellegrini

Depuis Punta del Este

 

MACA – https://macamuseo.org/ Entrée libre et gratuite.

Horaire d’été, lundi à dimanche de 12h à 20h – Horaire d’hiver, du lundi au dimanche, de 11h à 17h. Groupes : Programmer ses visites du parc et du musée en envoyant ses demandes à secretaria@macamuseo.org

Toutes informations sur eventos@macamuseo.org, Tel: +598 42 77 55 63 • Ruta 104, Km 4,5, Manantiales – Maldonado – Uruguay

* La nuit des idées, en Uruguay, 27 janvier 2022

Programme

18h30 : Ouverture

19h : Table ronde Reconstrucción I.

Avec Pablo Atchugarry, María Noel Vaeza, directrice régionale ONU ONU Mujeres, Pablo Muse, Mario d’Amico (restaurateur de l’orgue de Notre Dame).

20h : Table ronde Reconstrucción II. Avec Gonzalo Moratorio, de l’Institut Pasteur de Montevideo, Mónica Sans, anthropologue et Laia Bee, programmatrice.

21h : Concert d’Ana Karina Rossi “De París a Manantiales” tango, milonga et chansons françaises.

 

Partager sur