La FEFA, une fondation sociale au service des plus démunis
|Le Trait d’Union a rencontré Alain Cognard, Président de la FEFA, la Fondation d’Entraide des Français d’Argentine.
C’est dans ses bureaux à Villa Martelli qu’il nous a livré le rôle et le fonctionnement de la fondation et son entière disposition pour aider les personnes de la communauté française qui le nécessitent.
Un homme sympathique et accueillant, Alain Cognard a, à notre demande, accédé à nous dire quelques mots de lui. Son histoire s’écrit depuis de nombreuses années déjà en territoire argentin et dans des domaines divers et variés. Il est arrivé dans les années 1976-77 comme “coopérant” (VIE d’aujourd’hui !) après une formation à l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris, la plus ancienne école de commerce du monde, souligne-t-il. Il a travaillé tour à tour dans des domaines différents : l’industrie électrique, l’aéronautique, la pharmaceutique et aujourd’hui la vétérinaire.
Son parcours professionnel étoffé ne l’a pas empêché de s’engager dans la vie associative. A Buenos Aires, il a été 15 ans vice-président de l’Alliance Française et durant plusieurs années vice-président des conseillers du commerce extérieur. Des fonctions qu’il abandonnera pour s’octroyer plus de temps personnel et maintenant se consacrer à la FEFA.
La FEFA : l’histoire d’une fondation née sur les vestiges du Foyer de personnes âgées de l’Hôpital Français
La FEFA, Fondation d’Entraide des Français d’Argentine, est créée en 2009 pour pallier la faillite de l’Hôpital Français dont dépendait le foyer français pour personnes âgées. Souvent mis au crédit de l’ambassadeur Jean-Pierre Asvazadourian pour l’appui inconditionnel qu’il a à son moment donné au projet, c’est, en fait, son prédécesseur Frédéric Baleine du Laurens qui a poussé à la création de la fondation. Mais les véritables instigateurs ont été et restent des personnes de la communauté locale appuyées par les conseillers des Français de l’époque. Parmi ces personnes Michèle Goupil, a assumé un rôle particulièrement actif dans la création des statuts, appuyée, entre autres, par Gilles Montagnier le consul de l’époque.
“Les statuts désignaient d’office l’ambassadeur et le consul, président et vice-président de la fondation. Le successeur d’Asvazadourian, l’ambassadeur Jean-Michel Casa a rectifié cette situation en arguant que cela posait un problème qu’un diplomate français soit à la tête d’une fondation argentine. Le premier véritable président fut donc Jean Edouard de Rochebouët, à l’époque Président de la CCI”.
Alain Cognard a quant à lui toujours fait partie du conseil d’administration, en tant que vice-président, puis les circonstances l’y contraignant il a ensuite endossé le costume de président. Cela fait maintenant 4 ans. Aujourd’hui il ne reste que trois fondateurs de la FEFA, lui-même, Juan Buchet vice-président, et Michèle Goupil, secrétaire générale.
Le conseil d’administration est composé de 6 personnes et accueille également l’assistante sociale du consulat qui siège à toutes les réunions. A côté, fonctionne une équipe de 8 à 9 volontaires qui se rendent auprès des protégés de la fondation.
“J’ai souhaité rapprocher le conseil d’administration des volontaires qui formaient deux groupes séparés et éloignés. On a mis la majorité du conseil d’administration au travail en lui attribuant des tâches claires et parallèlement 2 volontaires sont entrés au conseil.
Nous pouvons aussi compter en tant que membres du conseil d’administration sur les 4 conseillers des Français. C’était important, je pense, qu’ils y soient car ils représentent de façon démocratique les français d’Argentine et la FEFA est la seule OLES d’Argentine : (Organisme Local d’Entraide et de Solidarité), c’est-à-dire une association humanitaire française pour des Français.”
Aux côtés du conseil d’administration qui se réunit une fois par trimestre, il existe un comité exécutif pour faire fonctionner la fondation en cas d’urgence composé du président, de la secrétaire et du trésorier, Mariano Feldman.
La FEFA, des actions concrètes pour améliorer le quotidien des plus démunis
Deux piliers d’actions fondamentales dessinent la philosophie de la fondation.
“Le premier volet est économique. Il s’agit de récolter des fonds et de les redistribuer. Le second, tout aussi important est l’accompagnement social et humain des personnes bénéficiaires par le biais des volontaires, qui les visitent le plus régulièrement possible et leur apportent présence amicale et aide pratique”.
L’an dernier, la FEFA comptait 36 bénéficiaires auxquels la fondation apporte son aide et son soutien au quotidien. Ce nombre a d’ailleurs tendance à augmenter à cause de la réduction des allocations de l’Etat français et de l’augmentation du coût de la vie en Argentine. Généralement, les bénéficiaires qui ont recours à la FEFA sont des personnes isolées, en difficultés économiques, souvent âgées et beaucoup avec des problèmes de santé. Des profils complexes qu’Alain Cognard et toute son équipe essaient d’aider.
“ Nous proposons à la location 2 appartements à des loyers quasi nuls. L’objectif est d’en avoir 4 le plus vite possible…Nous avons offert des cours de cuisine un temps à une bénéficiaire. Et ensuite se sont des aides économiques directes à la demande des élus et du consulat décidées par consensus au conseil. Nous faisons également des collectes de produits à courte péremption que nous redistribuons par la suite, et bien d’autres activités.”
Alain Cognard nous exprime cependant avec dépit que l’action de la FEFA reste malheureusement concentrée sur Buenos Aires et sa banlieue ; le souhait et l’ambition est bien sûr de pouvoir s’étendre à tous les Français du pays. Ceci étant, la FEFA a déjà eu l’occasion de venir en aide à des compatriotes en province à deux occasions :
“ Nous avons été appelés par le consulat pour soutenir des français victimes des incendies du sud de l’Argentine et lors du covid pour les auto-entrepreneurs dont l’activité s’était complètement arrêtée. On a pu recevoir des aides extraordinaires que l’on a redistribué aux familles touchées par les feux et aux victimes économiques du covid.”
Comment sont financées les actions de la FEFA
Aujourd’hui c’est une fierté pour Alain Cognard, 90% des fonds recueillis sont alloués aux bénéficiaires, les 10% restants sont des frais incompressibles et servent à assurer le fonctionnement de la fondation. Avant, la tendance représentait environ 60 % pour les bénéficiaires et 40% pour le fonctionnement.
“Nos financements proviennent en grande partie des subventions de l’Etat. On reçoit tous les ans la subvention pour les fondations en tant que OLES, en outre et chaque année nous faisons une demande STAFE qui sert, elle, à financer des projets précis. Nous l’avions demandée par exemple pour aménager les logements que nous proposons aujourd’hui en location.
Ensuite, la FEFA se finance par des donations et des apports privés. Chaque année nous organisons un dîner de gala que tout le monde paye, que ce soit les membres de l’association et même l’ambassadeur qui y est invité. Si le coût est élevé, entre 120 et 130 000 pesos, il nous permet vraiment de réaliser une levée de fonds importante ce qui est essentiel pour notre fonctionnement. Ce dîner réunit environ 130 personnes chaque année, en majorité des représentants d’entreprises. Nous organisons aussi de manière plus exceptionnelle d’autres événements. Il y a peu on a réalisé un cocktail dinatoire à l’Alliance Française avec un concert qui a réuni 110 personnes. Nous avions réalisé une autre année un concert dans le Salon doré du Teatro Colón.
Enfin, nous proposons généralement des tombolas lors des ferias Lucullus, nous avons des projets avec certaines entreprises comme Carrefour pour récupérer quelques-uns de leurs produits proches de leur date d’expiration, certains partenariats qui s’intensifient pendant les périodes de fêtes.”
Quelle est la nature de votre collaboration avec le service social du Consulat ?
Effectivement, le consulat dispose d’une fonction de protection et d’action sociale. Pour Alain, la FEFA, présente un rôle complémentaire à celui du service social du Consulat.
“Nous avons un rôle d’information, de complément d’aides du consulat et de détection des besoins. Nous travaillons de façon harmonieuse avec le consulat. Lors des événements dont nous parlions avant, les incendies et le covid, le consulat nous a délégué le rôle de réception et de redistribution des aides.”
Le siège social de la FEFA se trouve d’ailleurs dans les locaux du Consulat.
Une fondation active, un président dynamique secondé par un conseil exécutif vigilant et réactif, une coopération étroite avec le service social du consulat et une bonne équipe de volontaires sont le gage d’une fondation aimable et efficace pour venir en aide à ceux qui le nécessitent ou passent par des moments de vie obscurs.
Propos recueillis par Clément Corbineau et Marie-Françoise Mounier-Arana