Margaret Mazzantini, un écrivain rare

Le nom de l’auteur, Margaret Mazzantini, ne me disait pas grand-chose mais la couverture aux couleurs acidulées, représentant une jeune fille semblant danser sur elle-même, me semblait de bon augure pour des lectures paresseuses au soleil.

La plongée dans ce roman fut sans retour et j’y passai une semaine entière, entrecoupée de quelques échappées sur les plages (il faut dire que le temps particulièrement humide de ce mois d’hiver brésilien était propice à la lecture).

Timoteo, bien établi dans une vie aisée et heureuse, se retourne sur sa vie le jour où sa fille, victime d’un accident de scooter, se retrouve plongée dans le coma. Incertitude de l’attente, ne rien pouvoir faire d’autre qu’espérer Timoteo parle, parle à sa fille qui ne l’entend peut-être pas, se parle à lui-même, et raconte ce qu’il a caché derrière l’apparence si lisse de sa vie bien rangée : cette femme rencontrée par hasard, qui n’est pas de son milieu, et avec laquelle il va nouer une relation qui va durer, d’une façon qui l’étonne lui-même parce qu’il ne sait pas vraiment ce qui l’attire chez elle. Une relation qu’il cache bien sûr, à ses amis, comme à sa femme, si belle, si élégante, si intelligente, tellement irréprochable. Margaret Mazzantini met à nu (et il s’agit vraiment d’un dénudement, d’une mise au jour sans fausse pudeur ni émotion parasite) la complexité des sentiments de cet homme, entre amour et désir. C’est un des romans dont je ne me suis pas défaite et auquel je reviens régulièrement.

Née à Dublin en 1962, fille d’un peintre irlandais et d’un écrivain italienne, épouse de Sergio Castellito, Margaret Mazzantini est un écrivain rare : trois romans en 15 ans, dont « Ecoute-moi » qui a reçu le prix Strega (l’équivalent italien de notre Goncourt) en 2002. Son dernier roman « Venir au monde » vient d’être traduit et publié en France chez Robert Laffont : histoire d’amour et de guerre, histoire d’enfantement aussi, s’y mêlent le récit épique de la traversée des combats à Sarajevo et celui du cheminement difficile de deux êtres vers la paternité et la maternité.

Mais je n’ai pas encore terminé « Venir au monde ». Si j’en parle aujourd’hui, c’est aussi parce que dans une critique sur un livre de Peter Stamm « Sept ans », mon regard s’est arrêté sur le « pitch » du roman qui « conte les affres d’un homme pris entre deux femmes, Sonia la parfaite, et Iwona la modeste ». Un peu plus loin, le critique ajoute « Peter Stamm a emprunté le personnage d’Iwona à une pièce de Gombrovicz, Yvonne, princesse de Bourgogne » puis, « on pense aussi à Fosca d’Igino UgoTarchetti ».

Bel exemple qui montre à quel point la littérature fonctionne sur des archétypes que les auteurs reprennent inlassablement et dont curieusement, les lecteurs ne se lassent pas.

Silvia Cauquil

 

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