Ma journée de galère en voiture électrique…(Mais ça marche !)

Parfois rien ne va. Pluie, agriculteurs en colère, échangeur bloqué et recherche de station d’aimentation…

12 octobre 2019 (Nouvelobs) : Un essai automobile, ce n’est pas si facile que cela en a l’air. Et si on allait voir la mer ? Qui n’a pas rêvé un jour de tout plaquer une journée sur un coup de tête, et de tailler la route jusqu’à la plage ? Pour moi, c’était cette semaine, au départ de Paris. Je devais essayer pour l’Obs la nouvelle version de la Nissan Leaf e+, sortie cet été, le véhicule 100% électrique le plus vendu en Europe. D’après Météo France, dans un rayon de 200 kilomètres, seule la Normandie échapperait au mauvais temps. Alors, la conscience professionnelle légère, je choisis de partir pour Deauville.

La voiture est garée Porte d’Auteuil, noyée sous la pluie. Direction l’ouest ! Une fois la recharge de la batterie – plus puissante que celle du modèle précédent – achevée, j’ai en poche une carte d’accès aux bornes de rechargement rapide (DBT-QC-CEV précisément) disponibles sur les parkings de grandes surfaces. Cette journée de travail s’annonce décidément sympa.

Comme toujours pendant un essai, je teste les différents modes et aides à la conduite, quand ce n’est pas dangereux, je « pousse » la voiture et la fais un peu zigzaguer. Le silence du moteur électrique, l’absence de vibrations et la puissance de l’accélération rendent l’exercice plutôt agréable. La Leaf se révèle très confortable, on comprend pourquoi les chauffeurs de taxi la plébiscitent. Et s’il pleut toujours autant, sur l’autoroute A13, ça roule plutôt bien.

En sens inverse, en revanche, les voies sont vides. Un accident ? Des travaux ? Non, des tracteurs d’« agriculteurs en colère » qui bloquent la voie. Ils protestent contre le « green-bashing » et l’encadrement de l’utilisation du glyphosate. Espérons qu’ils n’ont rien contre les voitures électriques… En tout cas, mieux vaut raccourcir mon trajet. J’oublie Deauville et décide de filer à Rouen, au musée des Beaux-Arts. Au moins, dans la ville meurtrie par l’explosion de l’usine Lubrizol, je n’ajouterai pas de pollution à la pollution ambiante…

Il faut également s’occuper de la batterie chargée maintenant seulement à 35%. Une application sur mon smartphone m’indique justement une borne rapide sur le parking d’un Ikea situé avant Rouen. Je quitte alors l’A13 pour rejoindre la D6015. Il pleut comme vache qui pisse. L’expression n’est pas très distinguée, mais aujourd’hui en Normandie, elle vraiment adaptée. D’ailleurs, sur un échangeur, deux voitures sont accidentées, les dépanneuses s’affairent, la circulation est arrêtée. Je fais vite demi-tour.

Il est déjà deux heures de l’après-midi, mon estomac est plus vide que la batterie. En traversant une zone industrielle où s’alignent des restaurants ad-hoc, je pense à une phrase du candidat Jacques Chirac : « Quand on peut manger, on mange.. ». Je choisis le moins sinistre et m’y repais d’un plat du jour garni de frites surgelées.

Maintenant c’est au tour de la voiture. Sur le parking d’Ikea rejoint en un quart d’heure, je la branche sur une prise rapide. Mais la recharger prend tout de même 40 minutes. Trop tard pour aller à Rouen, tant pis pour les tableaux de Géricault. Je sais tout, en revanche, des armoires Ställ.

Une fois les tracteurs disparus, le retour à paris est plus calme. À l’arrivée, il reste encore 17% de charge, et il ne pleut plus. J’ai presque envie de repartir. Presque.

Claire Fleury

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