Visite à Buenos Aires des sénateurs des Français établis hors de France

Visite de Jacky Deromedi et Christophe-André Frassa 14 mai

Les sénateurs Frassa et Deromedi ont effectué une tournée, dans plusieurs pays d’Amérique latine, pour aller au contact des Français établis hors de France. En tant que sénateurs pour les Français de l’étranger, la nécessité de se rendre compte par eux-mêmes des problématiques rencontrées par nos compatriotes les amène souvent à prendre leur bâton de pèlerin et à se rendre aux quatre coins de la planète. Buenos Aires était la dernière étape d’un long périple. Ils y ont passé trois journées et fait face à un programme particulièrement chargé. Ils ont tour à tour pris contact avec divers représentants de la communauté française : tout d’abord tour d’horizon avec les conseillers du commerce extérieur, visites aux établissements d’enseignement français Collège français de Martinez et Lycée Franco-argentin « Jean Mermoz », rencontres avec les représentants des parents d’élèves et des enseignants de ces mêmes établissements, assisté au cocktail donné en leur honneur par l’UFE, parcouru consciencieusement les installations de l’Alliance Française, ils sont même entrés dans deux salles de cours où ils ont échangé quelques propos avec professeurs et élèves. Ils ont reçu les Français désireux de leur faire part de leur problème dans les locaux du consulat au cours d’une permanence organisée à cette intention.

Verbe haut, jovial, Christophe-André Frassa, consultant juridique de profession, est un « baroudeur » expérimenté de la politique et représente les Français de l’étranger depuis de nombreuses années. Il a longtemps été conseiller à l’Assemblée des Français de l’étranger pour la circonscription de Monaco, où il est né et où il vit lorsque ses fonctions parlementaires le lui permettent. Depuis 2008, il est sénateur des Français établis hors de France. Affilié à l’UMP, il est également membre de l’UFE depuis longtemps et a même été secrétaire général mondial de l’association de 2004 à 2009.

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Jacky Deromedi, chef d’entreprise installée à Singapour depuis plus de 25 ans, est quant à elle fraîchement débarquée dans la représentation des Français de l’étranger. Après de nombreuses années comme consul de Monaco à Singapour elle a été successivement élue conseillère consulaire pour la circonscription de Singapour en mai 2014, puis conseillère à l’AFE en juin 2014 et enfin sénatrice depuis octobre 2014.

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Trait-d’Union a réussi à s’entretenir brièvement avec les sénateurs et posé quelques questions ponctuelles.

TdU : Après ce long voyage dans différents pays, quels sont les problèmes et demandes, qui vous ont été formulés ? similitudes ou différences ?
Les problèmes sont différents selon les pays, mais les thématiques sont toujours les mêmes,
autour des mêmes préoccupations- l’enseignement d’abord, le monde des affaires…
Ici, nous avons visité les établissements d’enseignement français, parlé du développement du collège Franco-Argentin et des travaux projetés au lycée. La situation économique complexe argentine fait que quand on programme des travaux, le temps de les provisionner débouche sur un doublement du budget initial. Pour faire face à cette énorme inflation des coûts, le lycée a dû revoir son programme et réorganiser l’ordre des travaux. Ce qui fait qu’avant la construction, il sera procédé à la rénovation.
Du côté des enseignants nous avons entendu leurs inquiétudes quant à leurs rémunérations qui se ressentent des différents croisements qui s’opèrent entre les valeurs du peso et de l’euro dus à l’inflation locale.

TdU : Quant aux retraites ?
Nous n’en avons pas parlé. La problématique des retraites est la même que la rémunération des enseignants. C’est un problème local du pays et non de la France dans lequel nous ne pouvons intervenir.

TdU : Toutefois le problème existe et peut revenir sous la forme de demande d’aide sociale !
Dans ce cas, de telles demandes entreraient dans les critères établis par la loi française et recevraient les aides prévues à cet effet. Aucune demande à ce sujet n’a été évoquée par ceux que nous avons reçus à notre Permanence.
Michèle Goupil, présente durant l’interview, a fait observer qu’il est vrai que les retraites françaises en euros arrivent aux mains de leurs bénéficiaires en pesos dévalués. Elle mentionne le cas de quelques ressortissants italiens qui ont fait des recours auprès de la justice argentine et ont obtenu gain de cause. Ces actions ne peuvent être toutefois qu’individuelles et en aucun cas groupées. Il n’existe en fait aucune autre solution que de se présenter devant la justice argentine et entamer un procès local et individuel.

TdU : Ces retraités pourraient percevoir leur retraites en France ?
Oui à travers un compte bancaire français. Mais le problème serait alors : comment acheminer les fonds vers le pays de résidence.

TdU : Vous avez fait une permanence au Consulat ?
Oui nous avons reçu plusieurs Français.

TdU : La Carte Vitale, l’idée est bonne mais la mise en pratique déficiente.
La Carte Vitale ne sert qu’en France. On la demande à travers amelie.fr. Il faut ensuite l’activer et cela ne peut se faire qu’à travers un point de la Caisse Primaire d’Assurance maladie en France. Elle n’a qu’une validité d’un an. Tant qu’on ne va pas en France elle n’est pas active, ceci pour empêcher les fraudes. Il a fallu près de 15 ans de « bagarre » pour obtenir la Carte Vitale pour les Français résidant à l’étranger pour être utilisée lors de leurs séjours en France.
Christophe Frassa a assuré qu’il n’avait rien décelé de nouveau au cours de ce voyage (NDLR. C’est la 5ème fois que le sénateur visite l’Argentine). Jackie Deromedi a ajouté, « on a vu et fait ce qu’on voit au cours de tous nos voyages : les écoles, l’Alliance, l’ambassade, les Français, les missions économiques… »
Frassa a souligné que dans le monde des affaires il y a une constante dans les réclamations, depuis le Mexique jusqu’à Ushuia : corruption et insécurité (sécurisation des investissements). Selon le pays c’est soit l’un ou l’autre des deux problèmes qui prend le dessus. Au Mexique il paraîtrait que l’insécurité devancerait la corruption. Ici, en Argentine, le protectionnisme aurait fait perdre 10 ans au pays. Les difficultés rencontrées dans le monde des affaires touchent de près les Français, ils s’enlisent d’abord, puis ils s’en vont.

TdU : Problème spécifique des adultes handicapés qui ne perçoivent pas leur pension car ne résidant pas sur le territoire français …
Si ces personnes étaient en France elles seraient soignées gratuitement. Les prestations sociales ne sont pas exportables. C’est le principe de la territorialité des droits. Les aides sociales pour les Français de l’Etranger c’est tout juste une circulaire ministérielle, ce n’est même pas inscrit dans la loi. Le territoire de la France n’est pas extensible pour l’application des lois. En outre depuis 1982, l’Etat est décentralisé, et la loi a transféré aux collectivités le soin des personnes handicapées. De plus, vous êtes à l’étranger, vous n’êtes pas en France. Il y a une enveloppe qui est minuscule qui répond à un critère de ressources mais n’est pas une aide systématique. L’Etat français ne donne pas d’aides aux handicapés, mais aux personnes sans ressources. L’Etat ne donne que des aides sociales, ce sont les collectivités qui sont en charge des handicapés. Vous rentrez en France et vous avez tous les soins dans n’importe quel département. C’est le gouvernement de Raymond Barre qui a créé ces aides sociales. Avant il n’y avait rien. La Constitution a institué cette décentralisation et le principe de la territorialité. Rappelons que la France est le seul pays au monde à apporter ces aides, aucun autre état ne fait autant pour ses ressortissants de l’étranger. La France est très généreuse….

Propos recueillis par Marie-Françoise Mounier-Arana

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