Festival de ciné latino-américain de Toulouse

cinelatino2Un 22ème rendez-vous qui a vu à l’honneur, cette année, le cinéma mexicain, histoire de mettre en lumière la jeune génération de réalisateurs qui ont contribué à la renommée internationale du cinéma de ce pays : Carlos Reygadas (Japón, Batalla en el cielo), Alejandro González Iñarritu (Amores perros, 21 gramos, Babel), Rodrigo Pla (La zona), dont la violence des scénarios et des images renvoie à celle de la société urbaine mexicaine, tandis que Nicolás Pereda (¿Donde están sus historias?) poursuit un chemin plus intérieur, plus centré sur l’émotion des personnages et le rapport au temps.

Le Grand prix Coup de cœur des Rencontres a été attribué à Viajo porque preciso, volto porque te amo des brésiliens Karim Aïnouz et Marcelo Gomes. Un des membres du jury défend ainsi son choix :

« C’est une histoire profonde, poétique, sur une géographie aux dimensions universelles. Ce film nous a marqué par une émotion très intérieure, nous habitant longtemps après la projection. Les films de la Compétition Coup de Coeur sont dans la parfaite ligne des films que le festival soutient : un cinéma d’auteur, de recherche et qui prend des risques »

Le cinéma argentin, structuré depuis plus longtemps, a produit des réalisateurs dont la renommée est solidement établie, et est certainement celui dont la diffusion en Europe est la plus large. Pas étonnant donc qu´au palmarès des Rencontres il figure en bonne place.

Le prix Intramuros du Public a été attribué ex-aequo à El hombre de al lado de Mariano Cohn et Gastón Duprat, et El último verano de la boyita de Julia Solomonoff. Teclopolis de Javier Mrad a reçu la Mention spéciale Courtoujours. Et le festival s’est terminé en beauté avec, à l’issue du palmarès, la projection dans une salle comble de El secreto de sus ojos (Dans ses yeux pour la sortie en France) de Juan José Campanella, récemment primé meilleur film étranger aux Oscar, ce qui n’a pas fait plaisir dans l’hexagone, où l’on défendait Le prophète de Jacques Audiard. Juan José Campanella est réalisateur et scénariste de ses films, dont on connaît déjà El mismo amor, la misma lluvia, El hijo de la novia et Luna de Avellaneda, où l’on retrouve toujours l’acteur fétiche de Campanella, Ricardo Darín. El secreto de sus ojos n’est pas encore sorti en France, mais en Argentine le film a conquis plus de deux millions et demi de spectateurs.

Sans nul doute, ce film saura trouver un large public en Europe, ce qui ne sera pas le cas pour tous les films venus du continent sud-américain que les Rencontres nous auront permis de voir. C’est bien le mérite de ce festival, qui permet non seulement à certains réalisateurs d’assurer la post-production de leurs œuvres quand ils manquent de financements, mais aussi de trouver un espace de projection et ainsi, parfois, des distributeurs. Et ce serait vraiment dommage de s’en passer, tant ce cinéma sud-américain a ses qualités propres, très marqué d’une part par l’histoire récente de ce sous-continent, d’autre part par la permanence des cultures indigènes, et enfin par l’extraordinaire vitalité de cinéastes inventifs, exigeants, astucieux parfois quand il s’agit de mettre en images leurs propos avec souvent des moyens limités. Avec l’ambition de faire bouger les choses… Gastón Duprat confiait à l’occasion de la présentation de El hombre de al lado:

« Je ne crois pas que l’art puisse changer quoi que ce soit. Mais les personnes peuvent changer les choses, qu’il s’agisse d’artistes, de politiques, d’architectes ou de personnes sans emploi. L’important, ce sont les idées et surtout l’envie de changer l’état actuel des choses »

Silvia Cauquil