Etre ministre et candidat aux législatives, un pari pas toujours gagnant

Pour les membres du gouvernement, les élections législatives peuvent constituer un véritable tournant dans leur parcours politique. Décryptage.

14 mai 2022 (Nouvelobs) : Ils sont dans les starting-blocks. Darmanin, Pompili, Blanquer, Maracineanu, Véran, Moreno… Ce ne sont pas moins de 21 membres du gouvernement qui sont candidats aux élections législatives des 12 et 19 juin. Porter la double casquette de député et de ministre ? « Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire », dispose l’article 23 de la Constitution Un ministre peut donc être élu député, mais il ne peut pas exercer son mandat, laissant cette responsabilité à son suppléant.

Pourquoi la Macronie les envoie-t-elle alors au front ? Les campagnes des ministres et secrétaires d’Etat ne sont pas forcément gagnées d’avance. Ancrage territorial, notoriété et légitimité démocratique : les enjeux sont multiples pour ces candidats pas comme les autres.

Miser sur une tête connue
Le principal atout d’un membre du gouvernement qui brigue un mandat de député, c’est qu’il représente une figure familière. Du moins, plus connu médiatiquement que ses adversaires. « Le parti politique essaye de capitaliser sur une renommée, une figure du parti davantage connu que des parlementaires », explique Clément Desrumaux, maître de conférences en science politique à l’université Lumière-Lyon-II.

La notoriété, c’est un avantage qui peut néanmoins se transformer en inconvénient. Car le candidat va se retrouver à devoir défendre le bilan du gouvernement durant sa campagne. « Il peut faire l’objet d’un vote sanction », précise Thomas Ehrhard, maître de conférences en science politique à l’université Paris-II-Panthéon-Assas.

La popularité des ministres peut aussi dépendre de leur propre action. Dans un sondage Elabe pour « les Echos » paru le 1er mars, 30 % des Français interrogés affirmaient avoir une image positive du ministre de la Santé, Olivier Véran, candidat dans l’Isère. Mais seulement 19 % pensaient la même chose du ministre l’Intérieur, Gérald Darmanin, investi dans le Nord.

Des cadres pour Renaissance

Sur les 29 ministres et 12 secrétaires d’Etat que compte le gouvernement de Jean Castex, 21 vont tenter de décrocher une place à l’Assemblée nationale. Une proportion « non négligeable », selon Thomas Ehrhard, mais qui n’est pas si élevée. En effet, lorsque Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir il y a cinq ans, il n’a emmené que peu d’élus avec lui. Une grande partie des cadres de La République en Marche (LREM) étaient issus de la société civile. Habituellement, les membres du gouvernement qui sont candidats sont déjà des élus qui cherchent à conserver leur siège. Mais, depuis 2017, « ce sont des membres non élus, qui cherchent une légitimité démocratique par le suffrage », affirme l’universitaire.

Outre l’intérêt personnel, il y a également un but pour le parti politique. LREM, devenue Renaissance, est un mouvement politique relativement jeune. Investir des députés permet d’implanter « des cadres de confiance » localement, analyse Clément Desrumaux.

Un défaut d’ancrage territorial

Un membre du gouvernement vit à Paris. Et cela peut vite devenir un élément à charge au moment de l’élection. Le candidat va donc devoir redoubler d’effort pour prouver son ancrage local. D’autant plus que les campagnes sont courtes. « C’est difficile de tenir un rôle de ministre et de faire campagne localement en même temps », note Clément Desrumeaux.

Pour certains, l’implantation locale est plus facile au regard de la carrière politique. Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, candidat dans le Nord, a déjà été conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais (puis des Hauts-de-France), député ou encore maire de Tourcoing. Son homologue à l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, hérite, lui, d’une circonscription dans le Loiret où il n’a jamais été élu. « Un parachutage », dénonce ses détracteurs. Le ministre réplique maladroitement, en vantant les « qualités historiques et géographiques […] qui remontent au Paléolithique » de la région, sur RMC, ce vendredi 13 mai.

L’heure de vérité

Un ministre, ça ne gagne pas à tous les coups. Et cela peut avoir des conséquences sur son avenir politique. En 2017, Edouard Philippe, alors à Matignon, confirmait sur France-Inter l’existence d’une « tradition républicaine » : « Un ministre qui est candidat aux élections législatives et qui ne l’emporte pas, il présente sa démission au Premier ministre, je crois que ça a toujours été comme ça. » Dans les faits, cette règle a commencé à s’appliquer à partir des législatives de 1988 : les députés sortants qui échouaient devaient quitter le gouvernement. En 2007, la pratique s’est étendue à tous les ministres et secrétaires d’Etat candidats, sortants ou non.

« Il n’y a pas de règle officielle, mais si le ministre subit une défaite électorale, c’est un poids politique qui va jouer. Cela peut avoir une incidence sur le ministère qui lui sera offert », commente Clément Desrumeaux. La victoire, au contraire, peut être synonyme de tremplin.

Pour Gérald Darmanin, Jean-Michel Blanquer, Roxana Maracineanu, Olivier Véran, Gabriel Attal, Amélie de Montchalin, Olivia Grégoire, Marc Fesneau, Nadia Hai, Geneviève Darrieussecq, Bérangère Abba, Laurent Pietraszewski, Joël Giraud, Olivier Dussopt, Franck Riester, Elisabeth Borne, Emmanuelle Wargon, Brigitte Klinkert, Clément Beaune, Elisabeth Moreno et Barbara Pompili, ces élections sont à double tranchant.

Par Manon Bernard

 

 

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