Mise en scène de « Migrantes » à Buenos Aires par Greta Risa

Ou : comment raconter la déchirure de l’acte de migrer ?

Dans le monde des arts et du spectacle, il existe une étroite et foisonnante relation entre la France et l’Argentine. De nombreux artistes argentins font une grande partie de leur parcours en France : Julio Cortázar, Hector Bianciotti, Julio Le Parc pour n’en citer que quelques-uns… Greta Risa fait partie de ce groupe fermé.

Arrivée en France en 1994, elle se dirige vers diverses formes d’expression scéniques puis crée en 2001 sa propre compagnie théâtrale à Paris, « Mirando al Sur », avec laquelle elle mettra en scène « Les larmes amères de Petra Von Kant » du directeur de ciné allemand Rainer Fassbinder. En 2016, Greta crée une filiale de sa compagnie ici, en Argentine (un retour aux sources en quelque sorte) pour y monter, presque naturellement, de par sa propre histoire, « Migrantes », une pièce écrite par Gabriel Fernandez Chapo.

Six acteurs sud-américains, dont l’Argentine Mariana Maciel, nous livrent en un peu plus d’une heure et quart toutes les illusions, les affres, les peines, les joies, les angoisses, les nostalgies et les colères qui se retrouvent derrière l’acte de migrer. Un joli effet de boomerang quand on sait que l’Amérique du sud, et l’Argentine en premier lieu, était, dans un passé pas si lointain, une terre d’immigration. Mais le mouvement ici s’est inversé.

Il n’y a pas de temps mort : ça bouge, ça chante, ça aime, ça crie, ça pleure. Sur une scène s’étirant en profondeur, les acteurs, en constante interaction, se déplacent dans un incessant va-et-vient tourbillonnant et foisonnant en de petites scénettes qui se succèdent les unes aux autres au son de cordes et de percussions. C’est parfois drôle, parfois poignant, parfois touchant, toujours juste. 

Adepte d’un théâtre dynamique dans laquelle l’œuvre se crée avant tout avec toute la troupe et où l’improvisation tient une place prépondérante, on retrouve dans cette pièce toutes les influences du théâtre de Greta : un théâtre populaire, surtout, qui puise ses sources dans le « Théâtre du soleil » d’Ariane Mnouchkine, l’influence clownesque de Gabriel Chame, autre directeur argentin installé en France, et aussi dans la « Commedia dell’arte »…

A la fin du spectacle, Greta rejoindra sa troupe pour partager les premiers instants d’après-scènes…

La pièce se joue chaque lundi à 20h au Teatro del Pueblo, Saenz Peña 943 jusqu’en septembre.

Elle est soutenue, entre autres par l’ambassade de France, l’Institut français et l’Alliance française.

Jérôme Guillot

Pour en savoir plus, sur la compagnie https://mirandoalsursite.wordpress.com/

Sur l’œuvre :  https://www.facebook.com/ciamirandoalsur/