Les Pumas ont gagné leur place !

La première participation des Argentins au championnat des nations le plus relevé au monde -le Tri Nations- ne s’annonçait pas de tout repos. Au final, les Pumas ont fait plus que résister : ils ont tenu leur rang.

Credit photo : Franck Fife | AFP

Credit photo : Franck Fife | AFP

En fait, dès le départ, on connaissait déjà l’issue de ce premier Four Nations. (Ndlr : le Tri Nations est devenu Four Nations avec l’arrivée, cette année, de l’Argentine) On savait que les Néo-Zélandais, champions du monde en titre, allaient tout écraser sur leur passage, chose qu’ils ont d’ailleurs faite en remportant leur 11e titre dans ce rendez-vous de l’hémisphère sud, après dix titres glanés dans le Tri-Nations depuis 1996.

On imaginait bien les Sud-Africains se ranger bons 2e après avoir changé d’entraineur, et accueilli le nouveau, Heyneke Meyer. On devinait aussi les Australiens, demi-finalistes du dernier mondial mais toujours aussi inconstants, se contenter d’une piètre 3e place. Leur ouvreur de génie Quade Cooper est trop occupé à se déchirer avec la Ligue australienne, tandis que le sélectionneur des Wallabies lui, Robbie Dean, essuie sans discontinuer les volées de bois vert de la presse.

Enfin, une interrogation persistait à l’ouverture de ce premier Four Nations : quel serait le visage affiché par les Pumas ? On pouvait craindre que les Ciel et blancs peinent à enchaîner les matchs. Eh bien, ça n’a pas été le cas ! La question du rythme a d’ailleurs vite été évacuée aux vues de leurs premières prestations. Et même si on les a sentis parfois essoufflés, ils n’ont jamais lâché. Le rideau défensif a eu beau, par moments, se distendre, il n’a jamais rompu. En quelques mots, les Argentins ont fait honneur au maillot.

Des résultats honorables

Pour entrer maintenant dans le détail, en plusieurs semaines de compétition, l’Albiceleste n’a réellement flanché qu’une seule fois à la Plata, un jour de septembre dernier. Ce jour-là, la défense argentine encaisse sept essais pour un total de 54 points, contre 15 marqués. Mais au tableau d’affiche, il faut aussi ajouter cette précision qui tend à relativiser le résultat. En plus de 20 confrontations contre la Nouvelle-Zélande, les Pumas ne se sont jamais imposés. Il n’avait donc pas de raison que ce jour-là, les dieux du rugby changent d’avis.

Pour le reste, les Argentins ne se sont jamais montrés dépassés par leurs adversaires. Face à l’Australie par exemple, les scores parlent d’eux même : 23- 19 et 25-19, sont parmi les plus significatifs. L’issue de ces rencontres n’a d’ailleurs pas tourné à grand-chose. Et que dire alors que ce match à Mendoza, face à l’Afrique du sud. Ce soir-là, le peuple argentin assis en tribune s’est levé, a tremblé… avant de pleurer et d’applaudir un match nul aux saveurs de victoire. (16-16)

L’arrivée du Sorcier blanc

Qu’a-t-il manqué alors ? L´état d’esprit, ils l’avaient déjà et personne n´en doutait. Fougueux, valeureux, avec un effectif doté de joueurs de talent, les Argentins n’ont pas eu besoin de se présenter. Depuis le temps que les Contepomi, Hernández, Roncero ou autres Albacete font les beaux jours des clubs européens, les Pumas avaient l’expérience pour eux. L’histoire nous l’a d’ailleurs prouvé. En compétition internationale -3e de la coupe du Monde 2007 en France- , les hommes de Santiago Phelan sont capables de faire des ravages, et pas seulement sur un match.

C’est plutôt l’arrivée de l’ex-sélectionneur des champions du monde 2011, le Néo-zélandais Graham Henry (que certains surnomment le « Sorcier blanc« ), qui a chamboulé certaines choses, et surtout amorcé le virage du renouveau. Fini le « hourra rugby« . On a vu au cours de ce tournoi les Argentins mieux organisés, plus précis. Certes, le nombre d’essais inscrits ne fait pas rêver. Avec sept unités au compteur, les Pumas sont bon derniers. Mais, attention, ce n’était pas l’objectif de ce premier Four Nations 2012.

On l’a vu, « El Mago » (le surnom de Juan-Martin Hernández) et ses compères ont encore manqué parfois de ressources physiques. Le banc de touche est aujourd’hui trop faible pour rivaliser avec les meilleures nations de la planète rugby. Pour éviter la panne, la sélection argentine doit d’abord faire le plein de jeunes talents. La formation passe aujourd’hui encore par des contrats pro dans des grands clubs européens. La maturité collective, elle, s’acquiert avec le temps.

Le « Four Nations » est né

Cette première des Pumas nous amène concomitamment à tirer un bilan global de ce premier « Four Nations » de l’histoire du rugby. En haut de l’échelle, rien de surprenant, on l’a déjà écrit un peu plus haut, les All Blacks ont une fois de plus archi dominé la compétition. Les débuts du nouveau coach black, Steve Hansen, sont réussis. Sa mission à la tête de l’équipe est déjà couronnée par un trophée. La Nouvelle-Zélande n´a plus perdu en match officiel depuis août 2011.

Concernant l’Afrique du sud (championne du monde 2007) et l’Australie, le bilan est plus décevant. Le jeu n’a pas été flamboyant, les packs se sont trop vite essoufflés et les animateurs de jeu ont manqué d´inspiration. Conséquence, sur l’ensemble de la compétition, les joueurs n’ont pas affolé les compteurs. Seul 35 essais ont été marqués en 12 rencontres, soit un total d’environ 3 essais par match. Rien de comparable par exemple avec ce qu’on peut voir dans le championnat de l’hémisphère sud, le Super Rugby.

D’ailleurs, on terminera avec une statistique éloquente. Avec 18 essais inscrits, la Nouvelle-Zélande a marqué la moitié des essais de ce « Four Nations 2012« . Les regards se dirigent désormais vers la tournée d’automne de l’hémisphère nord qui amènera les Pumas à affronter le XV de France dans quelques jours (le 17 novembre), dans le Grand Stade flambant neuf de Lille. Une première rencontre de rugby pour l’enceinte récemment inaugurée dans le nord de la France. Mais seulement des retrouvailles pour les Pumas qui, une fois de plus, auront à cœur de corriger le maître français.

Alexandre Vau

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