UMP : qui n´a pas choisi entre Fillon et Copé ?

20 septembre 2012 (Libération) : Une campagne «auprès des militants, pas des barons»? Si Jean-François Copé s’est targué de jouer la base dans la course à la présidence de l’UMP, ni lui ni François Fillon ne rechignent à rallier à leur cause un des ténors de la droite. Or, au lendemain du dépôt officiel des candidatures, plusieurs personnalités n’ont pas encore exprimé un choix.

«La pression des deux camps va être forte mais là où des fédérations se déchirent, avec un risque pour les municipales de 2014, des députés auront à coeur de rester neutres», prévoit un responsable UMP. Prudence d’élus qui sentent le ton monter entre les deux équipes: «Certains estiment qu’on a deux trains qui foncent l’un contre l’autre et craignent des séquelles comme lors du duel Balladur-Chirac, ils ne veulent pas participer à ça», rapporte le représentant d’une des motions déposées mardi. Ex-candidats ou soutiens d’une candidature de Xavier Bertrand ou d’Alain Juppé, ils se tiennent aussi résolument à l’écart. Restent de nombreux poids lourds qui, à deux longs mois du vote, attendront que le débat entre dans le dur pour se décider. Quelles prises sont encore à accrocher au tableau de chasse de Fillon ou de Copé?
«Ne pas participer à un combat est désagréable»

Du côté des candidats recalés à l’épreuve des parrainages, on faisait mardi voeu de neutralité. A quelques nuances près. Bruno Le Maire «ne se prononcera pas» pour «ne pas empiéter sur la liberté des militants», tandis qu´Henri Guaino, l´ex-plume de Nicolas Sarkozy, dira «le moment venu» qui lui paraît le meilleur «ou le moins mauvais» pour le poste. Déplorant que le débat s’engage «sur des questions de personnes», Nathalie Kosciusko-Morizet refuse «d’alimenter le moulin» mais pose une condition: «Si le duel se recentre sur des questions de fond», elle pourrait «exprimer une préférence personnelle». Un proche de Jean-François Copé fait remarquer que NKM comme Le Maire, dans l’optique de la primaire de 2016, «n’ont pas intérêt à se mettre dans la roue de quelqu’un».

Xavier Bertrand, qui a renoncé à la compétition interne pour viser la primaire, ne révélera qu’en octobre son favori pour le parti: «Je ne me cacherai pas pour voter, je dirai clairement pour qui je voterai.»

Il en est un qui revendique son statut de «non aligné»: Benoist Apparu, qui défendait la candidature «désintéressée» d’Alain Juppé, gardera son vote secret. «Ne pas participer à un combat, donner le sentiment de ne pas choisir est désagréable et les mauvaises langues ne manqueront pas de trouver mon raisonnement faux cul», concède-t-il à Libération.fr. Mais selon le député de la Marne, «on se trompe d’élection en en faisant une pré-primaire pour 2017», d’autant que «la question du leadership ne sera pas réglée» le 18 novembre, alors que les militants n’ont toujours pas fait le deuil de Nicolas Sarkozy.
«Il ne sera pas longtemps parmi les non alignés»

Quant à son mentor Alain Juppé qui s’est proposé, un temps, en recours, il a émis trois conditions pour faire un choix. Lesquelles sont loin d’être remplies: que l’élection soit déconnectée de la primaire, que le futur chef installe les courants, que le maire de Bordeaux se retrouve dans l’un des projets. «Je crois que sa décision de se prononcer ou non n’est pas encore prise», selon Apparu.

Parmi les «sages» de l’UMP, Michèle Alliot-Marie, Bernard Accoyer et Pierre Méhaignerie, proposés par les fillonistes pour assurer l’intérim à l’UMP le temps de l’élection, restent pour l’heure au-dessus du match. Accoyer menace, dans le Parisien du 5 septembre, de rester neutre si «cette élection se cantonne à l’affrontement de seulement deux personnalités» et MAM préfère jouer «l’expression des idées» plutôt que «la compétition de personnes». A ses côtés pour soutenir la motion gaulliste, on retrouve son compagnon Patrick Ollier, pro-Fillon, et Roger Karoutchi qui a fait le choix de Copé. Méhaignerie confiait, lui, au Jdd.fr fin août, qu’il se déterminerait en fonction «des débats de fond et d’un positionnement politique», au centre-droit, pour l’ancien ministre. Idem pour Edouard Balladur, lundi sur France 2: «Je suis en train d’y réfléchir, ce qui déterminera ma réflexion, c’est le contenu des projets.» Mais rendra-t-il son choix public?

A défaut d’un soutien franc et massif, il faudra probablement lire parfois entre les lignes. Si Brice Hortefeux disait fin août, «ne privilégier aucune piste», que laissait entendre sa formule: «Jean-François Copé est un ami et François Fillon n’est pas un ennemi»? «Il ne sera pas longtemps parmi les non alignés, glisse un de ses proches. Il a vocation à exprimer une préférence personnelle même si, en tant que président de l’association des amis de Nicolas Sarkozy, il fait attention.» Difficilement décodable enfin, la présence, lundi soir, de Claude Guéant à une réunion publique de Fillon à Boulogne (Hauts-de-Seine). «Pour s’informer», a prudemment précisé l’ex-ministre de l’Intérieur, qui s’est empressé d’assurer par SMS au camp Copé qu’il pourrait assister à un même déplacement de l’actuel secrétaire général.

LAURE EQUY



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